Contre le terrorisme, la haine et les amalgames !

Ci-dessous la déclaration nationale de Ensemble ! et le communiqué du Front de Gauche ainsi que les points de vue de G. Liégard et Roger Martelli









Ensemble ! appelle à participer aux manifestations citoyennes
de ce week end, y compris à Paris même si Ensemble ! n’ y est pas
 signataire du texte d’appel, en raison notamment de la signature de ce
texte par l’UMP.  Ensemble !  appelle  à participer
aux marches organisées sur Montpellier et sur Béziers. 

Dimanche 11 janvier Montpellier
 15h Place du nombre d’or Marche pour la démocratie et
la liberté de la presse  départ Club de la presse Montpellier ( Antigone,
place du nombre d’or) Appel Club de la presse, LDH et nombreuses organisations
dont Ensemble 

Samedi
10 janvier,  Béziers, 15 H, parvis du Théâtre  
(voir ici le communiqué de Ensemble ! Béziers suite à l’odieuse tentative de récupération du maire d’extrème droite)


Déclaration
de Ensemble! Contre le terrorisme, la haine et les amalgames, Plus de démocratie,
de liberté, d’égalité et de justice !

L’attentat meurtrier du
mercredi 7 janvier 2015 qui a frappé la rédaction du journal Charlie Hebdo et
provoqué la mort de 12 personnes constitue un véritable choc. Aucune cause ne
peut justifier un tel acte aussi barbare. Pour nous comme pour des millions de
citoyens, c’est avant tout un attentat contre la liberté d’expression, qui plus
est contre un journal de gauche, libertaire et anti autoritaire. 
 La prise
d’otages et le meurtre de quatre d’entre eux Porte de Vincennes, visant
ouvertement un magasin casher, constitue un nouveau crime antisémite, révélateur
de l’idéologie meurtrière que véhicule ce groupe d’assassins




Les rassemblements spontanés
ou à l’appel de syndicats et de partis de gauche qui se sont déroulés partout
en France dès mercredi soir, avec la participation de centaines de milliers de
personnes en hommage aux victimes témoignent d’un sursaut profond de dignité et
d’humanité. Ces rassemblements démontrent qu’il existe des énergies déterminées
à défendre le vivre ensemble contre la haine et la stigmatisation. Il faut
amplifier ce mouvement !

« Ensemble ! »
appelle, avec les organisations du Front de gauche, les syndicats, les
associations antiracistes, les forces politiques de gauche à participer aux
rassemblements et manifestations qui ont lieu le week end prochain. « Ensemble ! »
participera sur la base de cette déclaration à la manifestation appelée à Paris
dimanche 11 janvier, à 15 heures, Place de la République.

Développer ce mouvement de
solidarité est la réponse nécessaire aux menaces qui pèse sur notre société. Il
est d’autant plus important que l’attentat qui s’est produit risque d’accentuer
les peurs et jeter de l’huile sur le feu, dans un climat marqué ces derniers
mois par une recrudescence des discours racistes, antisémites et de
stigmatisation des musulmans. Grenade ou coups de feu contre des lieux de culte
musulman ou un Kebab, un lycéen tabassé,… toutes ces violences racistes sont
intolérables. Des organisations fascistes appellent à organiser des
manifestations. Il faut refuser tout amalgame entre « Islam » et « terrorisme ».
Le soupçon que toute personne de confession musulmane serait potentiellement
favorable au terrorisme est insupportable.

Dans ce mouvement de
solidarité, le Front National de Marine Le Pen, qui multiplie les discours xénophobes
et de stigmatisation des musulmans, n’a évidemment pas sa place. Pour « Ensemble ! »,
contrairement à ce que proposent François Hollande et Manuel Valls, il n’y a
pas d’union possible non plus avec Nicolas Sarkozy et les forces de droite qui
depuis des années n’ont cessé d’attiser les haines par leurs politiques d’exclusion
et de discrimination, allant jusqu’à reprendre le discours irresponsable du « choc
des civilisations » entre « Islam » et « Occident ».

