Tarn, Sivens. Le scandaleux rapport de l’IGGN !



Communiqué de Ensemble!       Sivens : le
scandaleux rapport de l’IGGN !   
Que pouvait-on attendre d’autre de l’enquête
administrative mené par l’Inspection générale de la gendarmerie nationale
(IGGN) ?
Seuls les représentants des forces de l’ordre et de la préfecture
ont été entendus.
Et ce rapport conclut à l’absence de « faute
professionnelle » … 




7.jpgQue pouvait-on attendre
d’autre de l’enquête administrative mené par l’Inspection générale de la
gendarmerie nationale (IGGN) ?

Seuls les représentants
des forces de l’ordre et de la préfecture ont été entendus.

Et ce rapport conclut à
l’absence de « faute professionnelle » et de « manquements aux règles
et techniques enseignées » relatif au maintien de l’ordre.

Et pourtant ce rapport est
bien obligé d’indiquer qu’un major de la gendarmerie a reconnu avoir aperçu un
manifestant à terre après le lancer de la grenade offensive.

De même que l’on sait que
la mort de Rémy Fraisse était connu des gendarmes dès la nuit du 25 au 26
octobre, en lien direct avec l’emploi de grenades offensives, interdites depuis.

Ce rapport ne nous fera
pas taire !

Car ce qui est clair c’est
la volonté du gouvernement de durcir la répression contre les opposants aux
grands projets inutiles, aussi bien à Notre Dame des Landes qu’à Sivens.
La
volonté aussi de bafouer les libertés fondamentales, le droit de manifestation
: on l’ a vu, entre autres, cet été à l’occasion des manifestations interdites
en solidarité avec la population palestinienne de Gaza.

C’est
pourquoi, « Ensemble! Mouvement pour une alternative de gauche écologiste
et solidaire » est partie prenante des initiatives et manifestations
contre la répression, pour la défense des libertés fondamentales et la
solidarité avec les militants poursuivis. 



 Sur ce sujet : 

De Ferguson à Toulouse : quand le permis de tuer et la répression
se banalisent

Alors
qu’un jeune garçon, noir, de 12 ans vient d’être abattu par la police de
Cleveland, Darren Wilson, le policier qui a tué l’adolescent Michael Brown, déclenchant
la première révolte de Ferguson en août dernier, a vu il y a peu les charges
portées contre lui abandonnées par le grand jury. « J’ai fait mon
travail dans les règles », « J’ai la conscience tranquille » a
ainsi pu déclarer Wilson.

Au
sortir de ce verdict, des milliers de personnes sont descendues dans la rue
pour condamner son caractère ouvertement raciste. La répression policière et
militaire lancée contre les manifestations témoigne de l’effondrement des
illusions de la « démocratie post-raciale ».

Mais
la France n’est pas l’Amérique, la profondeur historique de son sens de la démocratie,
dit-on, est sans égale : tout cela est certes fort regrettable, mais bien
loin de nous. Et pourtant, après l’assassinat du jeune étudiant écologiste Rémi
Fraisse le 25 octobre à Sivens dans le Tarn, le gouvernement français et
tous ses relais n’ont cessé d’accumuler les déclarations pour se dédouaner de
toute responsabilité dans sa mort.

La
classe politique a bien tiqué un peu, mais sans non plus en faire un casus
belli. Qui donc, aujourd’hui, a réagi aux déclarations larmoyantes de
l’avocat de celui qui a lancé la grenade assassine, selon lesquelles dans cette
affaire le gendarme « est dans le même état d’esprit qu’un conducteur
qui s’est parfaitement conformé au Code de la route, mais dont le véhicule a
heurté mortellement un autre usager qui n’aurait pas respecté une interdiction.
Ce qui s’est passé est un accident. Il n’est ni coupable ni responsable, mais
il était présent, et c’est sa grenade qui a tué Rémi Fraisse. Il apprend à
vivre avec ce drame malgré la pression émotionnelle importante. ».

 

Pauvre
appareil répressif

Les
rhétoriques varient, mais le fond est le même : le coupable, c’est la
victime. Cette psychologisation n’est que le complément, de la tête du
gouvernement à ses préfets et ses magistrats, de la dénégation du fait même des
violences policières, respect de « l’ordre républicain » et de « l’Etat
de droit » en renfort. Pauvre appareil répressif : va-t-on sérieusement
s’arrêter à cela ?

Qu’est
donc cette prétendue démocratie à la française qui absout la répression ?
Et surtout, qui aujourd’hui ose se lever et défier cette banalisation de fait
du permis de tuer ceux qui se révoltent, qui contestent ? Qui pour dénoncer
la banalisation de l’interdiction de manifester sa colère, comme à Toulouse, où
depuis le meurtre de Sivens quatre manifestations contre les violences policières
ont été interdites en novembre, trois d’entre elles violemment atomisées, avec
une ribambelle d’interpellations arbitraires puis de condamnations ?
Certaines sont même susceptibles d’aller jusqu’à la prison ferme, des peines
qui pourraient tomber à la lecture des jugements à Toulouse ce jeudi 4 décembre.
Un rassemblement de soutien est d’ailleurs prévu à cette occasion devant le
Palais de Justice de Toulouse.

