Entretien avec la factrice syndicaliste de Capestang-Cruzy

Jeudi 1° mars à 9h, une syndicaliste de la poste  de Capestang-Cruzy devrait à nouveau passer en conseil de discipline sous le prétexte de non distribution de publicité. Sud PTT appelle à un rassemblement à 8h30 devant la direction de la poste. Ci-dessous, un entretien paru dans Motivé-e-s de février 2012




soutienfactrice.pngLa poste est aujourd’hui, suite à sa privatisation, en plein travaux pratiques. Les conflits se multiplient contre les suppressions d’emplois, l’intensification du travail et la souffrance au travail fait des ravages. Dans ce contexte, la direction de la poste fait tout pour se débarrasser des militants syndicaux considérés comme des gêneurs. Christelle fait partie de ces militantes que la direction de La Poste a tenté de licencier. 

La solidarité entre postiers, organisations syndicales et usagers a permis une première victoire en évitant le licenciement. La Poste compte tout de même imposer une sanction de 3 mois sans solde à Christelle, c’est inacceptable !

Les militants et militantes du NPA se sont mobilisés fortement pour soutenir Christelle, ils seront à nouveau présents devant la Direction de la Poste le 1er Mars pour exiger “aucune sanction”.



Entretien paru dans Motivé-e-s de février 2012

Quelle est ton histoire ?

«
J’ai été embauchée par La Poste il y a dix ans comme factrice, je ne suis pas
fonctionnaire, simplement contractuelle, comme dans une entreprise privée. Le
site où je travaille, à Capestang, regroupe quarante facteurs. « Leur organisation
» de la journée de travail est à l’origine de la lutte syndicale qui remonte en
fait seulement à trois ans quand les liquidateurs des PTT d’antan ont décidé de
ne plus respecter la vieille bonne règle du « fini-parti » qui permettait à un
facteur de quitter le boulot aussitôt après que la tournée soit finie.

 C’était
au printemps 2009, les facteurs sont partis en grève reconductible en
opposition à leur opération dite « facteur d’avenir », juste après le centre de
tri postal de Bédarieux, fer de lance. C’est une lutte qui a été à moins de
deux doigts de l’échec. Si un petit chef local n’avait pas fait une erreur
psychologique imbécile, on rentrait sans avoir rien obtenu. Mais Schwartzeneger
accable de tâches un collègue qui cessait la grève. Ce gréviste acculé à
reprendre, je ne peux décemment pas l’appeler non-gréviste puisqu’il sortait de
dix jours d’arrêt, «pète un câble » devant la masse insensée de lettres à trier
puis distribuer. En crise de panique sérieuse, les pompiers et le Samu sont appelés.
Alors, sous le coup de l’émotion, tout le monde ressort sur le parking, des
facteurs qui n’avaient participé absolument à rien rejoignent le mouvement.
L’essentiel s’est négocié dans l’élan de la grève revigorée, avec une garantie,
fragile, de garder à chaque facteur sa tournée sur un secteur géographique
précis. 

Par parenthèse, on va dire marrante, une embrouille avec son mobile
avait permis d’entendre le message du délégué principal de FO à la directrice
du centre de Capestang lui indiquant que les grévistes allaient reprendre le
boulot, qu’elle pouvait compter sur cézigue pour que tout finisse bien. Ce «
mange foulègue » venait juste de casser la croûte avec les facteurs en
garantissant l’urgence de la grève générale jusqu’à satisfaction de toutes nos
re- vendications, selon la formule consacrée.

La
réalité du syndicalisme à La Poste, c’est aussi ce volet de collaboration
instituéeentre syndicat et direction. La
répression d’une syndicaliste, je dirais normale et sans mandat, en découle
logiquement, me semble-t il. La paix sociale la plus absolue a régné après
cette lutte. La patronne est sympa, les collègues contents. Pendant la grève

des retraites, les deux syndiqués à Sud de Capestang sont un peu seuls à participer au mouvement.

Déboule
cet automne une équipe que je qualifierais de « cadres privatiseurs », de choc
bien entendu, qui m’avaient ciblée et donc me plient en argumentant
crapuleusement sur des publicités non distribuées. Un vrai gang : avec photos
de la voiture en caméra cachée, marque des colis à l’encre sympathique et
entretiens bidonnés pour charger le dossier. Ce serait faux de dire que je me
suis bien défendue. Je ne les ai pas vu venir, ils m’ont « cadrée » pour un
licenciement en flagrant délit de faute gravissime avec une maestria de pro
formés chez France Télécom.

 Quels soutiens as-tu reçu ?

Beaucoup de petits gestes concrets des collègues de
travail qui m’ont évité de tomber en maladie, c’était vital que je reste fidèle
au poste pour que la lutte soit efficace. Un engagement total de Sud PTT
Hérault à mes côtés. Et la CGT et FO -comme quoi !- n’ont pas barguigné leur
aide. Sur le village de Cruzy, ma tournée de factrice attachée à sa compétence
territoriale, quelle levée de bouclier les jours de marché, le vendredi matin,
vraiment bouleversant ! Dès le lendemain de l’entretien préalable annonçant mon
licenciement, un épisode qui m’avait sciée et pas que moi : tous les facteurs
aussi, très unis à mes côtés, attac et le npa font aussitôt du porte à porte
sur Cruzy, alertent les usagers du service public postal, sortent une affiche,
un tract explicatif et suscitent la rédaction d’une motion de soutien «
factrice si, pub no !». Ils sont, Blondeau et l’équipe des alter-mondialistes,
des experts en lutte dé-fensive, inlassables ; et inaltérables rieurs ce qui ne
gâte rien. Mais sans l’épisode des vœux de Bourquin où quatre mille personnes
ont été alertés par Sud (merci Christine, sa modestie va me faire engueuler de
la citer), j’aurais été quand même vaincue. C’est ce mouvement d’opinion là,
avec Francis Viguié et René Revol à mes côtés qui a été déterminant pour faire
plier Vocal, le directeur départemental de

La Poste, décideur définitif du licenciement qui s’est
finalement contenté d’une mise à pied de trois mois sans traitement. C’est
lourd mais il n’y a pas Pôle Emploi au bout du bout.

Quel bilan tires-tu de ton expérience ? 

Que sans un
petit coup de pouce du destin, le retentissement lors des vœux de la Région,
j’étais licenciée bel et bien en dépit de l’intelligence inventive de ceux qui
ont agi. Que sans Michel, un bras gauche un peu aussi dans la vie, qui a
beaucoup chargé, parce qu’au quotidien tu souffres, toutes les initiatives de
la lutte auaient été vaines. Chantal, d’Attac Jaur Somail, m’a dit : «tu as la
tête d’une femme vaincue, la même tête que moi pendant la tentative d’expulsion
de ma ferme en décembre 2007, tiens : regarde cette photo sur l’Hérault du Jour
de l’époque». Comme dans son cas à elle, les salauds s’attaquent en priorité à
une femme, ce sont des sexistes, les quatre chevilles ouvrières du traquenard
en bande organisé. Ils ont failli mettre en vrac l’humble factrice, que je
reste, d’ex-trême justesse.

Propos recueillis par Thérèse Marti, institutrice
laïque.

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