Ne laissons pas l’indignation
et la révolte qui animent les millions de gens aujourd’hui mobilisés être dévoyées
dans la logique d’une « guerre contre le terrorisme » qui au nom de
la peur, ferait régresser, comme ce fut le cas aux USA après le 11 septembre,
la démocratie, les libertés individuelles et les droits démocratiques.

Notre réponse au
terrorisme, c’est plus de démocratie, plus de liberté, plus d’égalité et plus
de justice.

Le 9 janvier 2015.





Le Front de
Gauche appelle aux manifestations citoyennes de ce week end

La douleur face au meurtre
politique de nos amis de Charlie Hebdo et des policiers qui les protégeaient
reste immense. Nous sommes dans le temps du deuil mais nous espérons que leurs
assassins seront vite rattrapés et jugés.  

Mercredi, nous étions aux
rassemblements spontanément organisés. Le FDG appelle naturellement aux marches
citoyennes de ce week-end dont celle de Paris entre République et Nation.

Nous manifesterons en
hommage à l’équipe de Charlie Hebdo, en solidarité avec leurs proches, leurs
collègues et leurs amis. Nous manifesterons au nom de la liberté d’expression
et des valeurs défendues par l’équipe de Charlie Hebdo car ce n’est pas n’importe
quel journal qui a été attaqué. C’est un journal qui, fondamentalement, s’oppose
à l’ordre établi avec une arme, l’humour et la dérision. C’est pourquoi nous
manifesterons en refus de tous les racismes, pour l’égalité contre les
discriminations, pour une laïcité émancipatrice et la liberté de conscience. 

Cette
marche est une réplique républicaine contre l’obscurantisme et les intégrismes
religieux d’où qu’ils viennent. Le Front de gauche condamne toute les
tentatives d’assimiler les musulmans vivant en France à ces actes terroristes.
Les forces qui prônent l’exclusion et la xénophobie n’y ont donc pas leur place
à commencer par le FN. Ce serait insulter la mémoire de nos amis. 




Points de vue 





Unité nationale ? C’est non !

La légitime émotion
collective créée par l’attentat contre Charlie Hebdo ne doit pas être le prétexte
d’un Patriot Act à la française. Elle doit aussi conduire à une lutte sans
compromis contre les fondamentalismes qui prospèrent aujourd’hui.

L’effroyable massacre de
la rédaction de Charlie Hebdo a suscité une intense émotion, un
sentiment profond de dégoût contre un acte barbare. Spontanément des dizaines
de milliers de personnes sont descendues dans la rue, les déclarations ont été
unanimes pour condamner ces assassinats, c’était bien le minimum.

Il n’y a pas lieu de
douter de la sincérité de toutes celles et tous ceux qui se sont exprimés, mais
au-delà de la sidération commune, commencent les divergences politiques. Dès ses
premières déclarations, le président de la République a appelé à « l’unité
nationale face à la barbarie ». Il n’en est pas question. Une union nationale
des forces politiques supposerait un accord sur ce qu’il faut dire et faire après
un tel événement. C’est évidemment impossible.

La tentation sécuritaire

Au lendemain même de
l’attentat meurtrier à Charlie Hebdo, Marine Le Pen a déjà embrayé, réclamant
un référendum sur la peine de mort. S’agissant de lutter contre des djihadistes
qui partout manifestent le peu de cas qu’ils font de leur propre vie, aspirant
plutôt au martyr, la revendication est grotesque. La présidente du FN le sait
bien, et si elle utilise cette arme, c’est qu’elle tente de capter l’aspiration
à l’ordre qu’un tel événement fait naître au sein d’une fraction de la
population.

