RSA. “J’ai entendu les propos de Wauquiez lundi matin en préparant mon café. Ça m’a dégoûtée.”

Julie de Prades-le-Lez
n’a pas du tout aimé les récents propos du ministre des Affaires
Européennes sur le RSA. Elle s’en est expliquée à Libération.

Nous reproduisons ses propos avec son autorisation.


Ces
«assistés» qui se sentent insultés (Libération)

Lundi matin, Julie a téléphoné à Libération. Une voix calme mais déterminée. Elle voulait répliquer à Laurent Wauquiez qui, la veille, avait dénoncé les «dérives de l’assistanat» comme «le cancer de la société française». Libération publie sa réponse et celles de trois autres allocataires du RSA.

Julie Aiguesvives, 28 ans (Prades-le-Lez, Hérault): «Ce qu’on cumule, c’est les emmerdes»

«J’ai entendu les propos de Wauquiez lundi matin en préparant mon
café. Ça m’a dégoûtée. Wauquiez dit qu’on est des cumulards. C’est
incroyable qu’un type qui a son parcours se permette de dire des choses
comme ça. Ce qu’on cumule, c’est les emmerdes. Je ne suis pas le cancer
de la société. On ne peut pas simplifier la vie des gens comme ça. C’est
ça qui m’a donné envie d’appeler le journal.

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(Illustration NPA 34)

Même si on n’est pas bardé
de diplômes, on a des vies et des voix. J’ai 28 ans, et deux enfants de
4 ans et demi et 7 ans. Le deuxième a eu des problèmes cardiaques à
partir de deux mois et demi. Il avait un handicap à 80 %. On m’a
conseillé de changer de climat. J’ai trouvé un appartement près de
Montpellier. En raison du handicap de mon fils, j’avais une aide de la
CAF qui me permettait de rester à la maison et m’occuper de lui. Son
handicap a été réévalué à 50 %, et j’ai perdu mon aide. J’ai signé un
contrat de RSA avec le conseil général il y a un peu moins de deux ans.
J’ai voulu faire une formation de travailleur social. J’ai eu 18/20 à
l’écrit, j’ai été prise. Mais la formation n’était pas reconnue par le
département. J’ai perdu mes droits au RSA. J’ai vécu pendant quatre mois
avec des bons alimentaires. Heureusement que c’était l’hiver, le
conseil général me disait : «Ne vous inquiétez pas, ils n’expulsent pas l’hiver.» J’ai
dû abandonner ma formation. Il a fallu que j’envoie un courrier au
cabinet de Bachelot pour que je retrouve mes droits.

Je suis à nouveau
au RSA. La conseillère qui me suit m’a dit la dernière fois qu’elle ne
savait pas quoi me proposer. Je n’ai pas le bac. Wauquiez veut qu’on
fasse des travaux d’intérêt général. C’est la double peine. Je ne
profite de rien. J’ai connu la faim et la honte de n’avoir rien à mettre
sur la table de mes enfants. Je crois qu’on peut être heureux sans
avoir beaucoup, et qu’on peut rendre ses enfants heureux, mais il faut
être considéré et aidé. Il faut tout un travail pour retrouver l’estime
de soi. On n’est pas des nuisances, ni des assistés. J’avais prévu autre
chose. C’est la vie qui a fait que.»

L’intégralité de l’article de Libération

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Cet article, très judicieux sur la polémique soulevée par les propos de Wauquiez sur le RSA, plaide pour un discutable revenu minimum d’existence pour tous. Il convient de rappeler la critique que certains économistes font de cette revendication a priori généreuse. Le titre d’un article que Jean-Marie Harribey a consacré à ce sujet en 2001 est assez révélateur du problème posé par un revenu d’existence pour tous : “Un revenu d’existence monétaire et d’inexistence sociale ?”.  Extrait de cet article :

“Si l’allocation universelle était un substitut permanent à une répartition équitable du travail et des revenus, elle ne serait qu’une rente versée à des chômeurs transformés en rentiers de la misère. L’économie dite « plurielle » ne serait alors que le masque d’une économie capitaliste attendrie mais dans laquelle la logique capitaliste resterait reine. Malheureusement, au lieu de concevoir un revenu social garanti comme mesure transitoire accompagnant une politique de retour au plein emploi, les partisans de l’allocation universelle imaginent celle-ci perpétuelle, entérinant la coupure définitive entre ceux qui peuvent s’insérer dans tous les aspects de la vie sociale et ceux qui se trouvent écartés de l’une de ses facettes les plus importantes encore, la participation au travail collectif. L’objet de l’équité est donc détourné : ce n’est plus l’égalité devant le droit fondamental au travail qui est considérée comme essentielle, c’est l’égalité devant le palliatif. Pour que le
revenu garanti soit une forme de salaire socialisé et non pas une rente palliative, il faudrait au contraire que le lien organique des chômeurs avec les rapports sociaux dominants soit préservé.”

L’article de Jean-Marie Harribey

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