GAZ DE SCHISTE : DANGER SUR LA REGION !

Plusieurs compagnies pétrolières veulent effectuer des prospections dans la région en vue d’exploiter le gaz de schiste. Il ‘agît de gaz contenu dans de nombreuses petites poches à très grande profondeur. L’exploitation de ce type de gaz a commencé en Amérique du Nord et présente d’importants risques pour l’environnement. La technique consiste en effet à provoquer la fracture de la roche pour « libérer » le gaz, d’où notamment des risques d’infiltration dans les nappes phréatiques.

Lectures sur le fond du dossier et les dangers potentiels :
GAZ DE SCHISTE : LE TRÉSOR EMPOISONNÉ DU SOUS-SOL FRANÇAIS
Gaz de schiste : une bataille mondiale d’ampleur inédite, une nouvelle catastrophe pour l’environnement

Lectures sur la région :
Midi Libre : Édition du mardi 21 décembre 2010
Sur le Larzac

Gaz de schiste : phosphorer avant de forer

Le Larzac, future usine à gaz (de schiste) ? De prime abord, le sujet (*) peut prêter à sourire. Et pourtant. Ecologistes et paysans sont en alerte. Il y a quelques mois, le géant texan Schuepbach s’est vu accorder en toute discrétion la permission d’explorer durant trois ans les entrailles argileuses de notre région. Soit un territoire de 4 400 km2 qui s’étend de Saint-Geniez-d’Olt à l’Aigoual et s’étire vers Camarès et jusqu’aux confins du Pays Viganais. Grosso-modo, le Larzac et les causses adjacents.

Ainsi, avec l’aval du ministère de l’Ecologie, la compagnie pétrolière américaine s’est engagée à investir 1,7 M pour creuser la roche et tenter d’y capter du ‘shale gas’ emprisonné, une ressource alternative aux énergies fossiles exploitées en quantité astronomique aux USA. Si les tests s’avèrent concluants, il va sans dire que les enjeux économiques et énergétiques seront faramineux. Problème : une telle exploration fait appel à la technique de la fracturation hydraulique, une méthode controversée qui implique l’utilisation de substances chimiques et d’énormes quantités d’eau. Sur le Larzac, on appréhende déjà les risques pour l’écosystème.

La dépêche du Midi : Vent de révolte dans le Larzac


Vent de révolte dans le Larzac (par Jean-Marie Decorse, La Dépêche)

Le Larzac, toujours en en résistance . Ici, en 2003 contre la mondialisation. Aujourd’hui, près de 4 000 km2 du plateau sont concernés par les futures explorations de gaz de schiste en Aveyron.