Depuis des années,
l’arsenal législatif a été sans cesse modifié, se traduisant à chaque fois par
de nouvelles restrictions des libertés et des moyens accrus de surveillance par
l’État. Nicolas Sarkozy s’était spécialisé dans l’exploitation nauséabonde de
faits-divers, pour alourdir à chaud les lois répressives de ce pays. Les conséquences
sont bien connues, avec une criminalisation croissante des mouvements sociaux,
les procès en tout genre contre des syndicalistes et l’utilisation d’armes
disproportionnées contre des manifestations.

Le 24 décembre, dans un curieux
cadeau de Noël aux internautes
, Matignon a publié un décret
d’application à l’article 20 de la loi de programmation militaire (LPM). Ce
texte, sous le vocable lénifiant d’ “accès administratif aux données de
connexion” permet une très large surveillance des télécommunications des
Français (téléphone, SMS, internet, etc…) par les services de l’Etat.

Lutter contre la barbarie
fondamentaliste

Tous les éléments d’un
Patriot Act à la française sont déjà en place. Nul doute que des voix nombreuses
vont, au nom de la lutte contre le terrorisme, demander de nouvelles
restrictions démocratiques. D’autres réponses sont pourtant possibles. Celle de
Fabian Stang, maire d’Oslo, après la tuerie de l’Île Utøya perpétrée par le néo-nazi
Anders Breivik en 2011 (69 morts parmi les jeunesses socialistes norvégiennes),
est admirable : « Nous allons punir le coupable. La punition, ce sera plus
de générosité, plus de tolérance, plus de démocratie. » Elle évoque ce que
doit être notre combat. Combattre la barbarie commence par ne pas abandonner
nos valeurs. Céder à la peur, en rabattre sur nos exigences démocratiques est
un piège redoutable (lire aussi“Face à
l’horreur, ni la peur ni la haine”
). C’est reconnaître nous même
que nos ennemis ont gagné en entrant sur leur terrain.

S’il ne faut rien lâcher
sur nos valeurs d’égalité, de démocratie, il faut aussi mener un combat
implacable contre la barbarie djihadiste. Celle-ci est plus encore l’expression
d’un projet politique totalitaire qu’une dérive intégriste et disons le mot,
c’est une forme de fascisme. Les exactions de Daesh au Proche-Orient sont
proprement abominables. Le massacre de mercredi n’est qu’un échantillon de ce
que subissent tous les jours les populations yézidies, kurdes, chrétiennes et
sunnites en Irak et en Syrie.

Cela suppose donc un
combat de tous les instants contre ces courants, mais aussi leurs protecteurs.
Chacun sait que l’Arabie Saoudite et surtout le Qatar ont abondamment financé
Al Qaïda et Daesh, deux pays avec lesquelles la France entretient les
meilleures relations pour des raisons économiques. Il y a peu encore, Nicolas
Sarkozy, qui demande aujourd’hui des mesures énergiques au gouvernement, cachetonnait
complaisamment à Doha à l’invitation de la Qatar National Bank. De toute évidence,
la lutte contre le djihadisme est soluble dans le carnet de chèques.

S’opposer à l’ascension
politique des intégrismes religieux

Une partie de la gauche
doit aussi balayer devant sa porte. Il faut être intraitable contre toutes les
formes de racisme. Les discours haineux, les amalgames nauséabonds contre les
musulmans sont devenus monnaie courante et nécessite un combat acharné et sans
relâche. Mais ce qui s’est passé mercredi à la rédaction de Charlie Hebdo, les
horreurs quotidiennes en Afghanistan, au Pakistan ou au Proche-Orient ne sont
pas seulement le fruit d’une réaction, même très dévoyée, aux interventions impérialistes
ou au climat antimusulman en France.

