Le projet en commun en débat à Sauvian

Une centaine de personnes se sont déplacées à Sauvian près de Béziers, samedi 21 novembre, afin de débattre du projet politique défendu par la liste Nouveau Monde en Commun, en présence de candidats locaux (Ruben Gimenez et Zina Bourguet d’EELV, Marie-Paule Cabrol d’Ensemble! et Rachid SAID, citoyens non encartés). Compte rendu.

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A cette occasion fût distribuée la déclaration de la liste suite aux attentats de Paris affirmant que se saisir des élections régionales pour faire advenir une issue « pour mieux vivre ensemble… plus de fraternité et de laïcité, plus de démocratie » était une des façons de répondre aux assassins obscurantistes « qui veulent instaurer la terreur, la peur, casser la démocratie et nous diviser ».

C’est donc dans ce contexte que les participants ont pu échanger sur l’écologie, les services publics, l’emploi, la culture ou encore la démocratie.

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Le premier thème de discussion concernait « l’écologie et le développement durable ». Cette dernière notion a d’ailleurs été largement critiquée pour son ambiguïté, tant les enjeux nous ramènent au constat de la nécessité de sortir de la logique capitaliste même teintée de vert. Enjeux de taille comme l’indiquait Marie-Paule CABROL « où ce qui est prélevé désormais sur la planète est pris sur le stock au delà des capacités de régénération des ressources naturelles ». Réchauffement climatique, pollution de l’air et de l’eau, bétonnage sans fin des sols, impacts sanitaires et sociaux… il y a urgence à changer de logiciel.

En cohérence avec les luttes écologistes, comme celle « contre l’exploration et l’exploitation des gaz de schistes particulièrement importante dans notre région » citée par Ruben GIMENEZ, la liste

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Nouveau Monde en Commun entend engager la transition écologique.

En s’appuyant sur le scénario négawatt il s’agit de développer les énergies renouvelables telles que le solaire, l’éolien ou les courants marins, dans une région qui ne manque pas d’atouts pour ce type de production, d’être plus efficace (un participant nous présentait l’intérêt de « développer la filière chanvre très performante au plan de l’isolation thermique »), d’être aussi plus sobres dans nos façons de produire et de consommer.

Cette transition suppose de réduire drastiquement l’usage de la

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voiture comme des transports routiers de marchandises. Favoriser les transports doux, développer les transports collectifs constituent des aspects importants du programme de la liste, antagonistes avec la logique de l’austérité et de la remise en cause des services public du transport comme cela sera rappelé dans le débat suivant.

La « relocalisation de l’économie, le soutien aux circuits courts, à l’économie circulaire » sont un autre aspect important du programme. Tant au plan économique et social, au travers de l’emploi induit, qu’écologique, par la réduction des transports de marchandises, propre à la structuration du capitalisme contemporain. L’exemple d’un intervenant était à ce sujet éloquent, celui « du bois de la Montagne Noire, transporté jusqu’au Port de Sète pour être ensuite acheminé par bateau en Chine pour être transformé en parquet avant de revenir en Europe pour être commercialisé ».

De nombreuses interventions ont souligné l’imbrication des enjeux économiques, sociaux et écologiques et prôner une « écologie sociale », un « écosocialisme » qu’il nous faut diffuser auprès de l’opinion publique (et parfois encore auprès de certains partenaires malgré des évolutions notables), tant « la bataille des idées pour conquérir l’hégémonie culturelle » doit être menée comme le soulignait un participant faisant référence à Antonio Gramsci.

Le second débat a porté sur les « services publics et transports ». Les transports relevant d’une compétence majeure de la Région. Là aussi la nécessité de concevoir la bataille électorale en articulation avec les luttes sociales, singulièrement celle des cheminots, était mise en avant par une intervenante pointant la nécessité de « reconquérir les services publics ». Ceux-ci, « avec la sécurité sociale », étant au cœur d’un « choix de société antagoniste avec la logique austéritaire » qui s’impose au travers « de la réforme territoriale et du pacte de stabilité ».

Les services publics sont remis en cause au prétexte de n’être pas assez rentables, et avec eux, la réponse à nos besoins fondamentaux. Un cheminot a ainsi dénoncé la suppression de nombreuses lignes, d’horaires et de gares, ou encore la privatisation en cours du rail et les dangers qui en découlent notamment en terme de sécurité. Et avancé quelques propositions en écho avec le programme de la liste Nouveau Monde en Commun : renforcement des trains régionaux, intercités, des cadences, rénovation de lignes pour un maillage efficace du territoire (par exemple Montpellier-Pézenas).

