A Béziers (comme ailleurs), ensemble engageons la riposte!

En réaction à l’ignoble campagne d’affiches anti-migrants de Robert Ménard, nous  étions une centaine à nous retrouver le 18 octobre devant l’Hôtel de Ville de Béziers. Puis quelques-un-e-s à occuper la salle du Conseil municipal avant de nous en faire expulser manu militari.

Après un premier rassemblement le 15 octobre en réaction à l’ignoble campagne d’affiches anti-migrants de Robert Ménard, une étions une centaine à nous retrouver le 18 octobre devant l’Hôtel de Ville de Béziers (principalement des militants du PCF, de SOS racisme, mais aussi de Cultures solidaires et d’Ensemble!). Puis quelques-un-e-s à occuper la salle du Conseil municipal (avant de nous en faire expulser manu militari) où le maire a finalement fait adopter sa proposition de référendum de la honte visant à ne pas accueillir de réfugiés-e-s sur la Ville.

Retour sur la stratégie de propagande fasciste tout azimut de Robert Ménard et sur l’indispensable riposte unitaire à organiser.  Par Romain F

Du buzz à la banalisation,

ou la conquête de « l’hégémonie culturelle » façon Ménard

 

Placardées sur les panneaux de la Ville les affiches en question (payées par les contribuables) montrent des visages flous, noirs ou basanés, encapuchonnés, massés devant la cathédrale de Béziers. Avec ce slogan : « ça y est, ils arrivent! Les migrants dans notre centre-ville » et cette inscription en contre-point : « l’Etat nous les impose ». Ces affiches ne sont pas sans rappeler la propagande antisémite du régime de Vichy exposant des caricatures de Juifs, déshumanisés, effrayants et menaçants.

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Le juif et la France au palais Berlitz a Paris en 1941
 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Loin d’être un dérapage mal contrôlé, cette dernière sortie ménardienne, s’inscrit dans une stratégie qui vise à saturer l’espace public et médiatique de messages très marqués idéologiquement. Sans pouvoir être exhaustif citons quelques exemples : arrêté anti-pauvre (ne l’oublions pas) interdisant le linge aux fenêtres en début de mandat. Rebaptisation de la rue du 19 mars 1962 (fin de la guerre d’Algérie) en rue Denoix de Saint Marc (officier partisan de l’Algérie française et soutien de l’OAS). Affiches vantant le flingue « nouvel ami de la police ». Diffusion d’un journal municipal (que les contribuables financent), sorte de rejeton biterrois des journaux Minute et Détective, dont un numéro de 2015 titrait déjà « Ils arrivent ! », et montrant, par le biais là aussi d’un photomontage, des réfugié-e-s massé-e-s dans un convoi en direction de Béziers, afin d’aller y chercher, nous précisait-on, « allocations et école gratuite».

 

 

 

 

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Ces quelques exemples montrent comment le maire de Béziers cherche à provoquer, à créer le buzz (quitte parfois à risquer l’invalidation par le tribunal administratif comme ce fût le cas pour son projet de créer une garde biterroise ou de mettre en place des tests ADN pour les chiens), afin de mettre ses idées nauséabondes au centre des polémiques, en cherchant à cliver et à diviser toujours plus la population, et à gagner à celles-ci un nombre croissant de personnes. Cette stratégie de propagande tous azimut, pour gagner la bataille des idées dans la ville, et au delà dans la société, est facilitée par les moyens financiers, logistiques et symboliques que lui procure la gestion d’une Ville de 74 000 habitants.

 

 

 

 

 

 

 

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Depuis son arrivée aux affaires, Robert Ménard, on l’a souvent dit, s’active à faire de Béziers un laboratoire de l’extrême-droite. Un laboratoire dans lequel les Zemmour, De Villiers (habitués des conférences organisées par la Mairie) et autres grands « humanistes » de l’action française, des identitaires, ou de la Ligue du Midi, sont comme requins dans l’eau. Un laboratoire qui nous indique ce que peut être l’extrême-droite au pouvoir : contre les immigré-e-s, les musulman-e-s, les SDF trop visibles chassés des allées Paul Riquet. Contre les droits des femmes et des homosexuel-le-s. Ménard s’affichait ainsi auprès de Marion-Maréchal Lepen à la manif pour tous, tous les deux étant tout aussi proches des catholiques intégristes de l’Opus Dei que des néo-fascistes du Bloc identitaire. Contre les associations qui n’entrent pas dans son idéologie (tentative d’expulsion de la Maison de la vie associative de l’ABCR, association biterroise contre le racisme, accusée de faire « de l’activisme fou en faveur des migrants ». Tentative heureusement invalidée par le Tribunal administratif.

