Montpellier, lundi 27 mai : «Harcelé à perdre la raison» , projection débat 20h salle Rabelais

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Projection/debat salle Rabelais, boulevard sarrail Montpellier

Organisee par ACHM 34 & les amis de l’Huma




« Harcelé à perdre la raison »
raconte la descente aux enfers jusqu’au drame final de Jean-Michel Rieux.
Jardinier municipal à Béziers, il fut rendu fou de désespoir par le harcèlement
de ses supérieurs  et de quelques collègues. Le harcèlement a commencé après
qu’il aie refusé d’adhérer au syndicat « maison », lui préférant la
CGT. 

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Projection/debat salle Rabelais,boulevard sarrail Montpellier

Organisee par ACHM 34 & les amis de l’Huma

Le lundi 27 mai 2013 a 20h





      
«
Harcele a perdre la raison »

       Un film de daniel kupferstein durée 90 minutes

      
Le film retrace la lente descente aux enfers
de
Jean Michel Rieux employé communal dans le service espaces verts a la mairie de Beziers

      
Au dela du terrible drame
qui s
est deroule en 2003, cest toute la mecanique du harcelement au travail qui est decortiquee
grace aux temoignages
des membres de la famille, des amis et collegues de travail

Alors que lactualité nous renvoie regulierement a des cas de souffrance au travail
et a des suicides
, il est utile de
montrer
quun processus de harcelement peut amener au pire


Conf_Montpellier_27_mai_1_.jpgProjection suivie d’un débat avec





– Daniel
KUPFERSTEIN
, Réalisateur du
film,

Daniela SCHWENDENER, médiatrice pénale, généraliste,
en entreprise, consultante souffrance et travail


– Docteur Marie Hélène DELHON, qui présentera et dédicacera
son livre 
« Du désastre professionnel au parti-pris judiciaire, Le cas Jean Michel RieuxObservation du médecin du travail »

– Angélina ABELLA, vice Présidente d’ACHM 34

 Monique et Gérard RIEUX, parents  

Ci-dessous, un article de Françoise Degert paru dans Médiapart

voir en ligne : ici


«Harcelé à perdre la raison» , ou la terrible souffrance du jardinier

Il est rare de voir un documentaire avec autant d’émotion. « Harcelé à perdre la raison » dévoile la descente aux enfers de Jean-Michel Rieux, jardinier municipal, rendu fou de désespoir par le harcèlement de ses supérieurs hiérarchiques et de quelques collègues. Il tuera sa femme et ses deux enfants en 2003, et se pendra dans sa cellule quelques jours plus tard.

Ce n’est pas un simple drame. Le film retrace chronologiquement les évènements, l’engrenage de la mise à l’écart, l’isolement, la déshumanisation de celui qui aimait son métier, le faisait avec conscience, compétence. Jean-Michel Rieux avait choisi d’être jardinier et avait étudié en conséquence. Il aimait la nature, soutenait l’écologie, pêchait à la ligne. Il était heureux au travail et en famille, adorait sa femme et ses enfants, partageait ses loisirs avec ses amis. Il était doux, absolument pas déprimé. Jusqu’à ce qu’en 1999, son chef de service lui suggère d’adhérer à FO, « le syndicat maison » précise son père, Gérard Rieux. Déclinant l’invitation, il a préféré la CGT. Les ennuis ont commencé.

Mort à l’intelligence

Dès lors, sa carrière est entravée, ses congés maladie consécutifs à un accident deviennent suspects aux yeux de quelques collègues puis de ses supérieurs hiérarchiques. Injustices et vexations se multiplient. Il ne peut achever la formation qu’il avait entamée. Il ne peut plus faire de propositions constructives sur son travail sans qu’elles soient vécues comme des agressions. La hiérarchie ordonne à ses collègues de ne plus lui parler. C’est l’isolement, la mise à l’écart, sans donner d’explications. Progressivement, l’administration parle de « comportement posant problème », puis se focalise sur « le cas » Jean-Michel Rieux, tout en fermant les yeux et les oreilles sur le service des espaces verts. 