Il existe, de par le
monde, une montée globale des intégrismes religieux et de leurs projections
politiques. Le Tea Party aux États-Unis, la victoire électorale du BJP en Inde,
l’extrémisme juif ou l’islamisme radical traduisent un recul de la sécularisation
de la politique. Le phénomène est trop général pour ne pas renvoyer à des
raisons d’ensemble qu’il faudra analyser en détail. Tous ces courants sont irréductiblement
nos ennemis. Baisser la garde au nom d’un adversaire principal que serait l’impérialisme
(ou autre) serait une tragique erreur. Au sein même du monde musulman existe
une lutte à mort entre des courants modérés et des forces ultraréactionnaires.
Ces derniers doivent être défaits.

Notre horizon, notre
projet conjuguent égalité, liberté et solidarité. Cela suppose un combat de
tous les instants contre la logique folle du capitalisme qui détruit nos sociétés.
Cela signifie, aussi, d’être intraitable contre tous les fanatismes dont les
valeurs sont point par point antinomiques aux nôtres.

Guillaume Liégard. Publié
sur le site de Regards.

 

 Face à l’horreur, ni la peur ni la haine



 

 

 

Roger Martelli a participé
hier soir (7 janvier) à la veillée organisée par Mediapart, réunissant de
nombreux invités représentant des médias eux-mêmes très divers. Voici, à l’écrit,
la teneur des propos qu’il y a tenus.

Il est difficile de parler
ou d’écrire quand, devant l’indicible, il ne devrait y avoir que le silence ou
le cri. Et pourtant il faut parler, parce que parler c’est être libre. Or, en
attaquant sauvagement et froidement un journal, satirique de surcroit, le
fanatisme au front bas a montré une fois de plus qu’il n’a pas de pire ennemi
que la liberté, de penser, de croire comme de ne pas croire et même d’en rire,
d’être ce que l’on veut être et pas ce que l’on vous assigne d’être. Et si la
liberté est sa hantise, c’est par la liberté, et surtout pas en la
restreignant, qu’on finira par désarmer son bras.

Dans l’immédiat, nous n’avons
que l’affliction, le recueillement, la solidarité totale avec celles et ceux
qui ont perdu la vie, avec leurs proches, avec celles et ceux qui ont été
terrorisés et meurtris. Mais nous aurons très vite le devoir d’aller au-delà.
Nous vivons dans un monde fragile, heurté, instable, où la violence affleure en
permanence. Guerres classiques, guerres civiles, guerres ethniques, guerre des
civilisations nous répète-t-on même à l’envi. On veut nous habituer à un état
de guerre permanent, où la menace est partout, où l’état d’exception est la règle,
où les communautés s’enferment quand elles ne s’affrontent pas. La peur devrait
être notre horizon, la peur de ne plus être chez soi, la peur de devenir
minoritaire, la peur de perdre son identité. Or quand la peur domine, elle
suscite l’angoisse, elle attise le ressentiment, elle fait flamber la violence,
toutes les violences.

La meilleure façon de
combattre les fanatismes est de commencer par ne pas attiser les haines. Il ne
faut pas accepter cette idée que la guerre civile est à nos portes, que la société
doit se recroqueviller, se calfeutrer, se défendre contre tout et n’importe
quoi. Rien ne peut et ne pourra jamais justifier la barbarie. Mais veillons à
ce que rien ni personne ne puisse, au nom de la possible barbarie, pousser au
repliement, à la protection, à la peur de l’autre, au confort des identités.
Veillons à ce que la peur ne nous submerge pas.

On nous dit que la
question de l’identité est désormais la clé de voute de toute société
politique. Il ne peut en être ainsi. Ce qui doit être notre horizon, c’est l’égalité,
accouplée à la liberté et soutenue par la solidarité. Le problème de notre société
n’est pas que les identités se perdent mais que les inégalités se creusent et
que les discriminations prospèrent. Si nous lâchons pied sur cette question,
alors les fanatismes de tous poils auront la vie belle. Alors, ce ne seront pas
“des” civilisations qui seront en péril : ce sera “la”
civilisation, c’est-à-dire, tout simplement, notre commune humanité.

Roger
Martelli. Publié sur le site de Regards.


 

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