Mercredi 22 juin. Café MotivéEs à Montpellier : L’Espagne en mouvement

C’est à 19 h au local du NPA, 14 rue du Commerce, avec une
militante espagnole du mouvement des «  indignados »
Sandra
Ezquerra.

On mange sur place, repas complet servi pour 5 euros.

L’Etat
espagnol connaît de puissants mouvements de contestation dont de
nombreux aspects rappellent les révolutions arabes (mouvement d’en bas,
occupation des places…).
« Jovenes sin futuro », « democratia
real, ya », « indignados » » mobilisent des dizaines de milliers de
personnes et bouleversent la situation politique espagnole. Le 19 juin à
l’appel des « indignados » des centaines de milliers de personnes ont
occupé la rue pour dénoncer les coupes budgétaires et refuser de payer
la crise. Ce mouvement se projette aussi dans l’avenir en proposant une
journée de manifestation européenne le 15 octobre
Le NPA 34 considère de la première importance de comprendre les raisons et la dynamique de ce « mai 68 » espagnol.
C’est l’objet du « café Motivé-e-s » du mercredi 22 juin.
Pour
animer ce débat, il a invité Sandra Ezquerra d’Izquierda
Anticapitalista de Barcelone, jeune militante très impliquée dans le
mouvement.

Ci-dessous des infos sur le 15 juin en Catalogne et le 19 juin à Madrid.

22 06 11 : La Grèce au JT : de la révolte invisible à la nécessaire austérité (Acrimed)

21 06 11 : 19 juin. A Madrid, plus de 45 000 indignés dénoncent le « Pacte pour l’euro » (AlterEcho)

Les Indigné-e-s devant le Parlement. Notes sur la journée du 15 Juin à Barcelone (Esther Vivas et Josep Maria Antentas)

Pourquoi le mouvement des « indignés » reste limité en France (Le Monde)

Nîmes. « On a dépassé l’indignation, nous sommes en révolte ! » (Midi Libre)

En Grèce, le «peuple des places» conteste le système politique par Stathis Kouvélakis (Libération)

Manifestations du 19 Juin dans l’Etat
espagnol : Indignation massive!

par Josep Maria Antentas et Esther Vivas

La mobilisation des «Indignées» a une fois de plus dépassé toutes
les prévisions en prenant massivement les rues et en démontrant le
gouffre existant entre les masses et les institutions. Du 15 Mai
au 19 Juin, le mouvement a accumulé des forces et tissé des
convergences, non seulement au niveau local (campements et
assemblées de quartiers) mais également avec de larges secteurs
sociaux qui s’identifient désormais avec sa critique radicale de
la caste politicienne et du système bancaire et financier coupable
de la crise actuelle. Le slogan «Nous ne sommes pas des
marchandises dans les mains des politiciens et des banquiers»
synthétise ces deux axes.

Les Indignées ont, sans ambiguïtés, pointé du doigt ceux qui ont
abdiqué face aux «marchés» et qui, tout en exigeant l’austérité
pour les autres, ne se l’applique pas à eux-mêmes. «Nous voulons
des politiciens qui gagnent 1000 euros!» était l’un des slogans
les plus applaudis avec ferveur dans la manifestation. La
démocratie actuelle est de plus en plus vide de contenu pour des
citoyens qui ont la volonté d’avoir un pouvoir de décision et de
contrôle sur leur propre vie. Une élection tous les quatre ans, ce
n’est pas suffisant pour ceux et celles qui exigent que la
politique soit désormais l’exercice quotidien de leurs droits et
cela de bas en haut.

