Vendredi 5 février 19 h Café motivés hommage à Daniel Bensaïd

Café Motivés 19 h au 14 rue du commerce ; hommage à notre camarade et ami Daniel Bensaid par le NPA et ceux qui l’ont particulièrement connu. Une oeuvre et un parcours politique et exceptionnels…
Vidéos, textes et témoignages. Repas sur place…

Daniel Bensaïd a été longtemps membre de la direction de la LCR. Engagé dans tous les combats internationalistes, il a aussi été l’un des principaux dirigeants de la Quatrième Internationale. Il avait activement participé à la création du NPA. Philosophe, enseignant à l’Université de Paris VIII, il a publié de très nombreux ouvrages de philosophie ou de débat politique, animé les revues Critique Communiste et ContreTemps, participé activement à la création de à la Fondation Louise Michel et mené sans concession le combat des idées, inspiré par la défense d’un marxisme ouvert, non dogmatique.
Daniel Bensaïd a très souvent animé des débats à Montpellier et il avait inauguré le local du NPA au 14 rue du commerce.

POUR LIRE DANIEL BENSAID

A un journaliste qui lui demandait récemment s’il se considérait come un « intellectuel engagé », Daniel Bensaïd répondait par un néologisme mystérieux : « engagé intellectualisé ». La formule dit assez le profil particulier et finalement inclassable qu’il a occupé dans un moment de l’histoire dont il a souvent souligné la singularité, qui redistribuait la part de l’analyse et la part de l’action : « Nous voici embarqués dans une transition incertaine ou le vieux agonise sans être aboli, ou le nouveau peine à éclore, entre un passé non dépassé et la découverte balbutiante d’un monde en gestation. Dans ce passage difficile, la tentation de se cramponner à quelques acquis à l’efficacité polémique éprouvée serait tout aussi stérile que celle de la table rase, qui prétendrait tout (re)commencer à partir de rien. » (Les Irréductibles-2001)

Cette dialectique du « déjà plus et du pas encore » qui parcourt tous ses écrits aura été le lot de la génération venue à la politique dans les années 60 qui a tenté de se libérer des décombres du stalinisme finissant et d’inventer les prémisses d’une nouvelle logique de l’émancipation.
Aucune de ces deux taches n’est aujourd’hui achevée. Mais Daniel en aura été un des contributeurs essentiels. Il l’a fait de deux manières : par un retour critique sur ce marxisme aux semelles de plomb, enterré dans les décombres du mur de Berlin, et par une présence permanente et attentive à tout ce que les années 90 ont produit de nouveau dans le mouvement social et politique, avec le souci de tenir liés ces deux bouts de l’histoire.

Le marxisme dont il se revendiquait (Marx l’intempestif-1995, La Discordance des Temps- 1995, Le Pari Mélancolique- 1997) est aux antipodes de ce positivisme scientiste qui en a longtemps tenu lieu, qui dissout la politique dans la certitude du progrès et de l’avancée inéluctable de l’histoire. Il renoue avec la source chaude des premiers Congrès de la troisième internationale, du Lukacs d’ « Histoire et Conscience de Classe », des analyses du fétichisme et de la réification des premiers chapitres du Capital longtemps oubliées. De cet itinéraire iconoclaste témoigne un compagnonnage qui sent délibérément le fagot : d’Auguste Blanqui a Charles Péguy, (La Discordance des Temps), d’Ernst Bloch à Walter Benjamin (Walter Benjamin, Sentinelle Messianique- 1990) et jusqu’à Jeanne D’Arc (Jeanne de Guerre Lasse- 1991) tous les hérétiques, les réfractaires à la fatalité sont appelés à la rescousse.

Car l’histoire ne fait rien. La révolution n’est pas l’inéluctable produit des « contradictions » du système, l’issue de la lutte des classes n’est pas prévisible, seule la lutte est certaine. Nous avons en permanence rendez-vous avec le possible. (Le Pari Mélancolique).

C’est du point de vue de ce marxisme stratégique et volontaire que Daniel a inlassablement interrogé la renaissance du mouvement social dont l’alter mondialisme a été le foyer dans les années 90. En témoigne un petit livre précieux (Les Irréductibles, Théorèmes de la résistance à l’air du temps- 2001) qui tente de renouer le fil rompu entre l’héritage « sans propriété ni mode d’emploi » que nous lègue un siècle de combats ouvriers et les inéluctables combats à venir.

A n’en pas douter, Daniel Bensaïd, cheminera longtemps à nos côtés. Nous n’aurons pas de sitôt fini de l’interroger. Il nous répondra avec ce sourire complice et fraternel, cette sorte de gouaille érudite ou résonnait toujours, à qui savait l’entendre, comme un écho de certain faubourg toulousain…

Gilles Marquet

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