Interdiction des abayas : une fuite en avant délétère

Qu’il n’y ait pas d’ambiguïté : les intégristes religieux de tous bords sont nos ennemis politiques. Qu’ils soient catholiques, juifs, musulmans ou évangélistes, leur projet de société est fasciste et liberticide pour tous, en particulier pour les femmes. Il faut lutter politiquement contre eux, partout et avec tous les moyens efficaces.

Ce premier point étant posé, il ne faut pas confondre intégristes et croyant·es car attaquer la liberté religieuse est une arme qui se retourne toujours contre nous, faisant des victimes collatérales nombreuses, et en particulier les femmes. Le soupçon de prosélytisme qui pèse sur chaque jeune musulmane génère une fuite en avant dans le contrôle des jeunes filles, la surveillance et le flicage du vêtement dont personne ne sortira grandi, et surtout pas la laïcité. La focalisation actuelle sur les jeunes filles qui portent des abayas est délétère. Un signe religieux « ostensible »? Cela reste à clarifier (d’ailleurs Gabriel Attal lui-même est bien en peine de définir un abaya, renvoyant cette définition aux chef·fes d’établissement qui « savent bien ce que c’est »), et si on l’interdit d’autres apparaîtront de toute façon. Jusqu’où ira-t-on dans l’obsession de cette laïcité mal digérée ? On va mesurer la longueur des jupes des filles ? On va interdire aux adolescentes de cacher leur corps si elles le désirent ? A force de brandir la laïcité et la République au nom de tout et n’importe quoi, on les vide de leur sens. Et c’est toujours aux femmes qu’on demande des comptes : pas assez vêtue (pour rappel, la croisade ridicule de Jean-Michel Blanquer contre les crop-top et pour une « tenue républicaine ») ou trop, le contrôle du corps des femmes a toujours été un enjeu pour les sociétés patriarcales.

Dans ce contexte tendu, la seule ligne que l’on doit adopter est la défense inconditionnelle de la loi de 1905. La loi de 1905, rien que la loi de 1905, toute la loi de 1905. Elle se suffit à elle-même et contient toutes les dispositions qui permettent de lutter contre les intégristes. Il suffit juste d’appliquer ces dispositions, comme elles l’ont été dans les années qui ont suivi l’adoption de la loi, contre des curés, des évêques et même un cardinal… et rappeler que la laïcité, c’est un principe de séparation de l’État et des Églises, qui affirme la liberté religieuse et protège la liberté de conscience. Et que la neutralité religieuse s’applique aux agent·es du service public pas à ses usager·es.


Pour approfondir sur la loi de 1905 et nos positions  : https://resistons.net/articles/journee-de-la-laicite-liberte-egalite-sorofraternite-comment-redonner-un-sens-emancipateur-au-principe-de-laicite/

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