 

Sinistre clown certes, le maire de Béziers n’en est pas moins dangereux. Il est une pièce majeure de l’ascension de l’extrême-droite, une de ses têtes de proue. Les nouvelles affiches municipales, après celles sur les migrants menaçant d’envahir Béziers, sont déjà placardées dans la Cité, appelant à un référendum sur la question, afin de toujours garder la main et de pousser l’avantage. Ces manœuvres font par ailleurs écho à la campagne coordonnée des maires et élus du FN « Ma ville sans migrants » qui vise à franchir un pas de plus dans la surenchère raciste à l’approche d’élections présidentielles lourdes de dangers.

 

 

 

De l’indignation à la construction d’un mouvement antifasciste sur Béziers

et au-delà (un creuset pour une alternative à gauche)

 

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L’indignation provoquée par cette campagne d’affiches anti-migrants est salutaire. Elle indique qu’il existe dans le pays et à Béziers (bien qu’à un niveau trop faible) des disponibilités pour s’opposer à ces idées, pour dire « bienvenue aux réfugié-e-s ». Des citoyen-ne-s, des artistes et des intellectuel-le-s, des mouvements associatifs et syndicaux (cf. les positions clairement anti-FN de Philippe Martinez), des organisations politiques et des élu-e-s (cf. la déclaration du maire d’Arcueil contre le vœu du FN « Ma ville sans migrant ») pour résister à l’instrumentalisation des crises et drames humains dans le but d’alimenter la peur et le rejet de l’autre, et pour porter une autre voix, celle de l’hospitalité, de la solidarité, de l’égalité et du vivre-ensemble. Tout ce que l’édile déteste, lui qui déclarait il y a peu, que « le vivre ensemble est une invention (dont) les gens ne veulent pas». Une funeste prophétie qui pourrait bien être sur le point de se réaliser à moins que…

Insuffisante en soi, l’indignation n’en est pas moins indispensable en tant qu’elle est le ressort premier de la lutte, le point de départ de l’engagement, là par où l’on commence. Le défi qui est posé est de partir de cette indignation afin de construire un mouvement antifasciste conséquent. C’est  vrai à Béziers, c’est vrai au delà. Les pistes pour ce projet sont connues. Cela implique en particulier de connaître son ennemi (son idéologie et son histoire, ses méthodes et moyens d’actions, les ressorts profonds de son ascension) pour mieux le combattre. Et d’entrer dans l’action de manière unitaire avec une visée non seulement morale mais aussi politique (je ne parle pas ici de visée électorale mais davantage de projet de société).

 

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L’éducation et l’action pédagogiques sont indispensables pour déconstruire les idées de l’extrême-droite (cf. les idées fausses sur les migrants publiées dans le Monde), pour démontrer l’incohérence de son programme, notamment son caractère faussement social (cf les publications de VISA – Vigilance Initiatives Syndicales Antifascistes) et pour mettre en lumière sa dangerosité.

Les prises de positions publiques dans l’espace médiatique (incluant les sites internet et les réseaux sociaux, lieux importants de la bataille des idées) doivent être amplifiées. Celles des élu-e-s progressistes jouent un rôle particulier grâce au « haut-parleur» dont elles peuvent bénéficier (cf. communiqué de Myriam Martin sur «la charte de la honte»), et pour amener la résistance jusque dans les institutions, certes contestables, mais hélas investies par les fascistes et leurs copies. Un mouvement de communes solidaires pour l’accueil de migrants avec des maires et des élu-e-s municipaux serait une réponse intéressante.

Les médias alternatifs tels que le contre-journal «Envie à Béziers» doivent être diffusés. Les actions symboliques et visibles (projet de campagne de contre-affiches à Béziers) sont autant de bonnes idées pour contrer la peste brune. La manifestation de rue, lieu privilégier de la contestation populaire, ne peut être abandonner à l’extrême-droite.

 

La compréhension des ressorts socio-politiques de l’ascension de l’extrême-droite et de ses idées est incontournable si l’on veut la contrer efficacement. La destruction par le capitalisme de tout ce qui permet de vivre dignement et de faire société, le mal-vivre et la désespérance qui en découlent, sont de puissant terreaux sur lesquels prospèrent les discours populistes désignant des bouc-émissaires à la vindicte populaire. Les niveaux de pauvreté dans les régions où le FN fait ses plus hauts scores sont éloquents. Béziers, une des villes comptant le plus de personnes et de familles vivant sous le seuil de pauvreté en France et dans la Région, vient confirmer ce propos (cf. les données  statistiques). Une analyse fondée sur un déterminisme social qui engendrerai mécaniquement le fascisme n’est pas satisfaisante cependant.

