Montpellier : Le Front de Gauche, le NPA et le second tour.



Alors que des discussions étaient en cours avec le NPA Montpellier, que
le FDG s’était prononcé pour arriver à un accord, le NPA a choisi de présenter
sa propre liste. Le motif invoqué ? La question du second tour. Le NPA
refuse par principe à l’échelle nationale tout appel à voter « contre la
droite » au second tour et toute fusion de liste.   
Il y a derrière cette question plusieurs problèmes. Un problème politique profond et durable lié à l’évolution
droitière du PS, un problème tactique compliqué lié à un mode de scrutin
complexe, un problème plus spécifique, lié à l’isolationnisme du NPA.  Point de vue par David Hermet



Le Front de Gauche, le NPA et le second tour.

Alors
que des discussions étaient en cours avec le NPA Montpellier, que le FDG s’était
prononcé pour arriver à un accord, le NPA a choisi de présenter sa propre
liste. Le motif invoqué ? La question du second tour. 

Le NPA refuse par
principe, à l’échelle nationale, tout appel à voter « contre la droite »
au second tour et toute fusion de liste. 

Il y a derrière cette question plusieurs problèmes. Un problème
politique profond et durable lié à l’évolution droitière du PS, un problème
tactique compliqué lié à un mode de scrutin complexe, un problème plus spécifique,
lié à l’isolationnisme du NPA.

Cela a t-il encore un sens d’appeler à battre la
droite ?

Il fut un
temps où, même sans aucune illusion sur le PS, battre la droite au second tour
en votant pour le candidat de gauche le mieux placé, était de règle pour une
bonne partie de la gauche radicale. Encore en 2012, P. Poutou pour le NPA comme
J.L. Mélenchon pour le FDG ont appelé à battre Sarkozy au second tour de la présidentielle. 

Aujourd’hui,
au regard de la politique de Hollande, il est légitime de s’interroger. Cet
appel à battre la droite a-t-il un sens si PS et droite font la même politique ?

La réponse
est loin d’être simple. Il est certes facile de démontrer que Hollande mène une
politique en continuité avec celle de Sarkozy. Mais que sait-on de celle qu’aurait
menée Sarkozy s’il avait été réélu ?

 Rappelons nous que Sarkozy a failli gagner
alors qu’il a fait entre les deux tours de la présidentielle une campagne
quasiment d’extrême-droite ! Un bilan désastreux pour notre camp social,
une ligne politique à droite de la droite, tout cela légitimé par une réélection,
la situation ne serait elle pas bien pire que celle déjà très difficile que
nous connaissons ?

Le problème
est donc complexe car si le PS devient bien un parti de centre-gauche qui au pouvoir
mène une politique de droite, de son côté, la droite n’est pas en train d’évoluer
vers le centre-droit, ce qui aurait pour effet de gommer les différences.

  L’attitude de l’UMP lors du mariage
pour tous, les scores du FN dans les sondages ou dans les élections partielles,
l’importance de la manifestation de l’ultradroite à Paris le 26 janvier, la
montée de l’antisémitisme, de l’islamophobie et du racisme, tout cela n’indique
pas que nous allions vers une situation où le clivage droite gauche va s’effacer,
quoi qu’on pense de la politique du PS. L’ensemble dans un contexte européen de
montée des droites extrêmes et  des
poujadismes, accompagnée d’un durcissement des droites traditionnelles (remise
en cause du droit à l’IVG en Espagne).

Nous
sommes, de plus, dans une région où, depuis longtemps, l’UMP reprend les thématiques
du FN et s’est déjà allié à lui (en 1998).  Le FN y fait, depuis longtemps aussi, de bons scores et est
arrivé en tête aux présidentielles dans 80 villes du département. Dans une
ville comme Béziers, où la droite a une ligne d’extrême-droite, et où Ménard,
soutenu par le FN, menace de faire un très bon score, est-il possible de rester
indifférent au second tour ? A Montpellier, c’est à priori différent. La droite
est divisée, le FN est relativement faible. Gardons nous cependant de nous
rassurer à bon compte, l’ampleur des problèmes sociaux que connaît la ville ne
la met pas à l’abri d’un vote de désespérance.

Aussi,
autant une consigne de vote systématique du type « Au second tour, toujours battre la droite » paraît désormais
obsolète vu ce que sont l’évolution du PS et la politique de Hollande, autant
basculer dans l’indifférence et le « PS
droite, blanc bonnet, bonnet blanc 
» paraît ne pas tenir compte de la
radicalisation à droite de l’UMP, avec ou sans la pression du FN.

