Les postiers de Bédarieux et de La Grande Motte choisissent la lutte

Dernier communiqué des postiers de Bédarieux:

Alors que nous entamerons lundi notre sixième jour de grève, les facteurs de Bédarieux restent très mobilisés, car ils n’ont eu aucune réponse positive à leur revendication principale qui est la création d’emplois pour l’amélioration des conditions de travail et de la qualité de service. En effet , l’organisation du travail actuelle ne permet pas le remplacement assuré des agents en congés, RTT ou maladie, ce qui a pour conséquence d’avoir régulièrement des tournées non couvertes au détriment de l’usager et des facteurs.

Pour seule réponse la direction utilise le mépris et la provocation en nous indiquant que sur les bureaux tous les départs en retraite prévus cette année ne seraient pas couverts et qu’on se retrouverait certainement avec un agent en moins.

De plus, pour pallier à l’insuffisance de son organisation de travail, elle embauche de façon récurrente des CDD dont nous souhaitons le passage en CDI et nous oblige à nous partager durant 22 semaines cette année 2 tournées de centre ville, alourdissant d’autant plus des conditions de travail déjà déplorables.

Devant un tel cynisme, nous serons de nouveau présent lundi 29 mars à 7h30 devant le bureau de Poste pour distribuer des tracts et faire signer des pétitions et nous vous invitons à venir prendre le pouls de la situation.

A Bédarieux, le 28 mars 2010

Pour tout contact: Dimitri Estimbre (06 78 25 16 51) et Marc Godard (06 99 35 36 45)

CGT et Sud Solidaires

Rappel

Le personnel de La Poste des Hauts Cantons est en grève illimitée depuis le 24 mars, tandis que celui de La Grande Motte accepte encore de discuter avec la direction avant de partir en grève si les revendications ne sont pas satisfaites. Depuis leur dernier mouvement en 2007, La Poste a fait plus que reprendre aux postiers de Bédarieux ce qui avait été acquis après 16 jours de luttes marquées par un soutien financier et matériel très important de la population et des commerçants exaspérés par la dégradation du service postal. Aujourd’hui, les postiers voient sans cesse la direction de La Poste attaquer la qualité du service et dégrader leurs conditions de travail.

Ils revendiquent principalement :

– le comblement des emplois laissés volontairement vacants, par la titularisation en CDI des emplois CDD (5 sur Bédarieux et 3 sur les autres bureaux) ;

l’arrêt des semaines de « sécabilité » : cela consiste à partager 2 tournées du centre ville entre les autres facteurs afin d’économiser des agents remplaçants ;

la prise de service maintenue à 7 h 10 car, retardée d’une heure, cela va forcément amener les facteurs à distribuer le courrier de plus en plus tard. Le courrier ainsi collecté par les facteurs risque de ne plus partir le jour même et, par exemple, les commerçants vont être amenés à poser des boîtes aux lettres et à aller chercher leurs recommandés au bureau de Poste.
(D’après un tract syndical CGT du 24 mars)

C’est sans surprise que La Poste, qui était un établissement public depuis 1991, est officiellement devenue une « Société anonyme à capitaux publics » (sic) le 1er mars 2010. Cette réforme est commune à presque tous les pays de la Communauté Européenne. Elle prépare l’ouverture totale de l’entreprise La Poste, encore dans le giron du gouvernement français, à la concurrence du marché européen du courrier (pour les plis de moins de 50 grammes), le 1er janvier 2011. Le nouveau statut de La Poste doit la rendre plus « maneuvrante » pour nouer des alliances ou effectuer des rachats. Les actionnaires piaffent à la porte de l’entreprise en voie de privatisation totale pour s’approprier le bénéfice du travail des salariés.

