Sois Dell et tais-toi !

Voilà le titre que nous offre en une L’Agglorieuse de cette semaine. En surtitre, pour qu’on comprenne bien :


”Harcèlement, licenciements abusifs, entraves…La liberté syndicale est-elle morte à Dell ?”

« Dell Montpellier, c’est le pire du système à l’américaine aggravé par le mauvais côté moyenâgeux français ! » enrage cet ex-salarié de la multinationale qui, comme tant d’autres, s’est fait licencier. La force de Dell est d’assembler des ordinateurs à la demande et à flux tendu. Il semble bien que le personnel ne soit qu’une variable très ajustable du processus de fabrication.

Ce « système Dell », c’est une ancienneté moyenne dans l’entreprise de moins de cinq ans et une moyenne d’âge de seulement 33 ans. Face à ce broyeur d’individualité, le « silence des agneaux » que l’on mène à l’abattoir est l’attitude espérée de la direction. Bravant les méthodes de management dites « à l’américaine », certains syndicats comme la CGT, se sont créés pour défendre les salariés. On ne les a pas encore accusés, comme Bush l’a fait avec les Irakiens, de détenir des armes de destruction massive, mais à peu près tous les autres coups bas sont utilisés.

« Depuis plusieurs années, nous constatons des actes discriminatoires d’entrave et même de harcèlements et des pressions de toutes sortes envers les mandatés et les élus CGT », vient d’écrire le syndicat CGT à la direction de Dell avec copie à la préfecture, à l’inspection du travail et à la Halde. Cette missive a d’autant plus de force que, dans le même temps, FO a adressé un courrier à la direction qui commence ainsi : « Nous avons pu constater des actes de discrimination à l’encontre des élus et mandatés de la CGT ».

Le recours à la justice est une arme à effet lent, mais relativement efficace pour contrer la répression syndicale et un arbitraire qui peut s’abattre sur n’importe quel salarié de Dell.

Plutôt que de pratiquer le golf ou le tennis, la direction de Dell Montpellier semble apprécier la chasse aux syndicalistes, mais pas n’importe lesquels. Délaissant le syndicaliste d’élevage maison, dont on taira le nom par charité chrétienne, les killers de l’exécutif préfèrent le militant de SUD, très rare car éliminé avant même d’avoir existé, l’adhérent de FO en petit nombre, difficile à cibler, et surtout, gibier de choix, le cégétiste.

Lapin terrasse chasseurs

L’idéal pour celui qui a pour mission de virer un syndicaliste est de le flinguer dès sa sortie du bois. Ainsi en 2007, JCF, un technicien hotline en contrat à durée indéterminée avec plus de sept ans d’ancienneté chez Dell, fait l’objet, le 8 mars, d’une désignation de représentant syndical CGT au comité d’entreprise. A peine le temps de viser, pan ! pan !, le lendemain, le flingueur envoie à sa cible sa lettre recommandée comme une décharge de chevrotine. Le cégétiste, officiellement salarié protégé, est malgré tout viré. Il faudra passer par la case prudhommes et la cour d’appel pour que le lapin CGT terrasse le chasseur de chez Dell. Le 28 octobre dernier, il est réintégré chez Dell avec le versement de deux années d’arriérés de salaire. Les chasseurs de cégétistes, fort heureusement, ne gagnent pas tout le temps !

Couloir ou placard ?

Personne ne pourra dire que cet autre cégétiste est mis au placard, car aujourd’hui, son poste de travail est dans un couloir ouvert à tous vents ! Pour Dell, ce très compétent salarié a commis l’irréparable, (pour) avoir, le 31 mars 2001, créé un syndicat CGT. Neuf ans après, notre Don Quichotte s’accroche et à son travail et à son rôle de défenseur des salariés de Dell. Il vient d’ailleurs d’envoyer à la direction de Dell le courrier dont voici un extrait : « Nous constatons que des atteintes aux droits des personnes et aux libertés individuelles résultent de mesures discriminatoires en matière d’embauche, de rémunération, de formation, de reclassement, d’affectation, de classification, de qualification, de promotion professionnelle, de mutation, de renouvellement de contrat, de sanction ou de licenciement ; elles ont été détectées envers nos élus et mandatés ». La suite prochainement…

Alain Nenoff

Extraits de l’entrevue avec Me Guilhem Deplaix « avocat et bête noire de Dell » :

« Chez Dell le licenciement est dispensé de préavis, ce qui veut dire plus d’accès à son ordinateur et donc plus de moyens de défense. Il faut donc que la personne menacée constitue un dossier préventivement. (…)

On peut parler de répression syndicale. Chez Dell, il y a un traitement très particulier des représentants syndicaux et on obtient parfois de la justice la réintégration au bout de deux ans d’un délégué, comme celui pour lequel la direction niait sa désignation par la CGT. Nous engageons aussi des procédures, comme ce procès en discrimination qui va être audiencé devant la cour d’appel de Nîmes après que nous eûmes gagné en cassation. Il s’agit de défendre ce délégué syndical qui a créé la CGT chez Dell. Depuis, il n’a plus aucun avancement, toutes ses demandes de formation restent lettre morte et il reçoit un avertissement à chaque action syndicale. En plus, maintenant, il est au placard ! (…)

Tiré de L’Agglorieuse N° 395 du mercredi 19 mai 2010

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