Lu dans Montpellier journal: Les mystérieuses nappes de pollution vont-elles revenir menacer les plages cet été ?

Deux jours de fermeture pour Carnon et La-Grande-Motte en 2008, plusieurs épisodes en 2009.

http://www.montpellier-journal.fr/2010/05/les-mysterieuses-nappes-de-pollution-vont-elles-revenir-menacees-les-plages-cet-ete.html (nous en profitons pour rappeler que nos amis de Montpellier Journal ont lancé un appel à les soutenir financièrement. A lire ici http://www.montpellier-journal.fr/comment-soutenir-montpellier-journal)

La piste de Maera, la station d’épuration de Montpellier et son émissaire en mer, ne semblent pas avoir été suffisamment et sérieusement explorés pour expliquer ces phénomènes. Du coup, on se demande si de nouvelles péripéties ne vont pas à nouveau se produire d’ici quelques semaines, quand nos amis les touristes seront de retour.« On est passés à côté d’une catastrophe économique. » C’est ce que Stephan Rossignol, maire de La Grande-Motte dit avoir confié au préfet Baland à propos de la nappe de pollution organique qui a menacé les plages de Carnon et de la Grande Motte le 6 août 2008. De couleur brunâtre, la nappe contenait une dose importante de bactéries fécales. Largement de quoi faire passer l’envie aux milliers d’estivants présents sur les plages à cette période de l’année de faire trempette. De toute façon, ils n’ont pas eu à choisir puisque, même si la nappe est restée à quelques centaines de mètres du littoral, les plages ont été fermées pendant environ 48h. Un sacré traumatisme.

Classée sans suite

Tout de suite, les services de l’État semblent avoir dirigé les suspicions vers une origine maritime (bateau). Problème, aucun navire ne sera mis en cause et la plainte de différents acteurs (municipalité, associations, etc.) sera classée sans suite par le parquet de Marseille. Si on ne va pas chercher plus loin, on se dit qu’il s’agit d’un bateau qui s’est bien fait discret, et que, de toute façon, il y a plus de peur que de mal. Et puis il y a peu de chance que ça se reproduise souvent. Sauf que.

Arrive l’été 2009. « A partir du 20 juillet, des nappes ont été signalées à plusieurs reprises au large et à proximité des plages de Carnon », écrit sobrement la DDASS dans son rapport annuel (p13) sur la qualité des eaux de baignades. Pour elle, il n’y a pas de problème puisque les contrôles sanitaires sur les plages « ont tous été de bonne qualité ». D’ailleurs, les plages ne seront pas fermées. Pourtant, si on en croit le Collectif des associations de protection de la nature et des usagers de la baie d’Aigues-Mortes (Capnubam), la nappe du 20 juillet s’étalait « sur près de 1 km ». Le collectif dit baser cette estimation sur l’observation de « plusieurs policiers » et d’une « élue de Carnon » (1). Quant à la distance à la côte, elle aurait été de 1 mille (contre 2 milles en 2008). Bref, une situation pas vraiment moins menaçante mais peut-être « les autorités » n’ont-elles pas juger utile de fermer les plages compte tenu de l’expérience de 2008 (aucune pollution des plages). Midi Libre évoquera aussi, dans ses éditions des 25 et 26 juillet, la présence d’une nappe de 50m sur 3m, le 24 juillet. Enfin, Capnubam parle de la détection d’une nappe de surface le 29 septembre 2009 à 6 milles au large de Carnon.

Rejet d’égouts

Cela commence à faire beaucoup. En tout cas suffisamment, se dit-on, pour que la piste Maera soit sérieusement explorée. Car la station d’épuration de Montpellier rejette ses eaux de sortie dans un émissaire en mer, à une dizaine de km au large de Palavas par environ 30m de fond. Et aussi parce que, dans un courrier au maire de la Grande-Motte, daté du 10 septembre 2008, le préfet maritime de Toulon écrivait : « Il ressort des témoignages et des analyses qu’il s’agit d’une pollution par rejet d’égouts, vraisemblablement accidentelle. C’est ce point que l’enquête (du parquet de Marseille) s’efforce de préciser. » Mais on l’a vu, l’enquête ne débouchera sur rien. Mais a-t-elle bien eu lieu dans cette direction ?

