Les défis des déchets dans la métropole de Montpellier
Depuis plus de cinquante ans, les diverses municipalités de Montpellier ont été incapables de mettre en place une véritable politique des déchets. Des projets tels que le stockage sur le site du Thot, polluant cette magnifique zone au bord de l’étang de Palavas pendant des décennies, ou comme l’ogre Ametyst, sont assez emblématiques de ces politiques oscillant entre le syndrome de l’autruche et la foi aveugle dans le miracle technologique. Depuis la municipalité Saurel, on est même parvenu au summum avec l’absence totale de politique des déchets, marquée par la fermeture du site d’enfouissement de Castries et l’externalisation des traitements finaux de nos déchets en dehors de l’Hérault : « Cachez donc ces déchets que je ne saurais voir… ».
Depuis juin 2020, les choses devaient changer avec l’accord entre EELV et le PS. Une politique « Zéro déchet » devait être mise en place pour diminuer drastiquement le tonnage des déchets à traiter. Un chemin a été voté, des jalons ont été posés. Mais, au final, la situation n’est pas satisfaisante.
Le volume des déchets à traiter reste très important, près de 200 000 tonnes. Le traitement final demeure toujours externalisé à l’Hérault, avec un surcoût énorme pour la collectivité (environ 15 millions d’euros).
Le projet de créer une filière CSR à Montpellier
Afin d’arrêter ces surcoûts et d’éviter d’envoyer nos déchets dans les territoires voisins (et pas si voisins que cela), la Métropole a décidé de lancer la création d’une filière CSR à Montpellier. Un choix fait en France par d’autres municipalités, notamment gouvernées par le PS et EELV.
La filière CSR, qu’est-ce que c’est ?
Il s’agit de trier les résidus des déchets ménagers, de les sécher et d’en faire des Combustibles Solides de Récupération. Ces CSR sont ensuite brûlés dans des chaudières où la chaleur dégagée sera transformée en énergie électrique et/ou utilisée dans un réseau de chauffage urbain.
Sur le papier, le projet peut sembler attrayant :
- Tri final des déchets pour éviter de brûler dans ces CSR des déchets toxiques ;
- Installation de filtres ultra-propres qui donneraient envie de respirer de grandes bouffées des fumées sortant de ces chaudières plutôt que l’air de nos villes ;
- Valorisation énergétique des déchets ;
- Moins ou presque de déchets à enfouir ;
- Une filière pouvant se combiner avec la continuation d’une politique Zéro déchets ambitieuse.
Mais les choses ne sont pas si simples :
- Malgré le risque, il est toujours possible de trouver dans les CSR à brûler des déchets chlorés ou contenant d’autres produits toxiques pouvant provoquer une pollution de l’air. Il y a toujours une limite aux filtres.
- Suivant le dimensionnement de la filière CSR, nous pourrions nous retrouver face à un problème similaire à l’impasse d’Ametyst : un volume minimum important de déchets sera nécessaire afin de faire fonctionner ce traitement industriel pour qu’il soit « rentable » du point de vue des entreprises privées qui le géreront en Délégation de Service Public (DSP). Un risque existe alors de voir cette filière entrer en opposition avec la politique Zéro Déchets pourtant plus que nécessaire.
- Les sommes à investir sont énormes, entre 100 et 200 millions d’euros sur 20 ans, soit entre 5 et 10 millions d’euros par an. Une somme importante pour le budget de la Métropole de Montpellier et qui risque de manquer pour le financement d’une politique Zéro Déchet digne de ce nom.
Un problème démocratique
La question des déchets est une des questions fondamentales pour notre Métropole, vu les enjeux écologiques auxquels nous devons faire face (climat, biodiversité, préservation de l’eau, de l’air…) et vu l’ampleur des budgets à investir. Elle doit donc être débattue et tranchée démocratiquement. Or, si le choix de la Gratuité des Transports publics ou celui d’engager Montpellier dans une politique Zéro Déchet ont été débattus lors des élections municipales de 2020, la question de la création d’une filière CSR dans la métropole ne l’a pas été ni lors de cette campagne, ni depuis. Les élu.es et la collectivité étaient pourtant conscient.es que la fin de la Délégation de Service Public d’Amétyst, prévue pour la fin de l’année 2024 ou le début de 2025, était imminente. Cela fait donc au moins 3 ans que cette question aurait dû être mise sur le devant du débat public. Or cela n’a pas été le cas et c’est un gros problème démocratique.
Le vote au conseil de la métropole n’est pas satisfaisant non plus. Aucun.e des élu.es n’a été mandaté.e par ses habitant.es sur cette question. Une question, encore une fois, qui n’a fait l’objet d’aucun débat, ni aux municipales de 2020, ni depuis. Ce projet doit donc être suspendu.
