Un point de vue sur le meeting du Front de Gauche à Montpellier

Mercredi soir, le Front de Gauche a réuni pour son meeting à Montpellier plusieurs milliers de personnes. Un point de vue sur ce meeting par des membres du NPA 34, du courant Gauche Anticapitaliste. Ce point de vue engage seulement les auteurs du texte. 




Montpellier, 8 février 2012 - meeting du Front de Gauche

Mercredi 08 février, une salle comble pour le meeting du Front de
Gauche à Montpellier.

Certes, le PCF est rodé à
l’organisation de meetings régionaux, ses militants ont l’habitude de se
déplacer en bus à de telles occasions. Lors de la campagne régionale en
Languedoc, réunissant notamment le NPA et le FDG, le meeting de lancement avait
déjà réuni plusieurs milliers de personnes. Lors de la précédente
présidentielle, malgré un score électoral faible au final, les meetings de M.G.
Buffet étaient assez gros.

Ceci-dit, hier
soir, la participation allait très au-delà du public traditionnel du PCF. Midi
Libre (voir ici), reprenant le chiffre des organisateurs, annonce ainsi 9000 participants
(mais 6000 nous paraît être une estimation plus proche de la réalité).  Nous avons pu y croiser toutes les
générations et la plupart des militants actifs dans les mouvements sociaux. De
nombreux collectifs (dette, antiracisme, de soutien aux sans-papiers…) avaient
ainsi fait acte de présence. Cependant, pratiquement tous étiquetés par des
pancartes pré-dessinées FDG, leur apparition ne reflétait pas la diversité
politique et la dynamique unitaire de ces collectifs. Beaucoup de sympathisants
du NPA, d’anciens ou actuels adhérents, étaient aussi présents. Le large public
que nous réunissions au moment de la fondation du NPA était hier au parc des
expos.  Beaucoup de curieux venus
voir, mais aussi une adhésion perceptible au discours du candidat du FDG.

Convergences et désaccords

JL Mélenchon nous avait habitué à
des envolées lyriques, au style parfois désuet et à une gestuelle provocante
qui témoignaient d’un talent d’orateur incontestable, à condition évidemment
d’apprécier le genre. Cependant, le creux des propositions était au final
difficilement camouflé derrière des effets de tribune soigneusement calculés. Mercredi
soir, il y avait certes une mise en scène, cette politique spectacle parfois un
peu tapageuse, mais JL Mélenchon est cependant apparu moins « bateleur de
foire » et beaucoup plus précis et « pédago » dans ses
explications notamment sur la question de la dette. Comparant sa campagne à un
moment d’éducation populaire, il a pris le temps de développer ses propositions
politiques.

Le candidat du FDG a dans un
premier temps dénoncé la politique de la droite, tant sur sa politique antisociale
que sur les déclarations xénophobes d’un Guéant. Il s’est attaqué à l’extrême
droite, a dénoncé le capitalisme, 
a insisté sur les effets de la crise, les conditions de vie dégradées,
la casse des services publics… Il s’est moqué du programme du PS. Il a évoqué
le jour où « les chaines seraient brisées », en faisant référence aux
révolutions arabes et mouvements de protestations qui traversent le monde.  Il a  longuement salué le drapeau rouge. On ne notait d’ailleurs
qu’un seul drapeau tricolore dans la vaste salle, pour beaucoup de drapeaux
rouges, occitans, ou des organisations du FDG. Il a salué les délégations des
entreprises en lutte, les combats ouvriers… On peut penser que les campagnes de
Besancenot en 2002 et 2007 ont été soigneusement observées par le représentant
du FDG.







 

Evidemment, on trouvera des
éléments critiquables lorsque par exemple JLM dénonce la suppression de postes
dans l’éducation, la santé mais aussi… dans la police. Mais, globalement, sur
cette première partie du discours, celui de la dénonciation du capitalisme et
des politiques menées, les points communs avec le discours du NPA sont très
nombreux.

La seconde partie du discours
portait sur les propositions du FDG. Certaines sont semblables aux nôtres comme
sur la nécessité de renforcer les services publics ou sur la sortie du traité
de Lisbonne. Sur d’autres, par contre, on en reste souvent à des propositions
certes antilibérales mais qui ne remettent pas en cause le cœur du système
capitaliste. Sur la question de la dette, par exemple, JLM insiste beaucoup sur
l’idée que ce problème serait réglé si la BCE pouvait prêter directement aux
Etats évitant à ceux-ci de devoir emprunter sur les marchés financiers à des
taux d’intérêts exorbitants. On peut être d’accord sur le principe mais cela
fait l’impasse sur plusieurs problèmes. Ce système existe aux Etats-Unis, en
Angleterre, au Japon, et si la question de la dette s’y pose de manière moins
brutale qu’ici, la situation sociale n’y est guère meilleure. Surtout, ce qui
apparaît comme une mesure réaliste, technique, facile à mettre en œuvre,
nécessite en réalité un rapport de force conséquent et un affrontement avec les
classes dominantes en Europe. Il s’agît, ni plus ni moins, que de revenir sur
le traité de Maastricht et d’imposer au 27 pays de l’UE, et notamment à
l’Allemagne, de s’entendre malgré leurs intérêts divergents, pour changer
radicalement de politique monétaire. A ce niveau de rapport de force, il nous
semble plus utile, comme nous le faisons dans le cadre de la campagne unitaire
pour un audit citoyen, d’insister sur l’illégitimité de la dette et sur la
nécessité d’un moratoire en vue de son annulation. Dans la même veine, on peut
s’interroger sur l’utilité de revendiquer un droit de véto des salariés sur les
licenciements sans l’associer à la revendication de l’interdiction des licenciements dans les entreprises qui font
des profits ou délocalisent. Ces deux mesures sont tout autant inacceptables
par le patronat. Mais, la première a l’inconvénient de mettre les salariés dans
une position difficile dès lors que l’on reste dans une économie où la
concurrence joue à plein quand la seconde établit une règle claire.