Pour s’en assurer, Montpellier journal a tenté de joindre le parquet de Marseille. Sans succès pour l’instant. Bernard Aubert, secrétaire général de Capnubam, lui, dit avoir réussi : « J’ai téléphoné personnellement à M. Blachon. Il m’a dit : « Je n’ai pas compétence pour ce qui a une origine terrestre. Je n’ai compétence que pour ce qui a une origine marine (bateau). » Pour le militant, si la plainte a été classée sans suite c’est parce qu’on a cherché dans la direction d’un navire, donc que l’affaire a été instruite par le parquet de Marseille qui l’a classée sans suite parce qu’il n’était pas compétent pour une pollution d’origine terrestre. Cette thèse reste à confirmer car elle semble être contredite par le courrier du préfet maritime citée plus haut. Si elle était confirmée et si on avait mauvais esprit, on pourrait penser que certains ont crié au navire pollueur pour détourner les regards de Maera. Mais encore faudrait-il avoir mauvais esprit.

Les techniciens travaillant à Maera ont-ils été interrogés ?

Une chose est sûre : l’enquête sur un présumé navire, confiée à la gendarmerie maritime de Sète a été close dès le 16 août. De plus si d’importants moyens ont été déployés lorsque la pollution a été découverte (deux hélicoptères et un navire antipollution), aucun signe n’indique qu’une enquête approfondie n’a été menée pour identifier la source d’une pollution terrestre. Par exemple les techniciens travaillant à Maera ont-ils été interrogés par la police ? Et les militants associatifs, des pêcheurs, des plaisanciers, des plongeurs, etc. ? Pas à notre connaissance. Si c’est confirmé, cela semble léger compte tenu des enjeux environnementaux et économiques.

Le préfet Baland, dans un courrier à Stephan Rossignol, daté du 2 mars 2009, semble régler le problème en deux phrases : « Les chiffres fournis par la station d’épuration de Montpellier n’indiquent aucun rejet dépassant les normes et ne permettent donc pas de conclure à un dysfonctionnement de la station. » Et d’affirmer, quelques lignes plus loin, que le responsable de la cellule qualité des eaux littorales « confirme que la pollution de la nappe était d’origine organique, plus précisément de matières fécales et met pour autant hors de cause la station d’épuration Maera puisqu’il s’agit d’une pollution brute et non d’eaux usées traitées rejetées par la station ».

« Sans aucune déjection fécale flottante »

Ce dernier point est en contradiction avec la version du préfet maritime qui, rappelons-le, évoquait un « rejet d’égouts ». Il est aussi contesté par Capnubam qui cite (2) la brigade de recherche de Montpellier qui a effectué les prélèvements d’eau polluée et qui aurait parlé de « larges surfaces d’eaux brunâtres avec mousse ressemblant à un rejet d’égout, sans aucune déjection fécale flottante ». Et dans ce cas, la piste Maera ne pourrait être exclue. Piste qu’on aurait pu suivre, par exemple, l’année suivante mais aucune plainte n’a été déposée pour les épisodes de 2009 ni aucune autre action n’a été entreprise après le classement sans suite pour l’épisode 2008. Les municipalités et les associations semblent peu combatives sur le terrain judiciaire. En tout cas elles l’ont moins été en 2009 qu’en 2008.

