J’accuse le ministre de l’Education Nationale (Alain Refalo)

Alain Refalo, «enseignant du primaire en résistance» [dans l’Académie de Toulouse] et initiateur du
mouvement des enseignants-désobéisseurs
, adresse un réquisitoire
cinglant à Luc Chatel, accusé malgré les 17.000 recrutements annoncés de «démanteler
l’école publique». (Mediapart)

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L’exigence
de vérité commande de prendre à nouveau la parole pour mettre en
accusation les fossoyeurs de l’école publique, au premier rang
desquels celui qui a en charge le ministère de l’Education
Nationale. L’annonce de l’embauche de 17 000
«enseignants» par le biais de Pôle Emploi, alors que
16 000 postes de titulaires sont supprimés révèle, une fois
encore, la supercherie et l’imposture d’une politique misérable
qui sacrifie une génération d’élèves sur l’autel des
restrictions budgétaires et d’une idéologie des puissants qui ont
programmé la mort du service public d’éducation. C’est
désormais une évidence: ce ministère a renoncé à tous les
principes éthiques et déontologiques qui lui assuraient une
légitimité pour être la voix de l’Education Nationale.
 

J’accuse
le ministre de démanteler l’école publique en rayant de la carte
1 500 classes à la prochaine rentrée scolaire et en supprimant 16
000 postes d’enseignants, tout en privilégiant les embauches de
personnes précaires non formées.

J’accuse
le ministre de mentir à l’opinion publique, aux parents d’élèves
et aux enseignants en faisant croire qu’il est possible de faire
mieux avec moins, en clamant que l’école publique remplira mieux
sa fonction avec moins d’enseignants qualifiés et plus d’élèves
en difficulté dans les classes.

J’accuse
le ministre de conduire une politique éducative réellement
assassine qui, par des «réformes» irresponsables,
tue le métier d’enseignant, tue le désir d’enseigner, tue le
plaisir d’apprendre et finalement tue l’école de la République.

J’accuse
le ministre d’avoir rompu durablement, après les désastreuses
initiatives de son prédécesseur, l’indispensable lien de
confiance entre l’autorité hiérarchique, l’encadrement
intermédiaire et les enseignants du primaire, lien de confiance sans
lequel il est impossible de construire quotidiennement une école du
progrès pour tous.

J’accuse
le ministre de double langage sur le droit à l’innovation
pédagogique dans les classes et les écoles: d’un côté, il
l’encourage, forums institutionnels à l’appui, de l’autre il
le brime en imposant des programmes rétrogrades, des évaluations
nationales formatées et des dispositifs de «soutien»
en trompe-l’œil qui ont pour effet de standardiser les pratiques
des enseignants au mépris de la liberté pédagogique garantie par
la loi.

J’accuse
le ministre de non assistance à professeurs en danger lorsqu’il
les laisse seuls et désemparés affronter incivilités et violences
ou lorsqu’il fait peser sur eux un stress permanent via un
management de la hiérarchie aux injonctions souvent contradictoires.

J’accuse
le ministre de mépriser les jeunes enseignants lorsque, sans aucune
formation pédagogique et professionnelle, il les envoie «désarmés»
et à leurs risques dans «l’arène» de la classe,
négligeant les conséquences pour leurs élèves.

J’accusele ministre de refuser d’investir dans l’éducation à la
non-violence dès l’école en préférant les mesures dites
«sécuritaires» qui insécurisent durablement les
personnels et les élèves car elles montrent chaque jour leur totale
inefficacité.

J’accuse
le ministre de mener une politique qui porte atteinte aux droits de
l’enfant en autorisant le fichage informatisé des élèves dès la
maternelle, par le biais du fichier Base
Elèves
et du Livret
Personnel de Compétences
, outils illégitimes
et illégaux du contrôle social des populations.

J’accuse
le ministre de vouloir influencer la jeunesse de ce pays en imposant
à la rentrée prochaine le retour de la phrase de morale écrite sur
le tableau noir ainsi que l’apprentissage et le chant de La
Marseillaise
, alors
que c’est d’éducation citoyenne dont nous avons besoin pour
construire l’indispensable vivre-ensemble pour une société
réellement solidaire.

J’accuse
le ministre de vouloir caporaliser les enseignants du primaire en
exigeant leur obéissance inconditionnelle à des injonctions
hiérarchiques qui constituent un reniement de l’éthique de leurs
missions.

J’accuse
le ministre d’ordonner aux inspections académiques de poursuivre
les enseignants du primaire en résistance, de sanctionner les
enseignants-désobéisseurs, tels François Le Ménahèze à Nantes,
symbole remarquable de la résistance éthique et responsable aux
dérives et mensonges d’une hiérarchie incompétente.

J’accuse
enfin le ministre de se mentir à lui-même
et de porter tort à la fonction qu’il occupe.

Nul ne
saurait emprisonner indéfiniment les consciences. Aujourd’hui,
celles-ci sortent progressivement de leur léthargie. Cette
indignation éthique qui monte représente une formidable espérance.
Elle annonce la révolte salutaire dont notre société a plus que
jamais besoin pour dessiner l’à-venir de notre école sous les
couleurs de la générosité, du respect et de la solidarité.

La tribune dans Mediapart

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Illustration : desobeissance.jpg

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