Après l’action de blocage du Parlement catalan du 15 juin dernier,
la campagne de calomnies médiatique n’a pas réussi à freiner
l’indignation sociale collective qui dépasse largement ceux et
celles qui étaient présents dans les campements. Celui qui pense
que ce mouvement est le fait de jeunes et d’activistes se trompe.
Tout comme celui qui considère qu’il n’est qu’un simple problème
d’ordre public. Les contestataires de toujours sont devenus une
multitude. Deux années et neuf mois de crise pèsent de tout leur
poids. Le mouvement exprime ainsi un courant très profond, un
malaise social qui a finalement jailli à la lumière du jour et
cela, comme d’habitude, de manière imprévue et avec des formes
inédites. Nous ne sommes pas en face d’un phénomène conjoncturel
ou passager, mais bien devant les secousses d’un nouveau cycle de
mobilisations dont le 15 Mai et les campements n’ont été que les
prémisses.

Du 15 Mai au 19 Juin, ce mouvement a récupéré la confiance dans
l’action collective. On est passé du scepticisme et de la
résignation au «oui, on peut!». Les révoltes dans le monde arabe,
les mobilisations en Grèce et le «nous ne paierons pas la crise»
du peuple islandais ont imprégné l’imaginaire collectif et ont
donné son impulsion à ce mouvement qui redonne confiance dans les
solutions collectives. La «globalisation des résistances» du
mouvement alterglobaliste d’il y a dix ans connaît ainsi un
renouveau, mais dans un contexte très différent, déterminé par la
crise.
 
Après la journée du 15 juin, au cours de laquelle le mouvement a
du disputer sa légitimité, le 19 juin se présentait comme un test
pour démontrer sa solidité face aux coups reçus. Il s’agissait de
traduire en action dans la rue les sympathies populaires qu’il
avait éveillées. Et tel fut le cas. Le 19 juin a démontré
l’ampleur du mouvement, sa capacité de mobilisation des masses et
son élargissement explosif en un laps de temps très court. Sa
croissance, par rapport au 15 mai, n’est pas seulement
quantitative, mais aussi qualitative, en termes de diversification
de sa base sociale et de sa composition générationnelle.

Et maintenant? Les défis du mouvement passent par un renforcement
de son enracinement territorial, dans sa capacité à renforcer les
assemblées locales et établir des mécanismes de coordination
stables. Il s’agit également d’établir des liens avec la classe
ouvrière, les secteurs en lutte et le syndicalisme de combat, et
de maintenir ainsi la pression sur des syndicats majoritaires
déconcertés par un changement du panorama politique et social
qu’ils n’avaient pas prévu. Il est en outre nécessaire d’obtenir
des victoires concrètes. La perturbation de plusieurs tentatives
d’expulsions de logements, bien qu’il s’agisse de petits triomphes
défensifs, montre la voie à suivre et apporte de nouvelles
énergies. Plus généralement, le mouvement a devant lui le défi
d’articuler son caractère généraliste, de critique globale du
modèle économique et politique actuel, avec le renforcement des
luttes sociales concrètes contre l’austérité et les politiques qui
veulent faire payer les coûts de la crise à ceux et celles d’en
bas.

Le 19 juin a marqué un nouveau tournant. Un tournant qui culmine
la première phase ouverte par le 15 Mai et qui prépare l’étape
suivante d’un mouvement qui n’a fait que commencer.

*Josep Maria Antentas est professeur de sociologie à l’Universitat
Autónoma de Barcelona (UAB). Esther Vivas participe au Centre
d’Études sur les Mouvements Sociaux (CEMS) de l’Universitat Pompeu
Fabra (UPF). Tous deux sont membres de la Gauche Anticapitaliste
(Izquierda Anticapitalista) à l’Etat espagnol, rédacteurs à la
revue Viento Sur et auteurs de «Resistencias Globales. De Seattle
a la Crisis de Wall Street» (Editorial Popular, 2009).
**Article publié dans le quotidien El País, 20/09/2011.
***Traduction française par Ataulfo Riera pour le site www.lcr-lagauche.be

Une entrevue (en espagnol) de Sandra Ezquerra dans le quotidien catalan La Vanguardia : Sandra Ezquerra: « El 15M ha logrado sacar a la calle miles de personas que no se levantaban del sofá »

Indignados

Photo : Sandra Ezquerra

Sur la situation du mouvement des Indignados dans l’Etat espagnol et ses perspectives :

Le mouvement des indigné-e-s: passer à
l’étape suivante

par Josep Maria Antentas et Esther Vivas*

Cela fait déjà quatre semaines. Quatre semaines que le paysage
politique et social dans tout l’Etat espagnol a été bouleversé par
l’irruption d’un mouvement que personne n’attendait. Ce mouvement
a déjà à son actif quelques victoires politiques face à la Junte
Electorale d’abord, et face à la tentative d’expulsion du camp de
Barcelone ensuite. Et, surtout, il a mis fin à la passivité
résignée face aux attaques contre les droits sociaux.