Quarante ans après leurs premiers combats sur le Larzac, les écologistes se préparent pour une nouvelle croisade. Les permis de recherches exclusifs accordés par l’État pour identifier les gisements de gaz de schiste, inquiètent les populations.
Gardarem lou Larzac… Quarante ans après, le slogan entend garder toute sa force, même si « l’adversaire » a changé de visage. Cette fois-ci, ce n’est plus contre l’extension du camp militaire que se battent les écologistes, mais bien contre les compagnies pétrolières qui viennent d’obtenir le feu vert de l’État pour rechercher de nouvelles poches de gaz de schiste (notre édition du vendredi 15 octobre). Certes, il ne s’agit pour l’instant que de permis exclusifs de recherche et non pas d’autorisations d’exploitation. Il n’empêche. Pour les défenseurs de la nature, il se prépare peut-être un véritable saccage des hauts plateaux aveyronnais et héraultais avec des techniques d’extraction très contestées puisqu’elles déstabilisent les sols et impliquent le recours à des substances chimiques.
Dans le Grand Sud de la France, les demandes d’exploration ne datent pas d’hier. La présence de gaz et de pétrole fait même partie intégrante de notre histoire énergétique entre les gisements de Lacq, de Ger, de Pecorade, ainsi que tous les sites de la région Aquitaine. Mais cette fois-ci, changement de décor : la Dreal (anciennement Drire) est saisie depuis un an de très nombreuses demandes émanant de firmes pétrolières de second ordre ou de géants comme Total pour identifier ce fameux gaz de schiste (lire par ailleurs).
En mars, l’ancien ministère Borloo a accordé pour trois ans un permis exclusif de recherches, dit « permis de Nant », à l’américain Schuepbach Energy. La zone concernée couvre 4 400 km2 en Aveyron. Dans le même temps, l’État attribuait à Total le permis de « Montélimar », dans la Drôme pour une surface équivalente, tandis qu’un troisième gisement possible doit être exploré tout autour d’Alès par le Suisse Mouvoli. Le même Schuepbach s’est associé à GDF Suez pour l’obtention d’un autre permis en Ardèche. Et le territoire lotois est concerné à son tour pour un territoire étendu qui couvre pas moins de 5 710 km2 !
Pourquoi l’extraction de ce gaz pour laquelle les pétroliers sont prêts à investir des millions d’euros resurgit-elle dans l’actualité ? La raréfaction des énergies fossiles n’est pas la seule explication. Les techniques employées, dont celle de la fracturation hydraulique, ont accompli un pas important, autorisant aujourd’hui l’exploitation de ce gaz prisonnier d’une roche peu accessible. Et c’est justement ce qui inquiète les riverains potentiellement concernés. Les relevés sismiques par dynamitage, l’utilisation massive d’eau, la violence des systèmes de perforation, la perspective de voir émerger de très nombreux puits, la circulation inévitable de camions lourds dans des paysages encore préservés, sont refusés par une population très peu informée au demeurant de cette campagne de prospection tous azimuts.

témoignage
Anne-Marie Letort : « C’est tout le Sud qui est menacé »
(par Benoît Quaireau, La Dépèche)

Comme une odeur de soufre au milieu du gaz… « Si ce projet devait se réaliser, ce serait une sorte d’apocalypse », annonce d’emblée Anne-Marie Letort, farouche opposante à l’exploitation de gisements de gaz et membre depuis quarante ans de l’APAL (Association pour l’Aménagement du Larzac).

Fin décembre, Anne-Marie Letort, résidant à Sauclières (Aveyron), a assisté à la réunion publique à St-Jean-du-Bruel, en présence de militants de la mouvance larzacienne, dont l’eurodéputé José Bové, mais aussi les maires de Sauclières, St-Jean-du-Bruel, de Nant, et l’ONG « Les amis de la Terre ». Une réunion « touchante et très pédagogique, qui aura rassemblé de nombreuses personnes de tous horizons (commerçants, habitants, élus, spéléologues…) pour s’informer et résister. Le Larzac ne veut pas voir réduit à néant son bonheur de vivre. Le climat de résistance est très affirmé. D’autant qu’aucune concertation de la population n’a eu lieu… ».

Lors de la réunion, des diapositives ont défilé sur les destructions causées aux États-Unis et au Canada par l’exploitation de ces gisements de gaz : forêts rasées, aménagement de routes, sol parsemé de puits, énorme consommation d’eau pour l’extraction, utilisation de produits chimiques, terres et nappes phréatiques polluées… « Des apprentis sorciers affirment que les conséquences seront moindres pour le Larzac. Mensonge ! », peste Anne-Marie Letord.

L’Aveyron ne sera pas le seul département touché. « Le Sud est menacé. Notamment les Cévennes et la Lozère, sanctuaires et territoires sacrés à la nature préservée, essentiels à la respiration de l’humanité. Tout cela au nom de quoi ? Le profit. » De plus, GDF-Suez et Schuepbach Energy « argueront qu’elles créeront des emplois ici. Mais elles viendront avec leur personnel et leur matériel ! », regrette Anne-Marie. Une étude sur les risques sanitaires et environnementaux liés à l’exploitation a été exigée par l’ONG « Les amis de la Terre ». Une pétition au niveau des régions concernées, la création d’un comité de surveillance sur le Larzac ou un jumelage entre Nant, St-Jean-du-Bruel et des communes canadiennes ou américaines impactées par les gisements sont évoqués.

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