De plus, nous ne pouvons partager
l’aspect “cocardier” de Mélenchon, les références incessantes à la
“patrie”, “la république” sans autre précision,  l’adresse aux “francais francaises
“, qui gomme tout critère de classe. De plus il a été assez peu précis sur
les revendications  sociales
d’urgence et  la dimension
écologique était totalement absente de son discours.

Enfin y a souvent contradiction
entre les discours et une posture radicale  en meeting et d’autres déclarations ou la réalité des
pratiques. On est en total désaccord avec ses déclarations à France Inter sur
son « ami » Dassault lorsqu’il se félicite de la vente des avions Rafales à
l’Inde. Comment peut-on s’opposer au libéralisme et voter avec le PS et le
MODEM toutes une séries de mesures libérales comme le font les élus du PCF à la
mairie de Montpellier ?

Plus globalement, la question du
rapport au PS reste une divergence importante. JL Mélenchon a affirmé qu’il
n’irait pas dans un gouvernement dominé par le PS mais la principale force du
FDG, le PCF, reste dans le flou sur ce sujet. Pourtant, il n’y a pas
d’incertitude sur ce que fera Hollande s’il arrive, et on peut l’espérer, à
battre Sarkozy. 

Pour un front contre les politiques d’austérité

Malgré tout, en opposition aux politiques d’austérité menées en Europe tant par
la droite que par les PS, les convergences sont nombreuses entre le programme
des anticapitalistes et celui des antilibéraux.  Dans le contexte actuel, contre les deux versions, « soft » (PS)  ou « hard», (UMP) d’une même politique
de soumission aux marchés financiers, (avec une forte extrême droite qui
apparaitrait comme la seule force d’opposition), il est essentiel qu’existe une
gauche radicale avec un programme alternatif, qui pèse sur le champ
politique. 

Alors que le NPA est en difficulté et ne remplit pas le rôle
qu’il s’était fixé lors de sa fondation, 
il est positif qu’existe, malgré ses limites et nos divergences, un
mouvement politique capable de peser à gauche du PS.

Face à l’austérité de droite
comme face à celle que mènerait le PS, il est nécessaire de construire une opposition
de gauche rassemblée, politique et sociale. Seul un tel rassemblement, un front
de défense des travailleurs et des populations contre la crise et l’austérité,
aurait l’audience et la capacité d’action pour peser et tenter d’inverser les
rapports de force. C’est une telle politique de rassemblement que propose le
courant Gauche Anticapitaliste (courant unitaire pour l’éco-socialisme) et qu’a
adopté le NPA 34 lors de son congrès départemental en décembre 2011.

Ce week-end à Saint-Denis, (voir ici) un
forum est organisé à l’initiative de la Gauche Anticapitaliste et il
rassemblera les représentants des forces politiques à gauche du PS, du NPA
jusqu’au PCF ainsi que des acteurs des mouvement sociaux. L’objectif de cette
réunion est de faire un pas, malgré les difficultés de la période électorale,
vers la constitution de ce bloc anti-austérité.

Pour les prochaines législatives,
le NPA 34 propose d’arriver à des accords unitaires rassemblant les forces politiques de
gauche qui n’iront pas au gouvernement ou dans la majorité avec le PS. Nous ne
pouvons que regretter le choix unilatéral du FDG de refuser ce cadre unitaire
que nous avions construit lors des régionales en Languedoc-Roussillon dans la
liste « A Gauche Maintenant ». Nous ne renonçons pas pour autant à le
proposer. Dans tous les cas, nous serons présents, soit dans le cadre de
candidatures de rassemblement, soit sous nos propres couleurs, avec comme
objectif de construire une opposition de gauche aux politiques d’austérité et
une alternative éco-socialiste au capitalisme.

 

Sophie Biétrix, Jean Claude Carcenac, David Hermet, membres du conseil départemental du NPA 34 et du courant “Gauche Anticapitaliste” 

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Gauche écosocialiste 34
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