A quoi ressemble un élu régional de gauche ? Oui, de gauche !

Depuis 1973 le Languedoc-Roussillon connaît une expérience caricaturale, souvent grotesque et, en tout cas, dramatique, de démolition de l’idée de gauche, entendons-nous bien, de l’idée d’une gauche de rupture et de transformation sociale. Autant de mots alignés à la suite et qui devraient, énoncés ainsi, fonctionner en pléonasme.


Mais non, avec le frêchisme, puisque c’est de lui qu’il s’agit, les mots, celui de gauche en particulier et essentiellement, ont perdu la boussole. D’où la nécessité où cette aberration politique nous met de les enfiler, ces mots, comme des perles, pour retrouver le fil perdu d’une politique au service du peuple et renvoyer aux poubelles de l’histoire une autre politique qui, intrinsèquement, se sert du peuple, se moque (dans tous les sens du terme) du peuple ; à des fins personnelles-monarchiques (la mairie…c’est moi, la Région… c’est moi !) mais donc, inéluctablement, aux fins surtout d’un système de domination (capitaliste pour le coup) fondé sur la coupure avec les mandants et cherchant à réduire ceux-ci au rôle de « cons » qu’il faut amuser pour glaner leur vote. Car le frêchisme est en convergence foncière avec le sarkozysme qui reste, dans sa déclinaison régionale (Couderc) comme dans sa centralité élyséenne, l’ennemi à combattre et à battre !


Alors la démarche d’une liste de gauche unie contestant cette conception dinosauresque et antipopulaire de la politique et démasquant son usurpation des notions de gauche et de socialisme, ne peut en rester à ce travail – pourtant incontournable – du négatif -. Elle doit se ressourcer aux fondamentaux des logiques de contestation à visée alternative et envoyer le signal, paradoxal seulement en apparence et, en tout cas, incongru en Frêchie, qu’un élu doit pouvoir dire non pour dire oui : non, comme par exemple dans le cas que nous montrons après ces lignes, à un budget labellisé de gauche mais favorisant les logiques économiques privées ou pharaonesques, pour dire oui à un changement de cap permettant d’être « près des besoins réels de la population et notamment des plus défavorisés, tout en se préoccupant davantage des graves menaces qui pèsent sur la planète » .

Ces mots sont la conclusion d’une déclaration que l’on trouvera ci-dessous, celle d’Yves Gueydon élu Alterekolo à la Région Auvergne, tête de liste Puy de Dôme sur la Liste « la Gauche 100% NPA – Alter Ekolos – Objecteurs de croissance ». La construction de cette liste ne recoupe pas celle qui a prévalu ici en Languedoc-Roussillon, heureusement plus large. Mais elle en partage la volonté politique de rompre avec le libéralisme et le social-libéralisme qui s’exprime dans notre protocole d’accord et dans les documents de travail de la commission Programme. Et qui nous fait dire, par exemple non à la venue d’Agrexco à Sète, parce que nous disons oui à la solidarité avec les palestiniens et à un développement, autour du port de Sète, d’une économie régionale à la fois autocentrée (circuits courts du producteur au consommateur) et coopérative dans ses rapports aux autres régions et aux pays voisins.

Dans les lignes qui suivent, nous cernons concrètement la démarche de refus d’un budget proposé par la majorité socialiste de la Région Auvergne et ce qui, dans ce refus, ouvre vers une autre façon d’être élu de région. Une autre façon d’être de gauche. La seule façon, par-delà telle ou telle divergence, d’être LA gauche ! Nous aurons certainement, avec nos élus, à inventer notre propre façon d’être autrement à gauche-LA gauche mais nous savons qu’elle croisera bien d’autres positionnements dans d’autres régions, ce qui permettra d’avancer, qui sait, dans la construction d’une alternative nationale au sarkozysme et au capitalisme qu’il sert servilement.

