Projet de communauté urbaine autour de Montpellier. Pourquoi nous nous y opposons ?

G . Frèche veut élargir la communauté d’agglomération de Montpellier pour la transformer en communauté urbaine.
Le seuil de 500 000 habitants doit pour cela être dépassé.
Ce projet ne répond pas aux besoins de la population. Par contre, il est lié à une conception où les territoires sont en compétition et il est porteur de dangers tant pour l’environnement que pour la démocratie.

Une mise en chantier des plus critiquable

La manière dont cette communauté urbaine se met en place est éclairante.
L’intérêt des populations est totalement occulté comme est niée la possibilité que celles-ci puissent avoir leur mot à dire sur un sujet qui les concerne concrètement. La question n’a presque pas été évoquée lors des récentes élections municipales et n’a été pour l’instant débattue ni au sein du conseil municipal de Montpellier ni au sein du conseil d’agglomération.
On ne connaît ce projet que par les déclarations répétées à la presse de son promoteur, G. Frèche. Tout passe par des négociations entre élus dont on ne sait rien et où en plus, disparaissent les clivages politiques traditionnels, sur la base desquels ces élus sont désignés par leurs électeurs.
Une première tentative a ainsi avorté vers les communautés autour de Sète et Mèze. L’élargissement était calculé pour être juste en dessous de ce seuil des 500 000 afin de ne pas heurter les élus locaux et les populations. La croissance démographique étant très élevée dans notre région, le seuil aurait été très vite dépassé et la « grande agglo » évoquée par la presse serait de fait devenu une communauté urbaine.
Frèche (exclu du PS mais à la tête d’une union PS-PC) avait pour cela favorisé sur Sète la victoire de la droite qui était pour la grande agglo, contre François Liberti (PC) qui y était hostile. Cependant, le maire de Frontignan (PS), proche du président du conseil général (PS aussi), a fait échouer le projet dans le cadre de la communauté d’agglomération de Frontignan -Sète.
Malgré cet échec, Frèche continue son offensive et propose un périmètre des plus larges depuis Mèze jusqu’à Lunel, de la mer au Pic Saint loup, en pariant sur le fait qu’il séduira suffisamment de maires pour atteindre son objectif. Pour les « séduire », Frèche a de nombreux moyens notamment via son poste de président de région. Il a préparé le terrain et sur plusieurs communes, il semble avoir joué contre son camp (s’il en avait un) aux municipales pour faire élire des maires de droite favorables à son projet.

Nous revendiquons sur ce projet et face à de telles méthodes, un débat transparent, pluraliste, tranché au final par des référendums locaux. Pour l’instant, seul René Revol à Grabels s’est engagé à organiser débat et referendum.

Ce projet est-il justifié ?


Certes, la gestion de l’eau, des déchets, des transports, ne peuvent se faire à la seule échelle de la commune. Mais il existe de nombreuses possibilités légales pour faire coopérer entre elles des communes ou des structures intercommunales. Nul besoin de créer une nouvelle institution. L’amélioration nécessaire des TER, souvent citée pour justifier l’extension de l’agglo, dépend du conseil régional. On peut quand même imaginer que Frèche président actuel de l’agglo et Frèche président de la région peuvent communiquer pour faire avancer ce dossier ! On est contre le cumul des mandats, mais là que ça serve au moins à quelque chose.
On constate aussi que le périmètre proposé est variable, en fonction des opportunités locales. Les élus de Sète et Mèze semblent séduits, on propose d’étendre l’agglomération vers l’ouest, ce sont ceux du Lunellois, on part vers l’Est, il y a blocage, on part dans toutes les directions en pensant que certains maires finiront bien par venir sur ce projet. Le périmètre proposé est très vaste (environ 70 Km sur 40 Km) et va bien au-delà de l’aire urbaine de Montpellier, telle que l’INSEE la calcule. Ces éléments démontrent qu’il ne s’agit pas de répondre à une nécessité de gestion.

Un projet dangereux pour la démocratie.


