Années 70 : gardarèm lo Larzac !

Aveyron. 40 ans de lutte sur le Larzac : le Causse des grandes causes (Midi Libre)

20 décembre : Léon, l’indigné du Larzac (Midi Libre)

21 décembre : 40 ans de lutte sur le Larzac : Michèle Vincent raconte (Midi Libre)

22 décembre : 40 ans de lutte sur le Larzac : les images fortes (Midi Libre)

23 décembre : Larzac : sa maison explose en 1975, elle raconte (Midi Libre)

C’était il y a 40 ans, sur le plateau du Larzac. Pour un épilogue dix ans plus tard. Un soir de 1971, Michel Debré, alors ministre de la Défense, avait sans le savoir mis le feu aux poudres.

L’article intégral19_12_11_Larzac.jpg

Larzac : 1 000 km2, des brebis et des hommes (Midi Libre)

Christian Rouaud, réalisateur de « Tous au Larzac » : « On peut faire bouger les choses » (Midi Libre)

Léon, l’indigné du Larzac (Midi Libre)

40 ans de lutte sur le Larzac : Michèle Vincent raconte (Midi Libre)

40 ans de lutte sur le Larzac : les images fortes (Midi Libre)

Larzac : sa maison explose en 1975, elle raconte

A lire aussi

A propos de l’étude de Pauline VUARIN,
Larzac 1971-1981 : la dynamique d’une lutte originale et créatrice,
Université de Paris-I, Mémoire de maîtrise d’histoire contemporaine,
sous la direction d’Annie Fourcaut et de Frank Georgi, octobre 2005, 144
p.
août 2006*

Notons tout d’abord la forme
presque parfaite de ce mémoire – orthographe et style -, ce qui en rend
la lecture particulièrement agréable. Par ailleurs, l’auteure, en tant
que fille d’un des militants des Comités Larzac, a pu accéder à des
archives de premier ordre conservées dans la famille : communiqués de
presse, chansons, journal des paysans (Gardarem lo Larzac) et même
documents de préparation des actions et des rassemblements. Elle n’a pas
négligé les sources audiovisuelles – films réalisés sur le plateau – et
est allée voir certains anciens acteurs.

Ceci donne une étude complète d’une décennie qui a vu, à plusieurs
reprises, des milliers de manifestants troubler la quiétude de ce causse
magnifique et étrange. Il faut dire que l’Etat gaulliste avait la
volonté de faire passer le camp militaire de 3000 à 17 000 hectares, ce
qui aurait entraîné l’expropriation de 103 paysans, éleveurs de brebis
travaillant pour les caves d’affinage de Roquefort. Aussitôt la nouvelle
connue, à la fin de l’année 1971, les notables, section départementale
de la Fédération nationale des exploitants agricoles (FDSEA), évêque de
Rodez, élus locaux de droite, soutiennent les paysans, le département de
l’Aveyron étant déjà victime de désertification. Mais les Maoïstes s’en
mêlent aussi : à l’aide d’explosifs qui ressemblent à des pétards, ils
tentent de saboter un hélicoptère de l’armée ou lancent quelques
cocktails Molotov sur la permanence du parti gaulliste et sur le local
de la CGT ! Manifestement ce n’est pas la bonne méthode. Lanza del Vasto
et les membres de sa communauté de l’Arche, par leurs grèves de la faim
répétées, seront plus en accord avec l’ethos des paysans. Toujours
est-il que la mayonnaise prend : les rassemblements organisés sur le
Larzac, les 25-26 août 1973, avec la présence des Lip, et les 17-18 août
1974, en solidarité avec le Tiers monde, seront d’étonnants succès
(80.000 et 100.000 personnes).

Les paysans ont compris que pour gagner,
il fallait lier leur lutte à celle des ouvriers ou à celle des paysans
du Tiers monde. Et donc, malgré l’expérience malheureuse de 1971, tous
les soutiens sont les bienvenus, y compris ceux des groupes gauchistes.
La Ligue communiste (LC) et son organisation sœur britannique,
l’International Marxist Group (IMG), sont présentes à Rodez le 14
juillet 1972 contre la militarisation de l’Europe – le camp devait
servir à entraîner les chars anglais utilisés contre les républicains
irlandais -, ce qui échappe à l’auteure (voir mon livre sur la LCR,
p.190). Plus impliqués dans le soutien à cette lutte sont les militants
de la Gauche ouvrière et paysanne (GOP), une tendance maoïsante du PSU,
dirigée par Marc Heurgon et Abraham Béhar ; elle le quittera en décembre
1976 pour constituer avec les militants de Révolution !, eux-mêmes
scissionnistes de la Ligue, une éphémère OCT (Organisation communiste
des travailleurs).
Certes l’auteure nous avertit dans son titre qu’elle va parler surtout
de la « dynamique » de la lutte – et elle le fait magnifiquement
jusqu’à la fin de la décennie -, mais on ne peut s’empêcher de regretter
qu’elle ne nous parle pas davantage des « acteurs » : les militants de
la GOP en premier lieu, dont son père Pierre faisait partie, mais aussi
les paysans du Larzac et les néo-ruraux, ces squatteurs venus
s’installer à demeure. Parmi eux José Bové, dont la silhouette fugace
apparaît dans ce mémoire (p.77). Pour maintenir vivante la lutte,
l’imagination des militants est inépuisable : de la création du CUN
(Centre de rencontres et de recherches sur la paix et la non violence)
par des objecteurs de conscience à celle de Larzac-Université avec la
participation active de l’historien Jean Chesneaux (et son association
Forum-histoire). 

Par sa durée, cette lutte relativement atypique en France fait penser à
celle des paysans japonais en lutte contre l’extension de l’aéroport de
Narita, près de Tokyo. On apprend d’ailleurs qu’une délégation de ces
paysans a été reçue sur le plateau. Inventivité, ténacité, courage ont
payé. Dès son arrivée au pouvoir, la gauche renonce au projet
d’extension du camp. Autre leçon de ce combat : seule l’utilisation de
méthodes de lutte en adéquation avec le milieu paysan local a pu
maintenir l’union et aboutir à la victoire.

Repris du site Dissidences

Illustration : contralarmada.jpg

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