Antoine (NPA 34)

Pourquoi je n’ai pas voté le Budget régional 2010 en Auvergne

par Yves Gueydon élu Alterekolo à la Région Auvergne Tête de liste Puy de Dôme sur la Liste : la Gauche 100% NPA – Alter Ekolos – Objecteurs de croissance.

Sans nier certaines avancées, je n’ai néanmoins pas voté ce budget dans la mesure où je le trouve d’abord beaucoup trop timoré par rapport à ce qu’il faudrait faire pour relever les défis face aux crises redoutables dans lesquelles nous sommes entrés, qu’elles soient économiques, sociales ou écologiques. Mais plus gravement encore, les choix budgétaires qui sont faits ne remettent nullement en cause la logique économique libérale actuelle, qui reste l’une des sources essentielles de nos difficultés, mais bien au contraire l’accompagnent, et le plus souvent l’alimentent.

Pour preuve :

Les subventions directes aux entreprises, dont les grandes entreprises et trusts qui font des profits distribués avant tout aux actionnaires plutôt que réinvestis dans la création ou l’amélioration de l’outil de production (4,5 Millions d’euros votés pour 2010, soit + 50 % d’augmentation entre 2009 et 2010, ce qui représente près de 3 fois le budget dédié aux entreprises de l’économie sociale et solidaire et 1 fois et demi le budget consacré à lutter contre le changement climatique).

Les subventions directes au développement des entreprises à l’international (tenue de salons à Abu Dhabi ou ailleurs) alors qu’on devrait au contraire les aider à relocaliser leurs activités et à reconquérir nos propres marchés. Les Fonds d’avances de trésorerie pour les entreprises, alors que l’argent public versé aux banques (des milliards depuis 1 an) aurait dû permettre d’accorder prioritairement des prêts aux petites et moyennes entreprises (prêts qui ont baissé au contraire de 14 %) et qui sont la majorité des entreprises de notre région.

Les aides apportées aux pôles de compétitivité dont Limagrain, producteur d’OGM dans notre région alors qu’il faut au contraire favoriser la qualité de nos productions avec le minimum d’impact sur notre environnement et encourager la coopération plutôt que la compétitivité et la recherche du profit à tout prix.

Le vote de crédits pour des grands projets tels Vulcania : + 6,5 Millions en 2010 ; bientôt avec Vulcania 2, d’ici 3 ans, on aura dépensé autant que le plan Rail , soit 55 M d’euros, et la moitié de son coût initial, ou encore le projet du « très haut débit internet » avec un budget avancé de 200 M (le Haut débit, certes nécessaire, a déjà coûté à la région plus de 12 M ).

Quant au TGV, on nous annonce un coût de 7 M d’euros par KM à la charge des régions (sur un total de 20 M le KM), soit, pour la région Auvergne, un coût pouvant s’élever à 700 M d’euros, 7 fois ce qu’a coûté Vulcania qui a plombé le budget de la région pendant des années .

Un budget Energie-Environnement qui stagne depuis 3 ans, et même diminue en valeur relative, tout en restant l’un des budgets les plus petits de la région : 1,20 % du budget global ; on a même réussi en pleine conférence de Copenhague à diminuer les crédits consacrés au développement des énergies renouvelables de 300 000 euros, soit une baisse de 10 % par rapport à 2009 ; avec le rythme actuel d’installation des équipements d’énergie renouvelable en région Auvergne, il nous faudra 300 ans avant que chaque logement en soit pourvu ; d’ici là les mers auront largement eu le temps de monter …

J’ai malheureusement été le seul à gauche à ne pas voter le budget global présenté par le PS qui reste, pour moi, d’orientation très libérale et productiviste. Et je reste convaincu que, même si la marge de manœuvre de la région est limitée, elle peut néanmoins, par ses orientations budgétaires, infléchir durablement la logique actuelle et commencer à « changer de cap », pour coller au plus près des besoins réels de la population et notamment des plus défavorisés, tout en se préoccupant davantage des graves menaces qui pèsent sur la planète .

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Ensemble 34
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