Mort de Rémi Fraisse. Le gouvernement est responsable et il cherche à diviser et réprimer.

Mort de Rémi Fraisse. Pour la première fois depuis 1986, un manifestant est mort de violence policière. De nombreux éléments montrent que c’est bien la stratégie de la tension (violences policières répétées, dispositif policier sur-dimensionné et provocateur)  voulue par le ministère de l’intérieur qui a abouti au drame. Alors que les faits étaient connus dès le départ, le pouvoir a délibérément choisi de retarder l’annonce des causes de la mort : une grenade offensive lancée par un gendarme. Depuis, comme samedi 8 novembre à Toulouse, le gouvernement a fait interdire plusieurs manifestations et cherche à diviser le mouvement entre ceux qui seraient de gentils écologistes pacifiques et ce qui seraient de violents provocateurs. Une manière de faire que la droite la plus dure n’aurait pas reniée. 

sivens2.jpgMort de Rémi Fraisse.
Pour la première fois depuis 1986, un manifestant est mort de violence
policière. De nombreux éléments montrent que c’est bien la stratégie de la
tension (violences policières répétées, dispositif policier sur-dimensionné et
provocateur)  voulue par le ministère de l’intérieur qui a abouti au
drame. Alors que les faits étaient connus dès le départ, le pouvoir a
délibérément choisi de retarder l’annonce des causes de la mort : une grenade
offensive lancée par un gendarme. Depuis, comme samedi 8 novembre à Toulouse,
le gouvernement a fait interdire plusieurs manifestations et cherche à diviser
le mouvement entre ceux qui seraient de gentils écologistes pacifiques et ce qui seraient de
violents provocateurs. Une manière de faire que la droite la plus dure n’aurait
pas reniée. 

Ils ont tué Rémi Fraisse. Retour sur les faits et prise de position

Ils ont tué Jaurès fut le cri repris par des
millions de voix après l’assassinat de Jaurès le 31 juillet 1914. Auparavant eu
lieu une longue campagne de presse d’appel au meurtre des nationalistes de « l’Action
française » et autres .

Rémi Fraisse est mort dans le département où
Jaurès fut député, sur le chantier du barrage de Sivens.

Rémi est mort dans la nuit du 25 au 26 octobre,
lors de heurts entre manifestants et gendarmes. Les mois et les semaines précédentes
les exactions policières s’étaient multipliées, dans l’impunité des des forces
de l’ordre. La hiérarchie de l’appareil de répression, jusqu’au ministre de l’Intérieur,
fut avertie, cela continua : c’était donc avec son aval que le
comportement de soudards des gendarmes continua.

Les faits et quelques commentaires.

Les faits depuis la mort de Rémi Fraisse ont été
reconstitués par Mediapart et d’autres.

Sa mort est constatée par les gendarmes dès 2
heures du matin le dimanche 26 octobre.

A 5 heures (du matin) un légiste constate un « décès
immédiat par explosion localisée ».

A 10 heures, une dépêche AFP annonce sa mort.

A 16 heures, les manifestants sécurisent le lieu
de la mort de Rémi Fraisse, lieu marqué par une large tâche de sang. Les
gendarmes ne l’ont pas fait.

Ces gendarmes sont compétents pour tirer des
centaines de grenades offensives sur une foule, pas pour faire le travail
minimal permettant un travail d’enquête (à moins que le criminel et le policier
ne soient la même personne ; il ne s’agirait alors pas d’incurie mais de
pratique criminelle cohérente).

A 17 heures, le procureur du cru dit son
impossibilité à répondre sur la cause du décès de Rémi Fraisse. Il ment donc.

Peu après 20 heures, Cazeneuve, le Ministre de l’Intérieur
parle : il dénonce ceux qui ont « porté atteinte aux monuments aux
morts » et qui sont responsables d’un déchaînement de violences. Il ne
parle pas de la violence meurtrière des policiers mais de celle des
manifestants.

Lundi après-midi, la police scientifique arrive
sur les lieux du crimes (sécurisés, tardivement, par les seuls manifestants).
Ce même jour une autopsie est réalisée qui retient l’hypothèse d’une explosion
dans la « région thoracique haute » comme cause de la mort immédiate.