D’autres interventions ont mis à l’index certains choix coûteux et renversés les priorités : non à la gare de la Mogère, à la LGV, oui à un plus grand maillage intrarégional (y compris « pour aller au lycée, se rendre aux hôpitaux… »), la rénovation des gares avec des accès pour les handicapés aux quais (ce n’est pas le cas à Béziers!).

Les tarifs pour permettre l’accès de tous aux transports ont étés abordés. La question de « la gratuité » a été posée par un intervenant. Et de rappeler l’engagement de la liste « pour une tarification attractive jusqu’à la gratuité pour les jeunes, les chômeurs et précaires »

Là encore questions économiques, sociales et écologiques sont intrinsèquement liées. Favoriser les transports en commun, et les modes de déplacement doux comme le vélo, au détriment de la voiture individuelle et des camions de marchandises est positif pour les êtres humains et l’environnement comme cela a été dit lors du débat précédent. Dans le cas du transport de marchandises, un participant nous a dit en quoi « le développement du fret pouvait facilement absorber l’équivalent de marchandises de plusieurs milliers de camions par jours ».

Bien entendu cela suppose des choix politiques et budgétaires consistant à réinvestir l’argent public vers les services publics plutôt que par exemple financer des projets coûteux et inutiles. Mais cela suppose aussi un contrôle de l’utilisation de cet argent. Et les candidats d’être interpellés là-dessus. Ce qui a permis de rappeler certains engagements fondamentaux du projet en commun telle que la transparence, la participation citoyenne, la création de comités d’usagers, contenus en particulier dans la Charte éthique et démocratique que les candidats ont signée publiquement lors de cette rencontre.

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Est-ce que l’art et la culture sont toujours des moyens d’émancipation ? Continuent-ils à l’être lorsqu’ils sont soumis à la logique de privatisation ? A la baisse des moyens budgétaires dans le cadre de l’austérité ? Voilà les questions posées par un intervenant du collectif politique de Portiragnes Cap à Gauche, qui introduisait le troisième débat consacré aux « cultures et solidarités ».

Denise BARREIROS (une comédienne qui nous a offert une lecture de poésies) a mis à la réflexion le fait que « la culture pour exister a besoin de certaines conditions telles que des salles, du matériel, des salariés du spectacle, des publics… » Ceci renvoie aux politiques tarifaires afin « que le coût de l’accès à la culture ne soit pas un frein, mais aussi au désir de culture ». La culture emprunte des voies et des formes diverses, elle n’est pas hors sol et s’ancre dans un monde, une histoire… Elle « nous émeut, nous fait aimer, rêver, réfléchir… »

La priorité doit aller à « l’action culturelle plutôt que l’animation culturelle » a proposé Rachid SAID. Il est important que les individus et les groupes s’approprient la culture, la vivent et la partagent, plus qu’ils ne la « consomment ». En ce sens l’action culturelle devrait irriguer tous les espaces de la société, à l’école, dans l’éducation populaire, les activités associatives. Elle est de nature à créer des individus créatifs et épanouis, elle est un creuset du vivre ensemble, ce qui résonne particulièrement dans le contexte actuel.

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Ces échanges ont permis de vérifier les nombreux points de convergence (mais aussi certaines divergences) entre les différentes sensibilités politiques parties prenantes de la liste Nouveau Monde en Commun. Ils ont permis d’avancer à mon avis vers une compréhension commune des enjeux tels que l’imbrication des problématiques économique, sociale et écologique, sur les contradictions entre notre projet et l’austérité, sur la dynamique anticapitaliste qui le sous-tend. Sur l’importance de créer le mouvement porteur d’une alternative politique au delà même du programme. Ils ont permis aussi de faire passer davantage l’idée que la participation citoyenne était incontournable pour l’action politique et clé de voûte de la nécessaire révolution démocratique… Quelques zones d’ombre cependant : peu de jeunes, une majorité de participants au dessus des 50 ans. D’autre part, et cela est une critique plus politique, la quasi absence dans les interventions, de la prise en compte de la situation générée par les attentats de Paris, qui pourtant appelle à un débat politique approfondi et vital pour la gauche et la démocratie.

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La soirée s’est prolongée en musique avec Corentin Coko, chanteur accordéoniste ukuléléiste, ainsi qu’avec des musiciens des groupes occitans Tafanari et Mar e Montanha. Ils ont pu démontrer que la culture, notamment la musique et la poésie, doivent être des éléments incontournables de nos combats. Les chansons d’Eugène Pottier et Jean-Baptiste Clément, écrite pendant la Commune de Paris, comme « La semaine sanglante », interprétées par Coko, résonnaient avaient une saveur particulière.

Par Romain F.

 

 

 

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