Un point sur la régie publique de l’eau

Vu
l’enjeu et la portée du sujet, nous avons souhaité faire le point
avec Eau Secours 34 à qui nous allons poser un certain nombre de
questions.

Eau
secours 34 et le Collectif pour une régie publique de l’eau
militent depuis plusieurs années pour la reconnaissance de l’eau
comme un bien commun et en conséquence pour une gestion de l’eau
démocratique, sociale et écologique. Les militant-es d’Ensemble !
participent à ces collectifs.

 Eau_Secours.jpg

Le renouvellement ou pas du contrat
avec Véolia à Montpellier a été un moment fort de la mobilisation
face à l’autisme du pouvoir PS en place avec le duo Moure –
Pouget. Si pour le PS cette question devait rester sans débat
public, sans vote en conseil municipal, sans consultation de la
population… le collectif a réussi à mettre le dossier de la
gestion de l’eau dans le débat public au travers de réunions,
d’une pétition recueillant plus de 12 000 signataires, de
rassemblements. Cet acquis de mobilisation a permis de faire bouger
la représentation politique à l’occasion des municipales,
plusieurs listes, dont celle de Saurel, se prononçant pour la régie
publique. La victoire de Saurel a ouvert une nouvelle situation. Le
conseil d’Agglomération du 7 Mai 2014 a voté la gestion de la
potabilisation et de la distribution de l’eau par une régie
publique. Mais surprise, l’assainissement reste en dehors du projet
actuel de régie publique. Le vice-président René Revol est en
charge de ce dossier.

Vu
l’enjeu et la portée du sujet, nous avons souhaité faire le point
avec Eau Secours 34 à qui nous allons poser un certain nombre de
questions.

1
– Vous avez porté d’une manière décisive la revendication de
la régie publique de l’eau, comment appréciez vous la nouvelle
situation suite à l’arrivée de Saurel à la tête de l’Agglo et
de la ville de Montpellier ?

Nous avons finalement gagné : l’eau va revenir en gestion publique. C’est une victoire partielle et de principe. Cette victoire a été  obtenue probablement grâce  à l’élargissement de notre action à l’échelle d’un Collectif d’organisations convaincues du bien fondé de notre position. Il est juste de le reconnaître et de saluer les organisations qui ont oeuvré  au sein du Collectif 34.
Cette victoire doit être concrétisée maintenant par le pouvoir politique au sein de Montpellier Agglomération. Elle doit être concrétisée dans la forme et dans la totalité de ce qu’implique le retour en régie publique.
Dans la forme la régie doit revêtir la forme qui permettra notre droit de regard et de participation au quotidien de cette gestion : une régie à autonomie financière et à personnalité morale.
Sur le fond notre combat portait sur l’ensemble du cycle de l’eau : eau brute, eau potable, collecte et traitement des eaux usées (assainissement). Il est clair que la gestion de l’eau est un tout indissociable, parce qu’elle est vitale à la fois pour les humains et pour la préservation de l’ environnement. Cette globalité de gestion est d’ailleurs attestée par sa facturation globales incluant eau potable et assainissement.
Nous attendons donc de nos élus la reprise en charge publique globale de l’ensemble du cycle de l’eau dans l’agglo de Montpellier.

Il est à noter que certains élus qui
avaient voté voilà 9 mois, pour qu’une entreprise privée continue
à faire du profit sur l’eau, ont voté pour la gestion en régie
publique.

2
– Quelle analyse faites-vous du fait de laisser l’assainissement
en dehors de projet actuel ? Comment expliquez vous ce
découplage alors que même les syndicats de Veolia militent pour une
régie complète (voir article Hérault du Jour) ?

Depuis
le début, nous demandons le retour en régie publique de l’eau et
de l’assainissement
. C’est
sur le retour en régie “de l’eau et de l’assainissement”
qu’a porté notre pétition, qui a recueilli plus de 10.000
signatures, et qu’ont porté les votations citoyennes que nous avons
organisées.

3
– Quel projet de régie publique avez-vous ?

Seule
la régie à personnalité morale et autonomie financière permet
la présence dans le conseil d’administration de 50% d’usagers et
de salariés avec voix délibérative.
La présence d’usagers et de salariés dans cette instance de
décision est la meilleure garantie d’une
gestion sociale, écologique et démocratique de cette ressource
indispensable à la vie qu’est l’eau

4
– Il est évident que tant sur le projet de régie publique, que
sur l’assainissement la mobilisation doit se poursuivre, comment la
voyez-vous ? Avez-vous prévu de rencontrer Saurel et Revol ?

Nous
avons rendez-vous avec le vice président de l’Agglo Revol le
vendredi 6 juin. Après cette rencontre nous devrions être
précisément fixés sur les intentions des élus concernant la
gestion de l’eau et de l’assainissement. Nous connaîtrons les
arguments déterminant le choix de nos élus et les délais prévus
pour que l’Agglo reprenne la gestion de l’eau et de l’assainissement.

5
– La question de l’eau dépasse aujourd’hui notre périmètre
d’Agglo. L’idée que l’eau est un bien commun est une idée
forte largement portée en Europe et dans le monde. Participez-vous à
un réseau d’associations dépassant nos frontières ? Quels
sont les combats majeurs ?

Eau
Secours 34 fait partie de la CRAUE (Coordination Rhône-Méditerranée
des Associations des Usagers de l’Eau) qui est une coordination
constituée d’associations. La CRAUE a participé au
Forum
Alternatif Mondial de l’Eau

qui s’est tenu à Marseille en mars 2012.

La CRAUE est intervenue dans l’atelier
“Modèles de gestion publique de l’eau”.

Eau Secours34 a soutenu et
participé à la première Initiative citoyenne Européenne, ICE
« Right2 Water » qui a réuni 1 884 790
signatures dans 17 pays de l’union Européenne pour demander à la
Commission Européenne de légiférer sur le droit humain à l’eau
et à l’assainissement, l’exclusion de l’eau et de
l’assainissement des règles du marché intérieur et de la
libéralisation.

Le 19 mars
2014 alors que la commission Européenne, dans son communiqué de
presse, reconnaissait l’importance du droit humain à l’eau et à
l’assainissement, confirmait l’eau comme un bien essentiel,
s’engageait à promouvoir l’accès universel à l’eau et à
l’assainissement dans ses politiques de développement en y
incluant la promotion de partenariats public-public, dans des pays
membres de l’UE comme la Grèce, le Portugal, l’Espagne,
l’Irlande, Chypre, la TroÏka (CE, Banque centrale,
FMI) faisait  pression pour la privatisation de
l’eau et continue, à ce jour, le 16/05/2014.

En parallèle,
avec les signatures recueillies pour l’ICE, les citoyens
manifestaient et continuent de se mobiliser contre la privatisation
de l’eau partout en Europe ( Italie, Madrid, Berlin, Espagne…etc).

Un point
positif, le soutien de la population pour l’ICE a contribué à
l’exclusion des services de l’eau et de l’assainissement de la
directive des concessions.

Par contre, la
CE ne s’est pas engagée, dans son communiqué, à exclure
explicitement les services de l’eau et de l’assainissement des
négociations commerciales comme le TTIP (Transatlantic Trade and
Investment Patnership) ou  TAFTA (Transatlantic Free Trade
Agreement – Accord Transatlantique de libre échange sur le
commerce et l’investissement) avec les Etats Unis ou le CETA
(Comprehensive Economic and Trate Agreement – Accord Economique et
Commercial Global ) avec le Canada.

Montpellier,
le 6 juin 2014

Propos
recueillis par Francis Viguié

Partager :
Gauche écosocialiste 34