La communauté d’agglomération actuelle a ses représentants désignés par les conseils municipaux et non pas directement. Du coup, ses projets, alors que son budget et ses compétences sont de plus en plus étendus, ne sont pas discutés lors des élections municipales. Les oppositions sont très faiblement représentées puisque les délégations sont choisies par les majorités municipales. Le débat et les clivages politiques y disparaissent sous prétexte que c’est une instance de coopération. Le président de l’agglomération concentre de plus en plus de pouvoirs entre ses mains. Le passage en communauté urbaine va encore aggraver cet aspect. Les pouvoirs de son président seront beaucoup plus importants tandis que les maires des communes verront leur rôle réduit à, à peu près, celui d’un maire d’arrondissement.

Un projet dangereux pour l’environnement

Parmi les transferts de compétence, des communes vers la communauté urbaine, il y a tout ce qui concerne l’occupation des sols (PLU, ex POS). Nous savons que la gestion actuelle par les maires des communes n’est pas en soit une bonne chose : refus de logements sociaux pour certains, construction accélérée pour d’autres afin de faire plaisir aux promoteurs et propriétaires fonciers.
Cependant le passage de cette compétence dans les mains de Frèche serait bien pire. En effet on sait que ses rêves de puissance passent par l’augmentation de la taille de sa ville. Sa politique d’urbanisation vers une métropole à 600 000 habitants (objectif affiché) sacrifie l’environnement comme la qualité de vie. S’il peut contrôler l’ensemble de la zone pressentie, on peut craindre un bétonnage généralisé. Certes il y a des migrations du Nord vers le Sud qui génèrent une croissance rapide et des besoins en logement. Mais, les autorités locales ont tout fait pour l’accélérer notamment par des campagnes de publicité répétées, faisant croire à une bonne santé économique de notre région qui détient pourtant le record du chômage.

Jouer dans une cour qui n’est pas la sienne


Parmi les arguments évoqués pour la communauté urbaine, Frèche cite volontiers deux choses.
La première est celle d’une augmentation des subventions de l’Etat. Mais, vu la politique actuelle, celle-ci se fera forcément au détriment des communes. De plus, le caractère artificiel de la création d’une communauté urbaine pour toucher plus de subventions ne devrait pas, en toute logique, passer inaperçu.

La seconde est liée à une soi-disant nécessaire adaptation à la concurrence. Frèche veut rivaliser avec Marseille, Lyon, Toulouse ou Barcelone !
Il y a là un côté grotesque. Barcelone est une métropole de 3 millions d’habitants à la tête de la région la plus riche d’Espagne. Montpellier a dix fois moins d’habitants et est capitale de la région la moins riche de métropole. Quant aux trois villes françaises citées, question compétition, c’est déjà plié. De plus, jouer dans une cour qui n’est pas la sienne va entraîner des investissements démesurés pour peu de résultats tandis que ce sont surtout les autres villes de notre région qui risquent d’être victimes de cette concurrence.

Une adaptation à la mondialisation capitaliste.


La DATAR (délégation à l’aménagement du territoire) a été transformée en DIACT (Délégation interministérielle à l’aménagement et à la compétitivité des territoires). Cela illustre combien les politiques libérales entendent mettre en concurrence les travailleurs mais aussi les territoires. Dans cette logique, chaque territoire doit rivaliser pour attirer les entreprises : subventions, aménagements, aides diverses… Les grands bénéficiaires sont ces entreprises qui peuvent ainsi jouer de la concurrence entre collectivités, venir profiter des avantages fournis et faire ensuite un chantage à la délocalisation. La course au gigantisme dans laquelle se lancent les grandes villes (car Montpellier n’est pas la seule dans ce cas) relève de la même logique : offrir un marché suffisamment vaste, des possibilités de recrutement, des gros réseaux de transports… S’y ajoute ici le rôle crucial du bâtiment dans l’économie. Peu importe les dégâts écologiques.

Parce que nous voulons renforcer le contrôle des populations sur les élus, parce que nous refusons de voir sacrifier l’environnement, parce que nous sommes pour la solidarité des territoires et non leur mise en concurrence généralisée, nous refusons la communauté urbaine Nous agirons pour qu’un large rassemblement sur des valeurs de gauche, se mette en place contre ce projet.

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