Le Procureur d’Albi exprime son doute quant à la
cause de l’explosion. Son rôle semble consister à gagner du temps pour les
gendarmes et le gouvernement.

Le Directeur général de la gendarmerie lance l’hypothèse
d’un engin explosif ayant appartenu à Rémi comme cause de sa mort. C’est une
calomnie et il le sait. C’est une insulte à la mémoire d’un jeune écologiste tué
par un gendarme et il le sait.

C’est le même jour que le Président du Conseil général
du Tarn, un socialiste, l’ignoble Carcenac, déclare à propos de Rémi que « mourir
pour ses idées », « c’est quand même relativement stupide et bête ».
Ce politicien est un défenseur acharné de la construction du barrage de Sivens ;
il y est intéressé à divers titres. Des gens comme ça ne meurent pas pour leurs
idées, à la façon d’ un Allende ou d’un Guevara ; ils meurent parfois dans
un règlement de comptes entre truands, la seule aventure qu’ils puissent
imaginer.

Cazeneuve, le premier flic de France, dénonce,
lundi, la violence …des manifestants. Puis, le mardi, il dénonce « l’instrumentalisation
politique » de la mort de Rémi Fraisse. Il ne dénonce pas les assassins ;
il ne dénonce pas l’instrumentalisation politique par le PS, la droite et le FN
(les amis de l’assassin de Clément Méric), tous unis bien sincèrement dans leur
dénonciation des « casseurs ».

Manuel Valls entre alors en scène pour défendre
martialement son Cazeneuve, dire qu’il n’acceptera pas que l’on critique
policiers et gendarmes et dénoncer « les casseurs ». Il ne dénonce
pas ceux qui sont responsables de la fracture mortelle de la colonne vertébrale,
explosée, de Rémi Fraisse.

Ensuite, le Procureur d’Albi semble se souvenir
que son métier a un rapport avec la recherche de la vérité judiciaire : « la
TNT retrouvée sur les vêtements de Rémi Fraisse « oriente vers un explosif
militaire de type grenade offensive » déclare-t-il.

Plainte est déposée par la famille de Rémi pour « homicide
volontaire, violences ayant entraîné la mort sans l’intention de la donner ».
Le Parquet de Toulouse est saisi.

Des questions. Des responsables.

Qui est le gradé qui a lancé la grenade
offensive qui a tué Rémi ? Qui a donné l’ordre de lancer des dizaines de
grenades offensives ce soir-là ? Qui a donné l’ordre de harceler, blesser
les zadistes pendant les mois précédants, de façon continue? Qui a organisé les
mensonges d’Etat les deux jours suivant la mort de Rémi ?

Ces questions sont actuellement sans réponse.

Les responsables connus de cet enchaînement
meurtrier sont, quant à eux, connus: le conseil général du Tarn presque
unaniment uni derrière son président, les responsables de la gendarmerie jusqu’à
la direction générale. Et surtout le Ministre de l’Intérieur Cazeneuve et le
Premier ministre Valls.

La démission de Cazeneuve est un minimum
exigible.

La vie des opposants à leur politique de
mort.

Valls veut changer le nom du PS. Il a raison :
le « socialisme » de ce PS actuel n’a rien à voir avec le courage d’un
réformiste sincère, se plaçant au service de la classe ouvrière, comme Jaurès.

Les héritiers des assassins de Jaurès, ces
amoureux de la répression au service des classes dominantes que sont le PS, l’UMP
et le FN, ont tué Rémi Fraisse. Et ils tentent de salir sa mémoire.

Le nom de Rémi Fraisse vient signifier la
violence utilisée pour que rien n’entrave l’acharnement productiviste des
capitalistes alors que le réchauffement climatique s’avère encore plus rapide
que prévu.

Son nom vient rappeler celui de toutes les
victimes de le violence policière, et de la violence patronale qui commande la
première.

Faisons en sorte que ne soit pas oublié qu’ils
ont tué Rémi Fraisse.

Les noms de Rémi Fraisse et Clément Méric (tué
par un fasciste en juin 2013) resteront pour nous des symboles vivants du
courage politique.

Nos luttes contre les politiques mortifères des
néolibéraux et de leurs amis fascistes doivent s’amplifier. C’est vital.

