Chronique ordinaire du capitalisme qui tue !

« Que l’on ne vienne pas nous faire croire que dans ce dossier, il y a une place pour la fatalité. Il s’agit d’une série de négligences coupables (…) M. Gilles est décédé pour quelques mètres de tuyaux qui valaient trois francs six sous et un ergot usé. »

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Gard

Accident du travail : mort après des mois d’agonie

(Midi Libre 8 mars 2010)

Le sort d’un employé de l’usine Expansia d’Aramon était évoqué vendredi devant le tribunal correctionnel de Nîmes. Cette mort effroyable, consécutive à un accident du travail, a conduit le directeur de l’entreprise de produits chimiques à comparaître pour homicide involontaire et défaut d’évaluation des risques professionnels. Jean-François Gilles est décédé neuf mois après son accident au terme d’une horrible agonie. Il pesait 89 kg avant les faits, 60 sur son lit de mort.

L’histoire se passe dans cette usine d’Aramon, fleuron de l’industrie chimique, dans laquelle le trentenaire travaille depuis plusieurs années. Son poste le fait évoluer dans des pièces spéciales et sous protection d’une sorte de scaphandre (comme on en voit dans les laboratoires, NDLR) qui lui couvre la tête et le protège tout en empêchant qu’il ne « pollue » les produits qu’il manipule. Il travaille dans une atmosphère confinée qui lui impose parfois de s’alimenter en air via un système de tuyaux pour s’alimenter en air. L’accident s’est produit dans un sas d’une dizaine de mètres qui ne permettait pas de se raccorder à l’air.

Rappelant la procédure, le président Eric Chalbos raconte alors comment tout a basculé. L’employé est donc « débranché » et doit pousser un fût de produits d’un endroit à l’autre. Sans air renouvelé, (l’enquête le souligne) de la buée peut se former sur la visière et gêner la vue. En une poignée de secondes, Jean-François Gilles a terminé sa manipulation. Il décide naturellement de se rebrancher en air. Il se reconnecte sur le système de tuyaux. Mais le malheureux se branche sur le réseau d’azote au lieu de capter la conduite d’air. Un de ses collègues donne l’alerte. L’irréparable s’est déjà produit. L’employé s’est empoisonné avec l’azote. Normalement ce système (comparable à des prises électriques, NDLR) empêche une personne de se connecter à l’azote, utilisée à d’autres usages dans l’usine, les branchements étant incompatibles. Pourtant, le mécanisme, usé, lui permet de se connecter.

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Appelés, les secours prennent rapidement en charge la victime, hospitalisée dans un état très grave. Jean-François Gilles est plongé dans le coma. L’issue fatale est quasiment inévitable et ses souffrances sont très importantes. De graves crises neurovégétatives provoquent d’horribles convulsions qui obligent à le sangler sur son lit. Son calvaire s’achèvera par son décès, était-il indiqué lors du rappel des faits effectué à l’audience.

Dans la salle, de nombreux proches de la victime ont garni les bancs. Les yeux rougis par les larmes, l’évocation de cette disparition les fait osciller entre émotion et tristesse, dans le plus grand silence.

A la barre, Denis Leduc, directeur de l’usine, vient souligner que « l’accident est dramatique ». Pour sa part, l’inspecteur du travail vient livrer ses conclusions sur la série de fautes commises selon lui par l’entreprise. De son côté, l’avocat de la partie civile Me Jean-Pierre Buravan (Tarascon) assène : « Que l’on ne vienne pas nous faire croire que dans ce dossier, il y a une place pour la fatalité. Il s’agit d’une série de négligences coupables (…) M. Gilles est décédé pour quelques mètres de tuyaux qui valaient trois francs six sous et un ergot usé. »

Même véhémence du ministère public. « La faute est caractérisée » et ces faits « sont totalement inacceptables », fulmine le vice-procureur Pascale Palau, tout se déclarant « décontenancée » par l’attitude du prévenu. Pour la magistrate, l’accident était prévisible au regard des conditions de travail dans l’usine. Trois mois avec sursis et 10 000 € sont demandés.

En défense, l’avocat du barreau de Paris, Me Jacques Sentex, plaide la responsabilité du salarié, insistant sur la différence de couleur et de forme des tuyaux d’air et d’azote. « Comment peut-on se tromper à ce point-là ? », interroge-t-il avant de poursuivre : « Expansia n’est pas une entreprise (classée Seveso pour le site d’Aramon, NDLR) qui plaisante avec la sécurité. De nombreux contrôles sont très régulièrement effectués. » Le conseil ajoute que le fournisseur des ergots (qui ont fini par s’user) n’avait pas recommandé de réaliser des vérifications sur le matériel. Enfin, il réclame que l’amende soit à la charge d’Expansia et non pas de l’ancien directeur qui « mérite une application modérée de la loi ». Délibéré le 23 mars.

Hocine ROUAGDIA

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