CONGRÈS DU PCF. Parti communiste biterrois : une ligne de fracture.

Plusieurs positions existent au sein du PCF héraultais, bitterois en particulier.
Ce derniers temps, on a beaucoup entendu le vice président de région, JC Gayssot, souhaiter un rassemblement du PC et du nouveau PdG de Mélanchon pour constituer une nouvelle force politique anti-libérale mais de gouvernement (ce qui en clair veut dire : accepter une alliance avec le PS).
De l’autre côté, la section du PCF de Béziers, avec qui la LCR a constitué une liste aux dernières municipales, affiche des positions beaucoup plus à gauche, notamment sur l’indépendance vis à vis du PS. Cependant, cette section a aussi des positions que l’on peut qualifier d’ « idenditaires » ou d' »orthodoxes », c’est à dire parfois peu critiques sur le PCF d’avant la « mutation » engagée par Hue.

Le parti communiste tient en ce moment son congrès.

A Béziers, la situation
est complexe : deux tendances
s’affrontent. L’une, minoritaire,
qui s’allie sans condition avec le
PS ; l’autre, anticapitaliste et
révolutionnaire, préfère conduire
des actions aux côtés de la
LCR.

Aimé Couquet, porte-parole de
cette dernière tendance, s’exprime
sur la préparation du
congrès.

Interview paru dans Motivé-e-s de décembre 2008.

En ta qualité de dirigeant « historique »
de la section du PC biterrois,
peux-tu exposer brièvement les raisons
qui ont conduit à la création
d’une deuxième section à Béziers ?
Penses-tu que cette question sera
réglée par les instances nationales ?

Il y a certainement plusieurs raisons
mais la principale est profondément
politique. L’ancien ministre de Jospin,
JC. Gayssot et son lieutenant, JL.
Bousquet, secrétaire départemental
avaient besoin d’avoir les mains libres
pour développer à Béziers leur stratégie
de casse du PC et d’alliance à tous
crins avec le PS. Voir les élections
municipales et cantonales de mars dernier.
C’est pour cela qu’ils ont créé, de
façon illégale, une autre section très
minoritaire sur le même territoire. Les
statuts du parti ne sont pas respectés
mais les instances nationales « s’en
lavent les mains « .

Y-a-t-il aujourd’hui des divergences
programmatiques fondamentales
entre les différentes tendances (non
reconnues…) au PC ?

Oui, actuellement, ce n’est pas nouveau,
il y a des divergences fondamentales.
Pour résumer, je dis qu’il y a ceux
qui veulent en finir avec le parti communiste
pour se fondre dans la
« gauche » et ceux qui veulent avoir et

renforcer un parti communiste
contemporain, nécessaire et utile pour
créer une autre société où l’homme ne
sera plus un loup pour l’homme.

Et des divergences stratégiques ?

Les divergences stratégiques sont liées
aux différences fondamentales notamment
dans l’approche des échéances
électorales. Doit-on être le marchepied
du parti socialiste (ou d’une autre organisation)
pour pouvoir obtenir des
élus, en particulier au niveau national
pour émarger à la ‘manne’ de l’Etat ?
Ou, doit-on affronter le verdict des
urnes en étant soi-même, sans rejeter
les alliances quand elles sont nécessaires,
claires et honnêtes ? Quand on
est à la gestion des affaires, doit-on
être des gérants loyaux du système ?
Ou des communistes oeuvrant en luttant
avec la population, incessamment,
pour faire exploser le carcan du système
qui nous étouffe ? Pour ma part, je
choisis chaque fois la deuxième solution.

Qu’attends-tu du congrès du PC en
décembre ?

Le congrès du PC va se tenir à la midécembre.
Sa préparation, avec un vote
récent sur un texte proposé par la
direction sortante et deux textes alternatifs
a monté que 40% des adhérents
votants étaient pour un parti communiste
résolument marxiste et révolutionnaire.
C’est très intéressant !
Toutefois le filtre vertical des désignations
des délégations ne favorise pas la
représentation exacte ! En tout état de
cause, il est possible que des choses
intéressantes se passent. Nous aiderons
les camarades pour que la ligne « réformiste »
soit la plus amoindrie possible
si elle n’est pas battue. Avec mes amis
et des milliers de camarades nous
sommes attachés à notre Parti. Pour ma
part, cela va faire 45 ans à la fin de
l’année.
Quoiqu’il advienne, nous considérons
que les habitants de notre pays ont
besoin d’un vrai Parti Communiste et
que encore de l’intérieur, il est fort possible
de faire bouger les choses !

