Estivales Motivées : lu dans le numéro de juillet

1/ Plage littéraire

Nous avons demandé à André Blanchemanche, critique, Lecteur insatiable et pourfendeur de tartuffes depuis toujours, de nous faire découvrir quatre romans, histoire de continuer à penser, même en été… Voici son choix (lire ci-dessous)

2/ Sous les privées, les plages. Libérons les bords de mer!

Les communes du littoral la Grande Motte, Carnon, Palavas, Villeneuve… concèdent des portions de plus en plus importantes de plage à des entrepreneurs privés qui s’en mettent ainsi plein les poches. Cela au nom des services rendus. Animations, bars, restau, parasols, matelas, et tout cela n’est pas donné ! C’est la plage à deux vitesses. Outre que les bars et restaurants installés à l’année près du littoral rendent les mêmes services, le reste pourrait être directement organisé par les municipalités.


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1/ Plage littéraire

Nous avons demandé à André Blanchemanche, critique, Lecteur insatiable et pourfendeur de tartuffes depuis toujours, de nous faire découvrir quatre romans, histoire de continuer à penser, même en été… Voici son choix.

« Les femmes » de T.C. BOYLE (Grasset).

Une œuvre que le Lecteur range d’emblée parmi les plus conséquentes au sein d’une littérature américaine d’aujourd’hui pourtant riche de très grands talents. Ne s’arrêter que sur les pages qui retracent de manière non linéaire la biographie d’un des plus grands architectes contemporains (Frank Lloyd Wright) marginaliserait le propos de l’écrivain. L’ambition de T.C. Boyle vise, en effet, à brosser le tableau d’une société refermée sur des dogmes (ou des vérités) dont elle interdit la transgression. Or, Wright transgresse. Dans son œuvre, bien entendu. Mais aussi et surtout dans ses amours hors des liens sacrés du mariage. Dans la compagnie de femmes qui, elles aussi, transgressent et mènent, chacune à leur façon, un difficile et douloureux combat pour atteindre à cette liberté que la société leur refuse. Avec, pour comparse, un assistant du Maître, un jeune japonais qui observe le monde au sein duquel il tente de faire sa place tout en se confrontant à l’hostilité (plus que la curiosité) de son environnement.

« Les femmes » s’inscrit parmi les œuvres les plus fortes, les plus signifiantes que le Lecteur ait découvert au cours de ces dernières années.

« Là-haut, tout est calme » de Gerbrand BAKKER (Gallimard).

Un choc. Le Lecteur entend par là une rencontre dont il n’attendait rien de particulier. Mais dont au terme de son parcours d’un peu plus de 300 pages, Il se retrouve cul par dessus tête. Bousculé qu’il fut par l’histoire de ce paysan hollandais qui survit en la seule compagnie d’une vingtaine de vaches et de génisses, d’autant de brebis, de quelques poules et deux ânes. Dans la proximité du père grabataire qu’il a exilé dans une chambre remplie des quelques souvenirs familiaux.

Bakker décrit avec une stupéfiante économie de moyens la lente, l’inexorable agonie d’un monde, celui de la ruralité. Âpre, dur, brutal, taiseux, ce monde-là. D’autant plus âpre, dur, brutal, taiseux que, comme le chanta Brel, « la vie ne fait pas de cadeaux« . Ici, dans ce roman, la mort accidentelle du frère, du jumeau.

Un roman à la flamande, avec des couleurs à la Bruegel, et de petites gens enclos dans des espaces fermés dont la mer n’est jamais bien loin, de petites gens soumis aux frimas, mais que réjouissent et qu’exaspèrent les heures flamboyantes des étés. Des contrées où l’on attend la mort, cette mort à laquelle on se résout, on se soumet. Sauf à s’évader, pour quelques jours, pour une très provisoire éternité, vers des contrées encore plus septentrionales.

« Sous la tonnelle » de Hyam YARED (Sabine Wespieser).