Sur les
municipales, scrutin complexe (voir ci-dessous), l’alternative n’est pas entre « on fusionne les listes  de gauche dans tous les cas de figure »
et « dans tous les cas on se
maintient  même si ce maintien peut conduire à une victoire de la droite 
». 

C’est
pourquoi, notre liste a fait le choix d’un protocole d’accord (ici)
qui évoque différentes hypothèses et tient compte de deux exigences : indépendance
vis à vis du PS et refus d’une victoire de la droite.

 

Municipales : dans un mode
de scrutin complexe, la réponse la plus simple n’est pas forcément la plus
radicale

Le
mode de scrutin municipal est une fausse proportionnelle à deux tours. En
dessous de 5%, une liste est éliminée du second tour. Entre 5 et 10%, elle peut
fusionner avec une liste qui a eu plus de 10%. Une liste ne peut se maintenir
au second tour que si elle fait plus de 10%. Les élus sont répartis sur la base
des résultats du second tour. 50% des élus vont à la liste arrivée en tête
(prime majoritaire). Les 50 % restants sont répartis à la proportionnelle entre
toutes les listes présentes, y compris celle en tête qui a déjà bénéficié des
premiers 50 %.

La
prime majoritaire fait que, en cas de triangulaire ou quadrangulaire au second
tour, une liste peut prendre la mairie sans avoir fait beaucoup plus que celle
en seconde place. Une liste qui a fait 9% au premier tour se retrouve non représentée
au conseil municipal si elle ne fusionne pas avec une liste en capacité de se
maintenir.  Ce mode de scrutin
complexe pose donc des problèmes qui ne peuvent être résolus de manière
simpliste. Les avantages et les risques du maintien ou d’une fusion sont  difficiles à évaluer sans les résultats
du premier tour.

   Pour résoudre ces contradictions, il
existe la solution des fusions « techniques » ou « démocratiques »
de second tour avec les autres listes de gauche. Une fusion de ce type se fait
sans accord programmatique et avec garantie de l’indépendance et de la liberté
de vote pour les éventuels élu-e-s. La liste LCR-CUAL de Montpellier avait réalisé
une telle fusion avec les Verts en 2008. C’est ainsi que Francis Viguié et Anne
Rose Le Van ont été élu-e-s et ont gardé toute liberté de position au cours de
leur mandat.

Certes,
ces fusions « techniques » ou « démocratiques » sont
difficiles à comprendre de l’extérieur car elles sont liées à la complexité du
mode de scrutin. Elles répondent traditionnellement à un double objectif :
rassembler à gauche pour battre la droite, et contourner l’absence de réelle  proportionnelle en permettant à la
liste qui a fait entre 5 et 10% d’être représentée au conseil municipal en
garantissant l’indépendance des élu-e-s.

Ces
fusions interrogent à juste titre car elles peuvent apparaître au premier abord
comme un ralliement à une liste concurrente au premier tour, voir adverse s’il
s’agit d’une liste PS. Mais refuser de telles fusions revient en général, même
si aucune consigne de vote n’est donnée, à permettre à la liste de gauche présente
au second tour de rassembler  derrière
elle, au nom de la nécessité de battre la droite. En bref, on fait un cadeau
des voix au PS et celui-ci n’aura pas à subir au conseil municipal des élu-e-s
de gauche qui critiquent sa politique. 

Refuser par principe les fusions « techniques »
est donc une position, certes simple à expliquer, mais en réalité faussement
radicale. Le PS ne s’y est pas trompé, il refuse presque toujours ce type de
fusion sauf s’il y est obligé par le rapport de force.

 Une fusion « programmatique »
est d’un autre type : elle implique un engagement sur un programme commun
aux listes qui fusionnent avec une forme de solidarité de gestion, une éventuelle
participation aux exécutifs. Mais, s’agit il de gauchir un peu une orientation
largement dominée par le PS ou d’imposer un vrai changement de politique ?
Aux régionales de 2010, des listes FDG avaient accepté des fusions de ce type
avec le PS, sans rapport de force. Cela revient de fait  à accompagner la politique du PS, c’est
pourquoi le PS est en général favorable à ce type de fusion.  Cependant, une telle fusion ne peut être
toujours exclue par principe, quels que soient les scores. Si une liste FDG
arrive en tête, voire à partir d’un vrai rapport de force, il peut être
possible d’imposer de vrais changements dans la politique municipale. 