Propos recueillis par
Joël Clérembaux

Pour information : la section du PCF de Béziers anime un blog : http://bezierspcf.centerblog.net/

Un congrès de crise
Rouge n° 2278, 11/12/2008

Le 34e Congrès du PCF devait s’ouvrir, jeudi 11 décembre, dans un climat de crise exceptionnelle.

Le document présenté par la majorité de la direction du PC n’a pas réussi mobiliser des militants complètement déboussolés, et dont près de la moitié a boudé les réunions préparatoires Cette démobilisation explique en partie l’échec des 1 000 réunions publiques prévues, dont le meeting central à Paris, au gymnase Japy, qui n’a réuni que quelques centaines de participants. Une fois leurs textes alternatifs éliminés par référendum interne, les deux tendances minoritaires on appelé à amender le document majoritaire, tandis que les partisans d Robert Hue et les Communistes unitaires appelaient à boycotter le scrutin

À la veille du congrès, on peut s’attendre à une victoire de l’équipe de Marie-George Buffet. La secrétaire nationale va bénéficier du soutien des militants « légitimistes », qui préfèrent un texte confus et une direction plutôt que l’ouverture d’une crise, mais surtout de l’appui d’une bonne partie des « opposants » nostalgiques de l’ancien PCF, regroupée derrière le député André Gérin, qui vient d’appeler à voter pour l’orientation de Marie-George Buffet afin de sauver le parti des tentatives de « dissolution ».

Face à cette alliance, que certains minoritaires contestent, Robert Hue annonce qu’il ne croit plus au PCF et quitte déjà sa direction, tout comme l’ancien ministre Jean-Claude Gayssot. Enfin, les Communistes unitaires, qui avaient refusé de se compter sur un texte alternatif, se sont réunis à 120, le 15 novembre et se déclarent prêts à construire, avec d’autres, une nouvelle force à la gauche de la gauche. Cette menace de quitter le parti a permis à Marie-George Buffet de faire le ménage et de les virer de la liste pour la prochaine direction du parti.

C’est donc avec une majorité très réduite, fortement marquée par la pression des courants orthodoxes du parti, que la secrétaire nationale va continuer, provisoirement, à diriger le PCF, entourée d’un collectif restreint coordonné par le directeur de la rédaction de l’Humanité, Pierre Laurent. Dimanche 7 décembre, Marie-George Buffet a réaffirmé son orientation sur Canal + : rassembler toute la gauche, pour aller au gouvernement sur une base « antilibérale ». En attendant, et jusqu’aux élections européennes de juin 2009, elle pourra tenir un discours « gauche », critique vis-à-vis du PS, et pratiquer une politique « unitaire », en faisant de Mélenchon et de son Parti de gauche les interlocuteurs privilégiés. Mais, après cette échéance, ce sera un retour obligé vers la direction du PS, seule à même de sauver les élus et la politique d’Union de la gauche lors des futures échéances électorales nationales.

Pendant ce temps, une partie des déçus de la gauche traditionnelle essaye de s’organiser en dehors du NPA, avec pour base commune la perspective de créer une gauche « antilibérale » capable d’aller au gouvernement par les élections. Le groupe Mars (ex-minorité de Chevènement) ou Claude Debons rejoignent Mélenchon, tandis que va se créer une nouvelle force : la Fédération des forces citoyennes, avec quelques Verts, les Communistes unitaires, les Alternatifs et des militants des comités Bové ou des comités antilibéraux. Tous se retrouveront, à l’appel du PCF, sur une liste de « front de gauche » pour les européennes.

Et c’est là que le débat va s’ouvrir. La coalition du « non » de gauche ne peut se reconstituer. Bon nombre de ses partenaires, de Fabius à Bové, ayant déjà rejoint les partisans du « oui »… En outre, le PCF se réclame de la plateforme adoptée par le Parti de la gauche européenne, dont font partie le PRC – qui a gouverné l’Italie avec les résultats qu’on connaît – et Die Linke – qui gouverne Berlin avec le SPD et son cortège de privatisations. Pour être efficace, la campagne européenne devra se faire sur des bases aussi claires que les campagnes nationales : un plan d’urgence sans concessions au patronat, une indépendance totale vis-à-vis des institutions et un refus de toute coalition gouvernementale avec la social-démocratie. Ce débat, nous voulons l’avoir avec les militants du PCF comme avec tous ceux qui se réclament du combat anticapitaliste. ■

Alain Krivine
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