 

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L’abandon du principe d’égalité, une démocratie vidée de plus en plus de son contenu pour laisser place à l’arbitraire oligarchique, l’austérité comme seul horizon économique, mis en œuvre qui plus est par un gouvernement se revendiquant de la gauche, la désaffection d’une partie de l’électorat surtout à gauche qui en découle, sont autant de leviers pour l’ascension du fascisme. L’intégration des idées de l’extrême-droite aux discours et propositions politiques, à droite bien-sûr, mais aussi chez une partie se revendiquant à tort de la gauche, finissent aussi davantage par la légitimer qu’à lui couper l’herbe sous les pieds. L’original finit toujours par l’emporter sur la copie.

Enfin, c’est aussi parce qu’aucun mouvement porteur d’une alternative à gauche, qui soit tout à la fois audible, crédible et désirable, capable de contester au FN la captation du mécontentement social mais dans un sens radicalement opposé, basé sur un projet d’émancipation humaine, que nous nous retrouvons autant acculés aujourd’hui. La référence aux années 30 pour comprendre la situation actuelle, à sa part de pertinence (montée du fascisme sur fond de crise économique et d’échec de la gauche à transformer la société). En ce qui concerne notre sujet un aspect pourrait retenir notre attention. Celui de l’unité antifasciste de la gauche syndicale et politique, enfin constituée après le coup de semonce de la manifestation des ligues d’extrême-droite le 6 février 1934 (certes avec un mouvement ouvrier en bien meilleure posture). Une unité  au contenu progressiste qui fût un  préalable au mouvement social et politique du Front Populaire qui suivit (sans s’exempter de tirer les leçons des échecs/trahisons des gouvernements s’en revendiquant).

 

Retour à Béziers. Face à Robert Ménard et à sa politique fasciste l’heure n’est plus, au sein de la gauche radicale et citoyenne biterroise, aux hésitations par réticence à lui faire de la publicité (il y arrive très bien sans nous) ni aux actions unilatérales sans concertation des partenaires (mobilisant si peu), où les syndicats, aux côtés des mouvements politiques et des associations, ont leur rôle à jouer dans ce combat contre le pire des ennemis des travailleur-se-s. L’urgence est à la constitution d’un mouvement antifasciste et antiraciste, unitaire et pluraliste, rassemblant largement, capable de mener des actions multiformes articulant résistance à la violence idéologique de Ménard et sa clique et promotion d’une société plus juste, plus égalitaire, plus hospitalière, plus solidaire et plus démocratique. Ménard va battre campagne pour son référendum de la honte. Une campagne alternative s’impose.

Romain F. Béziers

 

Liens externes:

 

Sur les idées fausses sur les migrants :

 
http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2016/10/05/idee-recue-n-1-les-migrants-envahissent-la-france_5008359_4355770.html

http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2016/10/11/idee-recue-sur-les-migrants-5-6-ils-viennent-profiter-des-allocations_5011832_4355770.html

http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2016/10/10/idee-recue-sur-les-migrants-4-6-ils-volent-le-travail-des-francais_5011081_4355770.html

 

Sur les taux de pauvreté en région et à Béziers:

http://www.midilibre.fr/2016/05/10/radiographie-d-une-cite-particulierement-sinistree,1330101.php

http://france3-regions.francetvinfo.fr/languedoc-roussillon/herault/beziers-et-perpignan-dans-le-top-10-des-villes-ou-vivent-les-pauvres-404231.html
 

Sur la Charte du FN « Ma ville sans migrant » :

https://94.citoyens.com/2016/le-fn-depose-son-voeu-anti-migrants-dans-tous-les-conseils-municipaux-ou-il-siege,02-10-2016.html

La réponse du maire d’Arcueil au vœu du FN :

http://www.journarles.org/spip.php?article939

 

La déclaration de Myriam Martin, porte-parole d’Ensemble et conseillère régionale Nouveau Monde en Commun à la Région Occitanie :

 

http://www.myriam-martin.org/index.php/le-groupe-nouveau-monde-en-commun/54-ma-commune-sans-migrants-la-charte-de-la-honte

 

Voir la vidéo de l’occupation du Conseil municipal de Béziers :

http://www.herault-tribune.com/articles/39831/beziers-videos-bagarres-au-conseil-municipal-proche-du-front-national/

http://france3-regions.francetvinfo.fr/languedoc-roussillon/herault/beziers/crowfunding-riposter-aux-affiches-anti-migrants-beziers-1113183.html

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