Capnubam, en revanche, a produit plusieurs longs rapports (3) dans lesquels il amène le lecteur à se poser des questions. Par exemple, pourquoi aucun effluent ne sortait de l’émissaire le 19 septembre 2008 comme ont pu le constater des plongeurs ? Y-a-t-il des « bouffées polluantes » en sortie d’émissaire ? Pourquoi, lors d’un prélèvement effectué le 26 septembre 2008 par un plongeur indépendant, le taux de matière en suspension à la sortie de l’émissaire était 6 fois supérieur au maximum spécifié par l’arrêté préfectoral d’autorisation d’exploitation de Maera ? Pourquoi les résultats d’analyse des concentrations bactériennes présentent des écarts aussi importants en sortie (de 1 à 10 000) ? Par exemple 5 800 000 E.coli./100 ml le 2 septembre 2009 alors que les 2 et 10 août 2009 on était respectivement à 140 000 et 410 000 ? Pourquoi, aucun résultat n’apparaît dans le tableau des mesures justement entre le 2 septembre (date du pic) et le 6 octobre (date de la mesure suivante) alors que la fréquence habituelle est bimensuelle ? Pourquoi aucun « suivi sanitaire des espèces (…) identifiées comme sédentaires à proximité de l’émissaire » n’a été encore mis en oeuvre comme le prévoit l’arrêté préfectoral de 2005 ? D’où viennent les « boulettes fibreuses à noyau vaseux (…) chargé en entérocoques (…) signalées par divers usagers en saisons estivales 2008 et 2009″ ?

Un comité qu’une fois par an

Le prochain comité de suivi de Maera, présidé par le préfet ou son représentant et qui doit avoir lieu fin juin apportera peut-être des réponses à ces questions. On peut aussi s’étonner que ce comité ne siège qu’une fois par an. Surtout après l’apparition des pollutions de 2008 et 2009. Notons aussi que Capnubam affirme que les documents préparatoires à la réunion lui sont, pour certains, communiqués tellement tard, que le collectif n’a pas le temps de les étudier. On peut donc s’interroger sur la réelle volonté des services de l’État de favoriser un véritable échange avec les associations.

Le comité sera aussi, sans doute, l’occasion pour le collectif de présenter ses propositions. Installation d’un cathéter à la sortie de l’émissaire, sorte de tuyau dans le tuyau, pour pouvoir « prélever plusieurs centaines d’échantillons de façon inopinée ». Disposer enfin d’une « évaluation pertinente des dispersions de panaches en mer comme l’exige l’arrêté du 29 juillet 2005″ d’autant que, comme le souligne Bernard Aubert, lors de l’enquête publique préalable à la mise en service de Maera, « la courantologie n’a pas été étudiée à la hauteur de laquelle elle aurait dû l’être ». Et puis, peut-être aussi tout simplement, beaucoup plus de transparence et de communication des acteurs (agglo de Montpellier, services de l’Etat) vis à vis des militants du collectif qui disent obtenir peu de réponses à leur questions. Car comme dit Bernard Aubert, « nous, on part du principe que la transparence paye toujours ». D’autant que, comme ne cesse de le répéter Jean-Pierre Cherif-Cheikh, président du collectif : « Notre rôle ce n’est pas de faire fuir les touristes. C’est d’analyser les mécanismes pour apporter des améliorations si elles sont nécessaires. » En attendant, la saison 2010 pourrait bien être décisive.

Par Jacques-Olivier Teyssier 20 mai 2010

(1) Episodes de Pollution par temps sec juillet – août 2009 sur les plages de Carnon, Capnubam, p2

(2) Compte rendu du comité de Suivi de Maéra du 30 juin 2009, Capnubam

(3) En plus de ceux mentionnés ci-dessus :

Retour d’expérience sur les pollutions bactériennes estivales en secteurs lagunaires et marins du Golfe d’Aigues-Mortes
Pollutions des Eaux du Golfe d’Aigues-Mortes saison estivale août-septembre 2008 – Chronique, Analyses, Discussions

http://www.montpellier-journal.fr/2010/05/les-mysterieuses-nappes-de-pollution-vont-elles-revenir-menacees-les-plages-cet-ete.html

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