Chronique du fascisme ordinaire

Or le climat y est délétère, pour lui même comme pour ses collègues soumis à la bêtise humaine la plus noire, au racisme, au fascisme ordinaire. Jean-Michel Rieux affronte seul les moqueries incessantes vis à vis d’un handicapé qu’il est de bon ton de relayer si l’on ne veut pas d’ennuis. Il ne rit pas non plus de la plaisanterie quotidienne exigeant que l’un d’eux, le plus faible, toujours le même,  baisse son pantalon pour vérifier « qu’il en a ». Lui même fait l’objet d’attaques racistes car sa femme est d’origine algérienne. Un tract placardé pendant trois semaines dans le vestiaire des espaces verts, inaccessible car mis sous clé, instaure un nouveau permis de conduire : « si vous écrasez un Arabe : + 2 points, le couple : + 3 points, la femme avec la poussette : +… ». Alertée par Jean-Michel Rieux, le médecin du travail, Marie-Hélène Delhon, peine à recopier cette infamie et cherche à rencontrer le chef de service sur le champ. Peine perdue, il est absent.

La peur en guise de management

 La peur suinte sur l’écran où l’on voit des collègues témoigner de dos, sans visage.  Ils dévoilent ainsi ces faits devant la caméra, bien qu’ils aient tous été promus après le suicide collectif pour qu’ils se taisent. Certains veulent oublier, d’autres n’y arrivent pas, beaucoup craignent d’être à leur tour harcelés. On découvre, par ces témoignages filmés, que ce type de management n’est stoppé que par la menace physique. Un agent du service, à qui certains répétaient que sa femme le trompait avec n’importe qui, est arrivé un matin avec son fusil. Il a été hospitalisé sur le champ, puis le jeu s’est calmé, la peur a changé de camp. Malgré son refus, Jean-Michel Rieux a été muté d’office à la déchetterie et relégué à l’isolement. Tout un symbole pour celui qui aimait les plantes et la nature. Il prendra son poste le 6 janvier 2003 avant d’être arrêté pour dépression. Le 28 février, il poignarde sa femme, ses enfants et tente de mettre fin à ses jours. Il y parviendra en prison le 12 mars 2003. En terme médical, Jean-Michel Rieux a été victime d’une « décompensation ».

La violence et le droit

Jean-Michel Rieux n’est pas mort couché. Pendant plus de trois ans, il a alerté l’administration, la municipalité. En vain.  Seuls quelques délégués CGT et le médecin du travail, Marie-Hélène Delhon, l’ont entendu, sont intervenus. En vain également.  Après les tragiques évènements, Marie-Hélène Delhon a été dénigrée par l’administration, et finalement «  remplacée ». La famille a voulu faire condamner le harcèlement de Jean-Michel Rieux. La Cour de Cassation a confirmé le non-lieu prononcé par le juge d’instruction puis la Cour d’appel.  On ne s’attaque pas aisément au  pouvoir local.

Mais si la justice n’a pas vu de harcèlement moral au terme de neuf ans de procédure,  le réalisateur, Daniel Kupferstein, en a démonté la mécanique, en filmant les témoignages de  la famille, des collègues de travail, des amis. Plusieurs années après, l’émotion est intacte. Et le déroulé chronologique clarifie l’engrenage, les responsabilités. Tout en contribuant à l’éclatement de la vérité, ce documentaire témoigne d’une forme de gestion du personnel de plus en plus répandue qui vise à détruire les individus.

 Marie-Hélène Delhon, médecin du travail, a suivi cette affaire de bout en bout. Elle en a écrit un livre, témoignage essentiel.

Dès son premier entretien, le médecin du travail, Marie-Hélène Delhon, conseille à Jean-Michel Rieux d’écrire tous les faits pour comprendre ce qu’il se passait et conserver des preuves. Elle le suivra de bout en bout jusqu’à la fin, annotant ses impressions,  interpelant par écrit l’administration, l’adressant à un psychiatre, évoquant cette affaire dans les différents organismes paritaires.

Elle prendra plus tard la plume pour décrire dans un style limpide, sans jargon médical ni administratif, mais avec rigueur, les faits tels qu’ils se sont déroulés chronologiquement. 

Elle nous livre ainsi un témoignage imparable, bouleversant, sur la souffrance de Jean-Michel Rieux attentive au moindre de ses gestes. Elle analyse également son propre rôle,  voit ses limites face à une administration qui manipule ses recommandations pour renforcer le harcèlement, au point de rendre Jean-Michel Rieux méfiant vis à vis du seul soutien sur lequel il pouvait compter. Dans une deuxième partie, Marie-Hélène Delhion confronte les décisions judiciaires à la réalité des faits.

Son livre, qui se lit d’une traite, démonte la mécanique infernale pour broyer les individus.

À lire absolument.




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