Pascal Boissel   

 

Unité face aux manœuvres de division, face aux violences policières

2.jpgDepuis l’assassinat de Rémi Fraisse, les mobilisations se poursuivent, contre les violences policières et pour l’arrêt des travaux du barrage du Testet. Dans plusieurs villes, des violences policières ont conduit à faire de nouveaux blessés et nouveaux emprisonnés parmi les manifestants qui voulaient en découdre suite à la mort de l’un des leurs, de l’un des nôtres.

A Paris, après les manifestations de solidarité avec la Palestine cet été, la préfecture récidive en interdisant une manifestation. Les personnes ayant voulu braver l’interdiction se font embarquer, parfois dès la sortie du métro, voire même avant lors de leur départ d’une ville voisine. C’est une atteinte aux libertés, à la liberté de manifester, et nous sommes aux côtés des victimes de cette répression étatique. Parallèlement, alors que le gouvernement a mis deux jours à réagir à la mort de Rémi, ses plus éminents membres ne se gênent pas pour vouer aux gémonies « les casseurs », rejoints par les voix de la droite, de la FNSEA qui dénonce les djihadistes verts, quand Marine Le Pen et des responsables de l’UMP appellent à « dissoudre les groupes d’extrême-gauche ultra-violents ». Vieille tactique réactionnaire de stigmatisation et de répression ; la loi anti-casseurs de Marcellin des années 1968  n’est pas loin. Mais du coté de la gauche, l’entreprise de division semble parfois porter ses fruits, lorsqu’on essaye de séparer les gentils écologistes pacifiques et non-violents des autres militant-es qui luttent contre les grands projets inutiles et imposés.

Le problème n’est pas nouveau. Dans de nombreuses luttes, particulièrement ces dernières années, les stratégies, les pratiques militantes se confrontent, s’opposent. A Notre-Dame-des-Landes, les conflits entre les différentes composantes de la lutte contre l’aéroport sont légions. Mais, c’est aussi cette diversité, les blocages et la résistance aux forces de l’ordre de certain-es, la construction de très larges rassemblements et la popularisation de la lutte par d’autres, parfois les mêmes, qui ont fait le succès de la lutte.

De nombreux médias s’interrogent aujourd’hui sur les « ZADistes » (ZAD = zone à défendre), qu’il est vain de définir, en tout cas avec des lunettes politiques traditionnelles. Par contre, il est certain que dans ces luttes s’invente une autre politique, faite d’expérimentations et de combats acharnés, offrant pour certain-es jeunes une voie d’expression politique qu’ils/elles peinent à trouver dans les cadres traditionnels.

La division entre désobéissants, occupants, contestaires est un piège que tend aujourd’hui le gouvernement à ceux et celles qui, tout en ne partageant pas les mêmes objectifs politiques, ni les mêmes pratiques militantes, souhaitent lutter contre la destruction de la biodiversité, pour le maintien des terres agricoles, contre l’expropriation des paysans au nom des intérêts de l’agro-industrie, mais aussi contre les violences policières et le déni des droits démocratiques, et en premier lieu celui de manifester et de contester des décisions illégitimes.

Que certain-es soient des cibles faciles pour les provocations policières, c’est certain. Mais que l’ensemble des organisations de gauche, écologistes, démocratiques, des collectifs de lutte doive se réunir pour agir et réagir contre de telles  attitudes gouvernementales, est bien plus nécessaire et urgent. Agir dans le sens d’une convergence des différentes composantes du mouvement social, sans prééminence de l’une ou de l’autre, n’est jamais simple, et impose des compromis de part et d’autre. C’est à cette condition que nous ferons plier le gouvernement pour mettre fin au projet de barrage de Sivens et que nous rendrons hommage à la mémoire de Rémi Fraisse. C’est également à cette condition que nous serons en capacité de saisir les contradictions qui travaillent la société et de traduire en actes les aspirations à la démocratie, à la justice sociale et environnementale qui sous-tendent ces mobilisations.

Il n’est en effet pas anodin que les luttes écologistes, notamment contre les Grands Projets Inutiles et Imposés, cristallisent aujourd’hui des points d’affrontement avec le pouvoir. Signe que l’écologie est une préoccupation qui s’impose dans les consciences et qu’elle se heurte violemment à la poursuite du système expropriateur et productiviste. « Nous sommes tous des dissous en puissance » !

Vincent Gay

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