Logement, chauffage, isolation, précarité, l’hiver de la colère

En 2021, on évaluait à 12 millions les personnes touchées par la précarité énergétique, soit une personne sur 6 en France. Ces personnes ont des difficultés ou sont dans l’incapacité à pouvoir chauffer correctement leur logement pour des raisons financières ou du fait de leurs conditions de logement. Bon nombre sont des familles avec enfants.

La poursuite de la hausse des prix de l’énergie en 2022 et très probablement les années suivantes va largement aggraver la situation. Selon le médiateur national de l’énergie, près de 800 000 ménages ont subi des suspensions de fourniture d’énergie ou des limitations de puissance en électricité suite à des impayés. Il est à craindre que ce nombre explose cet hiver, notamment dans les copropriétés en chauffage collectif non modulable par les habitants.

Si le bouclier tarifaire permet de limiter la hausse des factures énergétiques, cette mesure ne cible en rien les ménages les plus modestes dont les dépenses énergétiques sont une part importante du budget mensuel. Pour un ménage modeste habitant dans un logement non isolé de 100 m² chauffée au gaz, les aides représentent 200€ pour une hausse de facture de 700€. C’est totalement insuffisant.

Parmi les 12 millions de personne en précarité énergétique, près de la moitié habitent dans des ‘passoires énergétiques’, des logements très peu isolés classés avec les étiquettes énergie F et G. Grâce à la mobilisation d’associations depuis plusieurs années, la rénovation énergétique des logements classés G sera obligatoire en 2025 pour être mis en location, et ceux classés F en 2028. Les copropriétés ne sont cependant pas concernées par ce décret, soit une part majeure des immeubles collectifs. Pour être mise réellement en pratique, cette mesure devra s’accompagner d’aides financières et techniques pour les propriétaires modestes.

Engager un plan massif de rénovation énergétique des logements en commençant par les plus dégradés

La crise énergétique actuelle montre une nouvelle fois l’inaction des gouvernements successifs sur l’enjeu majeur de la rénovation énergique, enjeu connu de longue date tant pour des raisons de justice sociale que pour des raisons environnementales. Le bouclier tarifaire est une mesure d’urgence nécessaire mais qui coûte des dizaines de milliards d’euros à l’Etat. La priorité est maintenant une réponse de long terme un plan massif de rénovation énergétique des logements. Cela doit bien entendu commencer par la rénovation thermique performante des 6,7 millions de passoires thermiques. Le coût est estimé à 135 Md€ sur 10 ans, partagé entre des financements publics et privés. Cela représente 3,2 Md€ par an en investissement public que l’Etat récupérera à long terme. Ce plan de rénovation créera 93000 emplois sur 10 ans. L’économie annuelle avait été évaluée en 2020 à 1100 euros en moyenne par ménage et par an, elle sera bien supérieure du fait de la hausse continue des prix de l’énergie.

Un service public de la rénovation énergétique

Au-delà de ce plan concernant les logements les plus énergivores, c’est l’ensemble du parc de logements qui doit être rénové pour atteindre un niveau de performance le plus élevé possible.

Cela représente 800 000 logements par an à rénover d’ici 2050 pour atteindre la neutralité carbone à laquelle la France s’est engagée pour lutter contre le dérèglement climatique. Le dispositif actuel ma Prim’renov est totalement insuffisant face à l’enjeu. Seul un service public de la rénovation énergétique sera en capacité de mettre en œuvre des plans massifs et coordonnés de rénovation avec les collectivités locales. Ce service public doit associer un accompagnement technique, la formation et la coordination des artisans et des dispositifs financiers adaptés à la situation des ménages.

Les financements nécessaires en emplois publics et en fonds d’intervention sont certes élevés. Mais le sont-ils tant que ça au regard des 100 Md€ d’importations par la France de pétrole et de gaz et maintenant d’électricité annoncés pour 2022, et au regard de notre dépendance aux pays producteurs d’énergies fossiles bien souvent aux mains de dictatures sanglantes.

 

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