Maintien,
fusion technique, fusion programmatique, difficile de trancher  définitivement, par principe et par
avance, avant même de connaître les résultats du premier tour, comme le demande
le NPA. Le FDG ne part pas non plus dans l’incertitude la plus totale, le
protocole d’accord (ici)
signé par les composantes du FDG donne des éléments de réponse et des
bornes. 

 Ajoutons enfin, que lors des rencontres
avec le NPA, Ensemble ! et le PG ont indiqué que si les résultats étaient  proches de ceux indiqués par les
sondages, nous étions pour  nous
maintenir au second tour. On ne peut cependant définir  à l’avance une politique sur la base de
sondages.

Le cours isolationniste du NPA

Si le NPA
pose un problème politique réel sur la question complexe du second tour, il est
à remarquer que cela se fait dans le cadre d’une ligne politique visant surtout à
justifier l’isolement vis à vis du Front de Gauche.

Notons
pour l’anecdote qu’avec la position actuelle du NPA, celui-ci ne serait allié
ni avec la LCR ni même avec le NPA à ses débuts. En effet, aux municipales de
2001 et de 2008, la LCR s’était prononcée pour des fusions « techniques » ;  de même que le NPA aux régionales de
2010 (sauf ici avec Frèche). Certes le contexte a changé mais le PS était déjà
largement ce qu’il est.

 Le NPA a donc changé de position, ce qui
peut se comprendre vue la politique de Hollande. Ce qui se comprend moins, c’est
de dire que l’on est pour l’unité et d’exiger de ses partenaires qu’ils
adoptent la même position que vous et au même rythme : l’unité oui, mais
sur notre ligne et au même moment ! 

La force
du Front de Gauche vient en grande partie de la diversité de ses composantes.
La plus grande d’entre elles, le PCF, avait pour orientation de rechercher systématiquement
l’union avec le PS aux municipales. Pour la première fois, cela est en train de
changer dans une bonne partie des villes, notamment dans la région. A
Monpellier, cela s’est fait au prix d’une rupture du PCF avec ses élus sortants dont le premier secrétaire fédéral. Faut il accompagner ce mouvement, quitte à
accepter quelques compromis, afin de construire ce que le NPA des origines
voulait construire, c’est à dire une gauche de gauche indépendante du PS ?
Ou faut il toujours en rajouter dans les exigences politiques pour être bien sûr
de ne faire alliance avec personne tout en prétendant être unitaire ?

Le problème n’est pas que local. A sa création, le
NPA s’était prononcé pour l’unité des forces de la gauche de la gauche, du
moment que l’indépendance vis à vis du PS, concrétisée par un refus de
participer à un gouvernement PS, serait acquise. Ceci fait en 2012, le NPA (sa
nouvelle majorité) a d’abord attendu que cette non participation se traduise en
opposition. Ainsi, pendant des mois, le NPA a été le seul à ne pas s’être aperçu
que le FDG jouait le rôle d’opposition de gauche. Puis il a dit à peu près :
« il joue ce rôle mais  ne l’assume
pas et c’est un peu malgré lui ». Maintenant, ayant enfin entendu les
discours de JLM, il explique en gros : « oui, il dit qu’il est une
opposition de gauche mais en fait, ce n’en est pas une véritable car le FDG rêve
d’un retour à l’union de la gauche ».  Bref, plus le FDG va dans le bon sens, même si, on le sait,
cette évolution peut se faire dans les tensions et les contradictions, plus le
NPA en rajoute. 

Caricature ? Voici la conclusion de l’éditorial paru en
janvier 14 dans l’hebdomadaire du NPA à propos du FDG: « 
Alors oui, il faut
construire une opposition de gauche, mais une opposition ouvrière et populaire
qui prépare une riposte pour mettre en échec le gouvernement et le patronat, en
rupture avec les politiques d’austérité, la logique du profit, le capitalisme.
Pas une nouvelle mouture d’union de la gauche… »
(Intégralité de l’article ici)

Pour notre
part, nous invitons le NPA à prendre toute sa place dans le rassemblement que nous
construisons pour les municipales sur Montpellier et au delà. En agissant à nos
côtés, il pourra s’apercevoir, que bien entendu il y a des hésitations, des débats,
des contradictions, mais que ce qui nous rassemble, la volonté de construire
une vraie alternative de gauche en opposition au PS, est bien plus fort que les
divergences tactiques.

David Hermet

 

 

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