La plate-forme de Bédarieux (qui comprend les bureaux de Bédarieux, Olargues, Lamalou-les-Bains, Saint-Gervais et le Bousquet-d’Orb) affiche un bénéfice de 15 000 euros en 2009 (la direction parle « d’économie » et les employés parlent de « détournement » du fruit de leur travail). On sait que les entreprises évitent d’afficher des « bénéfices » exorbitants en faisant passer en perte les primes versées à la direction et à l’encadrement. Ce « bénéfice » ira rejoindre les 530 millions d’euros réalisés officiellement par l’entreprise capitaliste La Poste au niveau national, dont seuls des privilégiés verront la couleur. L’ancien service public postal est divisé en quatre branches appelées Courrier, Colis, Services financiers et « Services transversaux » (une forme de coordination provisoirement inévitable). Ce fractionnement favorise un contrôle fin de la productivité et divise le personnel.

La Société anonyme La Poste va bénéficier d’une injection d’argent public de 2,7 milliards d’euros de l’Etat et de la Caisse des Dépôts et Consignations. La rentabilisation des services s’accélère avec la poursuite de l’allégement de la présence en milieu rural, en dépit de l’obligation européenne de maintenir 17 000 points de contacts sur le territoire. La direction, « dégraisse » l’ex-service public de la poste en comprimant les emplois. Elle va profiter des capitaux de l’Etat pour moderniser son équipement et le rendre compétitif avant de lancer l’entreprise La Poste dans la jungle capitaliste. Toutes les grandes opérations de privatisation se sont déroulées en suivant ce schéma impliquant une injection massive d’argent public à une étape de la privatisation.

Cette politique a des incidences violentes pour les personnels qui refusent le maintien de postes vacants sans titularisation des CDD, les « semaines de sociabilité » (il fallait y penser !) qui consistent à diviser les tournées des agents de telle sorte que les titulaires redeviennent des remplaçants deux jours par semaine et vingt-deux semaines par an, etc. Certaines mesures nouvelles prises par la direction de La Poste, de façon bureaucratique, sont particulièrement stupides, comme, par exemple, l’organisation des « semaines de sécabilité » qui ne servent qu’à perturber gravement et alourdir le travail des agents pour réaliser une économie très discutable et marginale. La Poste prépare ainsi, à sa façon, la disparition des employés titulaires pour s’acheminer vers un parc de salariés corvéables et licenciables à merci sans protection sociale. Pour accélérer la casse du service public et activer la concurrence, des administrations comme les préfectures utilisent les services de la Deutch Post pour le traitement des plis ! Dans tous les cas, le travail des agents se complique inutilement et le temps de travail s’allonge pour un même résultat. Des situations inconnues dans le passé apparaissent : surmenage d’un nombre grandissant d’agent avec des personnes qui ne supportent plus la charge de travail. Les tensions sont perceptibles chez tout le personnel et les usagers aussi pâtissent de ces désordres voulus.

De nombreuses grèves locales des postiers se déroulent sans jamais d’appels à la grève générale des syndicats. Souvent les sites départementaux de ceux-ci tiennent à peine compte des luttes voisines. Ils n’organisent pas les coordinations les plus souhaitables, parfois dans la tradition des vieux syndicats dominés par une fraction. Il est regrettable que, tout dernièrement, l’important mouvement des postiers de Perpignan n’ait pas eu le retentissement qu’on pouvait en attendre en Languedoc-Roussillon, notamment en période électorale.

C’est dans ce contexte que les postiers de Bédarieux et de La Grande Motte partent en grève. Ceux de Bédarieux avaient déjà mené une grève de 16 jours en 2007 pour finalement obtenir satisfaction complète sur leurs critiques et revendications, dont certaines particulièrement honteuses pour la direction de La Poste (qui donnait la tournée la plus difficile à une factrice handicapée par un accident du travail, afin qu’elle démissionne et que La Poste ne lui paye pas d’indemnités !). Cette année, entre autres griefs, les postiers doivent retarder leur prise de service d’une heure pour faciliter la mécanisation du tri. Un tel problème de coordination peut être résolu très facilement par les salariés eux-mêmes ! Le capitalisme, c’est aussi l’arbitraire le plus ignoble.

Yves Dachy, le 24 mars 2010.

La CGT et Sud Solidaires précisent: « vous pouvez venir soutenir vos facteurs qui sont tous les jours, à partir de 7h30, devant le bureau de Poste« .

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