De
leur côté, les étudiants mobilisés de l’université du Mirail n’ont pas
encore pris le contrôle de leur université, mais leur révolte est profonde et
profondément politique. Ils ont compris que la survie exige de défier l’arbitraire
sanglant, surtout s’il se pare des atours de la démocratie. Pour l’instant ils
se sentent seuls. Même s’ils commencent à occuper leur université et reprennent
régulièrement la rue. Faut-il attendre, comme dans le poème de Niemöller
souvent attribué à Brecht, que tous se fassent prendre et que l’on néglige de
se sentir concerné, et de s’étonner qu’au bout du compte on y passe aussi ?

 

La
lumière dans un océan de défaitisme

A-t-on
besoin d’un nouveau Charonne 1962, d’un Ferguson à la française, pour rappeler
que lorsqu’un pouvoir prend goût à interdire les manifestations, à justifier l’injustifiable,
et à se lancer dans des procès politiques, on touche du doigt cet « Etat d’exception »
où tout devient permis ? Avons-nous oublié qu’en 2005, deux jeunes
adolescents, innocents mais poursuivis par la police, avaient trouvé la mort électrocutés,
point de départ de la grande révolte des banlieues que la gauche dans son
ensemble s’était bien gardée de regarder de trop près ?

En 1964,
Herbert Marcuse, symbole de l’intellectuel américain tentant de penser à la
hauteur de son temps, écrivait dans L’homme unidimensionnel – dont le
cinquantenaire est tristement négligé par chez nous – que l’un des espoirs de révolution
qui résistait, à côté d’un mouvement ouvrier américain en crise, était les étudiants
en révolte. Leur « Grand refus » restait la lumière dans un océan de
défaitisme et de repli défensif non seulement des réformistes, mais également
de l’extrême-gauche. Mai 68, en France, avait également commencé contre la répression
policière, par une révolte étudiante avec laquelle s’était par la suite
solidarisé le mouvement ouvrier, ouvrant ainsi la voie à la grève générale la
plus importante des luttes de classes en Europe occidentale.

Bien
sûr les conditions historiques ne sont pas les mêmes et une telle comparaison n’est
pas d’actualité. Mais la défense des libertés démocratiques, le droit de s’exprimer
et de manifester, et la condamnation des violences policières ne sont pas négociables.
Il est intolérable qu’un manifestant puisse être arrêté et condamné seulement
parce qu’il manifeste, mais il est encore plus intolérable que cela se produise
sans soulever une indignation massive.

Nous
qui signons cette tribune sommes des « intellectuels » selon la
formule consacrée. Mais comme Sartre, au temps de la guerre d’Algérie, l’avait
rappelé, il n’y a pas les intellectuels, et les masses, il y a des gens qui
veulent des choses et se battent pour elles, et ils sont tous égaux. Aujourd’hui
l’heure est grave, les droits démocratiques les plus élémentaires sont en péril,
et la révolte gronde en toute légitimité. Hier, « tous des juifs allemands »,
aujourd’hui, « tous participant-e-s à des manifestations interdites ».
Justice d’exception, prototype d’Etat d’exception, une nouvelle fois la démocratie
du capital entre dans une phase haineuse et tombe le masque. Quiconque ne le
regardera pas dans les yeux et ne s’insurgera pas avant qu’il ne soit trop
tard, sera nécessairement, à un titre ou un autre, complice.

Les signataires de ce
texte sont

 Etienne Balibar (philosophe,
professeur émérite à l’université Paris-Ouest), Emmanuel Barot (philosophe,
université du Mirail), Sebastien Budgen (éditeur), Judith Butler (philosophe,
université de Berkeley, Californie), Vincent Charbonnier (philosophe,
IFE-ENS Lyon), Mladen Dolar (philosophe, université de Ljubljana,
Slovénie), Bernard Friot (sociologue et économiste, université Paris
Ouest-Nanterre), Isabelle Garo (philosophe, enseignante), Eric
Hazan (éditeur), Stathis Kouvélakis (philosophe, King’s College,
Londres), Frédéric Lordon (économiste, CNRS), Michael Löwy (philosophe,
CNRS), István Mészáros (philosophe, université du Sussex,
Angleterre), Beatriz Preciado (philosophe, Musée d’art contemporain
de Barcelone), Guillaume Sibertin-Blanc (philosophe, université du
Mirail), Joan W. Scott (historienne, Institute for Advanced Study,
Princeton, New Jersey) et Slavoj Žižek (philosophe, université de
Ljubljana, Slovénie).

Publié
en tribune dans Le Monde du 2 décembre.


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