Pour une mise en place d’une politique Zéro déchet ambitieuse
Lors des dernières municipales, un sujet avait émergé et avait été acté : la mise en place d’une politique Zéro Déchets. Des choses ont été faites, des progrès ont été réalisés, des emplois ont été créés, mais ce n’est pas suffisant.
Il est bien dommage, si la volonté d’élu.es et de responsables de la Métropole a été entravée par des barrières politiques ou bureaucratiques pour freiner le développement d’une véritable politique Zéro Déchets , que la population n’en ait pas été alertée plus tôt et que le débat n’ait pas été ouvert plus en amont. Cela montre une nouvelle fois que pour des politiques en rupture forte, il n’est pas raisonnable de penser s’en remettre à un homme ou à une femme providentielle, quelques soient leurs qualités et leur bonne volonté. Il faut toujours, surtout pour ce type de changement radical, s’appuyer sur les habitant.es, provoquer un débat politique large et pluriel pour que la population puisse s’en emparer et peser sur ces choix structurants.
Dans le cas des déchets, cela n’a pas été fait. On ne peut d’ailleurs que regretter le fait que les alertes soient venues si tardivement, alors qu’encore une fois il y a urgence et que même d’un point de vue administratif, la fin de la DSP d’Ametyst et donc la rediscussion de l’avenir de la filière déchets se posera en 2024.
Mais bon, nous y sommes. Il faut avancer. Il est encore temps que la métropole de Montpellier se donne les moyens d’être très ambitieuse sur la politique Zéro Déchet.
On suspend le projet, on expérimente vraiment le scénario Zéro déchet et on décide collectivement
On l’a dit, la création de la filière CSR nécessite un investissement estimé à environ 100 à 150 millions d’euros sur 20 ans. Mais qu’en est-il de la politique Zéro déchet depuis juin 2020 ? Quel est le budget alloué à cette politique ? A-t-il été à la hauteur ?
Quoi qu’il en soit, il est impératif que désormais, cela soit le cas : de l’ordre de 5 à 10 millions d’euros annuels. Un budget pour mettre en place un réseau de collecte suffisamment dense, sur l’ensemble de la Métropole. Un budget pour embaucher et former une grosse centaine de salarié.es, qui auront pour mission de mettre en place cette politique en travaillant dans chaque quartier, en allant, porte-à-porte, expliquer dans chaque foyer la démarche, expliquer le tri, convaincre de l’intérêt de cette politique. Des salarié.es qui travailleront avec les écoles, avec les associations de quartier, avec les institutions publiques (collèges, lycées, universités, hôpitaux…). Un budget conséquent pour qu’enfin Montpellier valorise ses biodéchets et produise un compost de qualité, pour que le volume de déchets diminue drastiquement, que les habitudes de tri prennent largement dans la population, pour mettre en place des conventions et des chartes avec les entreprises et les commerces de la métropole pour diminuer à la source les déchets, pour lancer la filière de la consigne…
Bref, il faut que Montpellier, comme pour la politique de la gratuité des transports publics, se donne les moyens de mettre en place la politique Zéro Déchet plébiscitée lors de la campagne des dernières élections municipales.
Un choix collectif et démocratique à faire
Donnons-nous alors un peu de temps pour mener pleinement cette politique, pour engager la Métropole sur le chemin du Zéro Déchet. Et d’ici 2 ans, faisons le bilan et voyons où nous en sommes. Quels sont les résultats ? Quel est le volume de déchets qu’il nous reste au final malgré notre politique Zéro Déchet ? On aura alors à ouvrir un grand débat collectif pour savoir ce que l’on fait pour la prochaine dizaine ou vingtaine d’années des déchets qui restent :
- Où peut-on progresser pour diminuer le volume encore davantage ?
- Faut-il continuer Ametyst ? Fermer ? Transformer cette plateforme de traitement ?
- Quelle bataille mener à l’échelle nationale, européenne pour diminuer encore à la source les déchets (législation, consigne…) ?
- Quelles solutions pour ce volume de déchets qu’il nous reste : enfouissement ? Incinération ? Filière CSR ?
- Quelle structure pour le traitement des déchets : une DSP ? Une régie publique des déchets ?
Ce débat devrait être clos par une votation citoyenne sur les scénarios possibles. Un vote au jugement majoritaire où l’ensemble des habitant.e.s pourront choisir. Un choix qui se fera après un long débat nécessaire, et qui s’articulera, n’en doutons pas, autour de :
- Un scénario Zéro Déchet pour la métropole de Montpellier ;
- Une bataille nationale contre le système capitaliste productiviste et consumériste pour diminuer drastiquement les déchets à la source ;
- La préservation de la biodiversité, de la qualité de l’air et de l’eau.
Des propositions mises au vote qui pourraient être le fruit d’une convention citoyenne des déchets dont les membres seraient tiré.es au sort parmi les habitant.es de la Métropole, sur le modèle de la Convention Citoyenne pour le Climat, mais dont les conclusions et les propositions seront cette fois-ci prises en compte.