Après d’intenses journées d’activisme, la fatigue et l’épuisement
laissent des traces dans les campements. Les difficultés de
gestion de plusieurs d’entre eux sont notoires. Leur temps
s’achève. Car ces campements et occupations de places ne sont pas
une fin en soi. Ils ont agit à la fois comme symboles de
référence et bases d’opération, comme des points d’appui afin
d’impulser les mobilisations de demain et comme haut-parleurs pour
amplifier celles d’aujourd’hui. Lever ces camps dans une position
de force, volontairement, sans entrer dans une spirale en déclin
comme certains signes le laissaient déjà entrevoir, tel est le pas
à faire maintenant. Et c’est ce pas qui est actuellement suivi,
avec difficulté, dans de nombreux campements.

Le défi est d’être capable de gérer le succès afin de passer à la
phase suivante en utilisant l’énergie et l’impulsion des
campements pour continuer à avancer. Des campements et occupations
des places émerge ainsi un calendrier de mobilisations immédiates.
Elles doivent permettre à la fois de faire culminer la phase
ouverte par le 15 mai et marquer l’entrée dans la phase suivante,
pour commencer à déplacer le centre de gravité du mouvement.

Premièrement, il y a les mobilisations qui se déroulent ce samedi
11 juin dans de nombreuses localités à l’occasion de l’entrée en
fonction des nouvelles majorités régionales et  municipales, et
cela à la suite des rassemblements qui ont été durement réprimés
devant le Congrès (de la communauté autonome, NdT) de Valence ce 9
juin, avec l’investiture du nouveau gouvernement régional de
droite.

En second lieu, il y a les mobilisations devant les sièges de
plusieurs institutions contre les politiques d’austérité, à la
suite des rassemblements du 8 juin face au Parlement à Madrid
contre la réforme des négociations collectives, et celui du
vendredi 10 juin face au siège du Ministère du Travail. Parmi les
rassemblements prévus, ceux des 14 et 15 juin devant le Parlement
catalan, pour y organiser un campement et un blocage, sont
particulièrement importants.

Une mobilisation réussie le jour où la session du Parlement
commence à discuter du budget peut constituer un moment clé dans
les luttes contre l’austérité qui secouent depuis plusieurs mois
la Catalogne, surtout dans les secteurs de la santé et de
l’enseignement. Cela pourrait constituer une référence pour de
futures mobilisations dans d’autres communautés autonomes lorsque
ces dernières commenceront également à se pencher sur des mesures
d’austérité à partir de l’automne prochain.

En troisième lieu, il est nécessaire de préparer la journée de
manifestations du 19 juin (19J) dans tout l’Etat espagnol et dont
le thème général proposé par le campement de Barcelone est «La rue
est à nous. Ne payons pas leur crise». Ce rendez-vous devrait
permettre de traduire dans la rue les sympathies suscitées par les
campements et les occupations et de renforcer ainsi la dimension
de masse du mouvement. Le défi du 19 juin est de pouvoir montrer
l’élargissement politique et social du mouvement par rapport à la
journée du 15 mai.

Au-delà de ces mobilisations immédiates, il faut également fixer
une feuille de route pour l’étape suivante. Il est également
nécessaire d’élaborer en ensemble de revendications de base qui
combinent un discours général de critique face au modèle
économique actuel et à la caste des politiciens, dans l’esprit du
slogan central de la journée du 15M : « Nous ne sommes pas des
marchandises aux mains des politiciens et des banquiers » et avec
des propositions concrètes. A défaut d’un cahier de revendications
communes à tous les campements, celui de Barcelone semble le plus
consistant du point de vue politique et constitue un bon point de
départ et de référence revendicative pour l’avenir.