Une prodigieuse histoire d’amour merveilleusement contée. Dans le contexte de ce Moyen Orient où de guerres en génocide(s), les mémoires entremêlent d’indicibles souffrances. Dans ce Liban où se confrontent et s’affrontent celles et ceux qui n’ont pourtant pas d’autre solution que de vivre ensemble. Le roman de Hyam Yared inscrit les destinées de celle et de celui qui jamais ne furent amants durant tout ce temps qui se conjugue aux convulsions de l’Histoire. Celle et celui qui jamais ne furent amants mais qui s’aimèrent jusqu’à l’éblouissement.

Point d’eau de rose, cependant. Puisque l’Histoire et ses drames à répétition ne concédèrent pas le moindre répit. Et tant pis pour les quelques outrances que le Lecteur, dans les instants de sa lecture, considéra comme superflues. Des outrances qui comptent si peu devant l’intensité bouleversante du récit. Un récit qui n’édulcore rien. Qui évoque les abominations avec retenue, avec pudeur.

« Sous la tonnelle » offre un vrai moment de grande littérature.

« La Lumière et l’Oubli » de Serge MESTRE (Denoël).

L’histoire de deux jeunes filles qui, au tout début des années cinquante, fuient dans de rocambolesques circonstances l’Espagne de Franco. Et c’est d’un seul coup la Guerre d’Espagne qui lui revient en pleine gueule, au Lecteur. Dans un roman qui entremêle l’Histoire et la fiction. Un roman qui rappelle que soixante ans plus tard, la guerre civile continue à peser puisqu’elle survit dans les mémoires des deux protagonistes. Tant et si bien qu’il s’est essayé à démêler le vrai du faux, à rechercher les traces des disparus, celles et ceux qui furent massacrés au nom d’un dieu et d’une Espagne à l’éternité si relatives.

Bien évidemment, le roman ne se résume pas à cette seule approche-là. Ce roman raconte le parcours des deux jeunes évadées qui, dans le pays qui accueillit avec tant de réticence les réfugiés et qui en livra tant et tant à l’Allemagne nazie, atteindront à l’âge de femme sans avoir rien oublié des souffrances endurées, des humiliations subies.

La société du consensus au sein de laquelle survit le Lecteur s’évertue à « apaiser » la relation des conflits d’hier pour, dit-elle, que ne se ravivent les plaies. Il est bien, il est sain, il est moral, il est donc utile que des écrivains prennent le risque de rappeler qu’au cours de ces guerres, il y eut d’un côté le camp du Bien et de l’autre le camp du Mal. Et que si le camp du Bien ne fut pas exempt, loin de là, de reproches, c’est du côté du camp du Mal que s’accumulèrent les pires des abominations.

André Blanchemanche

2/ Sous les privées, les plages. Libérons les bords de mer!

Les communes du littoral, la Grande Motte, Carnon, Palavas, Villeneuve… concèdent des portions de plus en plus importantes de plage à des entrepreneurs privés qui s’en mettent ainsi plein les poches. Cela au nom des services rendus. Animations, bars, restau, parasols, matelas, et tout cela n’est pas donné ! C’est la plage à deux vitesses. Outre que les bars et restaurants installés à l’année près du littoral rendent les mêmes services, le reste pourrait être directement organisé par les municipalités.

La plage est un bien public inaliénable. En attendant que les municipalités ne la bradent pas, on peut au moins faire respecter la loi de «  libre usage d’accès à la mer »

Nous soutenons l’initiative de l’association  Sauvons la plage libre qui vise à dénoncer les abus en testant les plages privées.

Écrivez nous pour nous signaler tous les abus dont vous avez été témoins (en donnant tous les détails : lieu, nom de la plage, date, heure, photos…).

Installez-vous devant les matelas des plages privées (avec un parasol) et attendez de voir la réaction des plagistes. Si on ne vous dit rien tant mieux, cela veut dire que la/les plage(s) respecte(nt) la loi en laissant le libre usage du bord de mer. Si on vous demande de partir, insistez, en restant le plus courtois possible mais en invoquant votre droit. « http://sauvonslaplagelibre.free.fr/ »

JCC

Pour mieux connaître Motivées…et, pourquoi pas, vous abonner

https://www.resistons.net/index.php/2010/07/04/734-motivees-n105-ete-2010

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