Contre la culture du viol et pour que la honte change de camp ! Soutien à Gisèle Pélicot
Ce samedi 14 septembre à 14h place de la Comédie, plusieurs centaines de personnes se sont rassemblées pour soutenir Gisèle Pélicot dans son courageux procès contre ses violeurs.
Le rassemblement a été organisé en 48h, à l’appel de plusieurs associations féministes dont le Planning familial. Beaucoup de femmes étaient présentes – mais pas que – de tous âges.

Cette affaire est l’illustration de ce que les mouvements féministes dénoncent depuis des décennies : non, les violeurs ne sont pas des monstres, ce sont des « messieurs tout le monde », des pères de famille, des hommes banals, et non, le viol n’est pas une déviance mais un produit du système patriarcal, dans lequel le corps des femmes est perçu comme la propriété des hommes. 97% des personnes mises en causes pour crimes et délits sexuels sont des hommes. Dans 9 cas sur 10, la victime connaît son agresseur et 90% des violeurs ne présentent pas de pathologie mentale1. Dans l’affaire Pélicot, 51 hommes se sont autorisés à violer une femme visiblement inconsciente parce qu’ils y étaient « autorisés par son mari ». Un exemple glaçant de chosification, inverse absolu du slogan féministe « Notre corps nous appartient ».
Dans ce procès hors-normes par le nombre d’inculpés, la culture du viol apparaît au grand jour. Elle est mise sur la table sans qu’on puisse détourner les yeux et se rassurer avec la « monstruosité » supposée des bourreaux. Les déchaînements sexistes et masculinistes sur les réseaux sociaux, qui mettent en doute, comme toujours, la parole de la victime et la réalité des faits, en sont, comme la ligne de défense des accusés, une nouvelle preuve. La question du non-consentement, est également au coeur de cette affaire sordide. C’est ce qu’a dénoncé et décortiqué la prise de parole très complète de Nous Toutes.
L’Ultraviolette a insisté sur la dimension « inceste » du cas Pélicot, occultée par les médias et ne faisant pour l’instant l’objet d’aucune poursuite judiciaire. En effet, la fille de Dominique Pélicot a elle aussi été victime de son père, ainsi que les petits-enfants, et les signaux de détection qui auraient dû permettre d’alerter sur cette famille dysfonctionnelle n’ont pas été perçus.

Une artiste Montpelliéraine a ensuite livré son rap intitulé « innocentes » et une chorégraphie de « El Violador es Tu » s’est improvisée.
L’émotion était très forte, et la colère immense, dans les voix des intervenantes comme dans les yeux de la foule.
Pour sortir de cette culture du viol, il faudrait un réel plan qui prenne à bras le corps tous les aspects de la question : l’éducation et la prévention, la santé, la prise en charge des victimes et des auteurs, le traitement des plaintes et le fonctionnement de la justice. Ce n’est hélas pas le gouvernement Barnier, plus réac que son prédécesseur et qui veut tailler dans les services publics, qui le fera. Mais nous continuerons à réclamer un plan d’urgence de 2 milliards, et surtout, parce que la honte a changé de camp, nous ne nous tairons plus.
Delphine Petit
- Chiffres cités et sourcés dans Lucile Peytavin, le Coût de la virilité, Editions Anne Carrière, 2021 ↩︎