Dans cette nouvelle période, on ne peut perdre de vue le caractère
de référence symbolique qu’ont acquis les campements et les
occupations des places. Maintenir ces symboles, en tant que
«mémoire» et élément de continuité, est très important. De là la
volonté de nombreux campements qui ont décidé de se dissoudre tout
en maintenant une petite infrastructure sur les places (des points
d’information) et d’y organiser régulièrement des assemblées.

Les chemins à prendre pour les prochains moins semblent clairs.
Premièrement, renforcer l’enracinement territorial du mouvement,
renforcer les assemblées locales et établir des mécanismes de
coordination stables. Il sera nécessaire de trouver une méthode
capable de combiner l’enracinement local et les activités
unificatrices, sans tomber dans la dispersion d’objectifs. La
proposition d’une consultation populaire qu’ébauchent certains
activistes de la Plaza de Catalunya pourrait permettre, avec
d’autres initiatives, d’atteindre un tel objectif.

Deuxièmement, établir des liens avec la classe ouvrière, les
secteurs en lutte et le syndicalisme de combat et maintenir ainsi
la pression sur les syndicats majoritaires, déconcertés par un
changement du panorama politique et social qu’ils n’avaient pas
prévu. Le défi est de porter l’indignation dans les lieux de
travail, où la peur et résignation prédominent toujours.

Troisièmement, préparer la journée du 15 octobre, comme date de
mobilisation unificatrice en cherchant en outre à la transformer
en une journée d’action globale et un moment décisif pour
l’internationalisation du mouvement.

Quatrièmement, combiner le développement d’un mouvement
généraliste, le «mouvement des indigné-e-s» qui fait une critique de
l’ensemble du modèle politique et économique actuel, et son
articulation avec des luttes concrètes contre l’austérité et les
politiques qui visent à faire payer la crise aux
travailleurs-euses.

Une étape s’achève et une autre commence. Sans que l’on s’en rende
compte, nous avons dans les mains un mouvement dont on commence
seulement à découvrir tout le potentiel.

*Josep Maria Antentas est professeur de sociologie à l’Universitat
Autónoma de Barcelona (UAB). Esther Vivas participe au Centre
d’études sur les mouvements sociaux (CEMS) de l’Universitat Pompeu
Fabra (UPF). Tous deux sont membres de la Gauche Anticapitaliste
(Izquierda Anticapitalista), rédacteurs à la revue «Viento Sur» et
auteurs de «Resistencias Globales. De Seattle a la Crisis de Wall
Street» (Editorial Popular, 2009).

 **Traduction française par Ataulfo
Riera pour le site www.lcr-lagauche.be

+ info: http://esthervivas.wordpress.com/francais

Indignés

Illustration : PPSOE* porra firme. ¡Lo llaman democracia y no lo es! (PPSOE*,la matraque au garde à vous. Ils appellent ça démocratie et ça ne l’est pas !)

* PPSOE : fusion des sigles PP (droite) et PSOE (socialistes) qui pratiquent depuis 1982, 7 ans après la mort de Franco, l’alternance capitaliste-libérale en Espagne.

Sous le poing à la matraque, on lit « PSOE ou comment se motiver pour obéir »

Tiré de Rebelión, un site que l’on ne peut que recommander à ceux qui comprennent l’espagnol : http://www.rebelion.org/

Trois autres sites tout aussi dignes d’intérêt pour tous ceux qui pensent et agissent « alternative » :

. celui de nos camarades d’Izquierda Anticapitalista : http://www.espacioalternativo.org/

. celui de Diagonal

. celui de Kaosenlared

Il y a enfin deux autres sites liés à des mensuels critiques de l’existant :

Sin Permiso

Viento Sur

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Ensemble 34
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