Montpellier, samedi 27 avril. Rassemblement pour les 27 ans de Tchernobyl à l’appel de Sortir du Nucléaire 34

À Montpellier, samedi 27 avril, à partir de 14h30. Le collectif Sortir du nucléaire 34
appelle à un rassemblement devant l’Opéra Comédie . 

27
ans après le début de la catastrophe de Tchernobyl et alors que le cauchemar à
Fukushima dure depuis deux ans, les opposants au nucléaire se mobiliseront du
26 au 28 avril 2013 en France… et partout dans le monde !

Ci-dessous
aussi un article de Daniel Tanuro 




Le collectif Sortir du nucléaire 34 appelle à un rassemblement devant l’Opéra Comédie À Montpellier, samedi
27 avril, à partir de 14h30 27 ans après le début de la catastrophe de
Tchernobyl et alors que le cauchemar à Fukushima dure depuis deux ans, les
opposants au nucléaire se mobiliseront du 26 au 28 avril 2013 en France… et
partout dans le monde !


Voir aussi : les dangers du nucléaire en Languedoc. 

Ci-dessous aussi un article de Daniel Tanuro, 20 avril 2013




Un article de Daniel Tanuro

Nucléaire ou
renouvelables, il faut choisir…

Il y a une dizaine d’années, les partisans du nucléaire affichaient
généralement leur « climato-scepticisme ». Aujourd’hui, ils essaient
plutôt de se présenter comme des écologistes soucieux de contribuer à la lutte
contre le réchauffement de la planète. Or, leur technologie, outre qu’elle fait
peser des dangers inacceptables, contrecarre en réalité la transition
énergétique vers un système « zéro carbone ».

Un premier argument climatique des nucléocrates est que les centrales
atomiques permettent de produire de l’électricité sans émettre de gaz
carbonique, donc sans augmenter l’effet de serre.  Cet argument a fait son
chemin auprès des technocrates des organisations internationales (la Commission
Européenne par exemple) dont les rapports parlent de plus en plus souvent
d’énergies « sans carbone » plutôt que d’énergies renouvelables.

Inclure le nucléaire dans le «mix énergétique » de la
transition, tel est le but de cette astuce sémantique. Or, celle-ci est à la
fois juste et fausse. Juste car, l’uranium n’existant sur Terre qu’en quantité
finie, le nucléaire ne peut décemment pas être considéré comme « énergie
renouvelable » – il fallait donc trouver autre chose. Et fausse car, s’il
est vrai qu’une centrale n’émet pratiquement pas de CO2, il n’en va pas de même
de la filière dans son ensemble. L’extraction du minerai, sa purification, la
construction des centrales et leur démantèlement, notamment, consomment
beaucoup d’énergie fossile, contribuant ainsi au réchauffement. Le nucléaire
n’est pas une énergie « zéro carbone », loin de là.

Atome et transition

Un deuxième argument est plus subtil : le recours au nucléaire
serait indispensable, au moins pendant une période, pour… assurer la transition
vers un système 100% renouvelable. Beaucoup de gens sont démunis face à ce
raisonnement. Il est donc important d’expliquer qu’il est faux : en
vérité, le nucléaire contrecarre la transition. L’atome et les renouvelables
sont comme l’eau et le feu : incompatibles. Il faut choisir, et il faut le
faire maintenant.

Un des problèmes essentiels du nucléaire est son manque de
flexibilité. Les centrales produisent de grandes quantités d’électricité ;
comme le courant n’est pas stockable, chaque Kwh produit doit être consommé
quelque part sur le réseau. Deux conclusions en découlent.

– La première : un réseau 100% nucléaire est impossible, car il
ne pourrait pas répondre aux fluctuations de la demande. Au mieux, l’atome peut
fournir une quantité d’électricité correspondant au minimum de la consommation.
Les besoins supplémentaires doivent être couverts par des installations que
l’on peut mettre en marche en fonction de la demande (les centrales au gaz, par
exemple).

– La seconde: comme la plus grande partie de la production verte
d’électricité est, elle, intermittente (en fonction du vent, du soleil, des
marées, etc), la conclusion coule de source : le nucléaire et les
renouvelables se marchent sur les pieds. Ce sont deux systèmes techniques
radicalement opposés. Chacun d’eux peuvent être combiné avec d’autres sources
(ou avec des dispositifs de stockage de l’énergie, à développer et à inventer),
mais ils ne peuvent pas être combinés entre eux.

Système énergétique

Du point de vue du projet de société, il est important de saisir que
l’incompatibilité entre nucléaire et renouvelables ne se limite pas aux
problèmes de l’intermittence et de la continuité dans la production électrique.
Elle va bien au-delà et débouche sur un choix fondamental entre centralisation
et décentralisation énergétique, donc aussi entre standardisation et diversité
technique.

Tout mode de production repose sur un système énergétique qui
transforme l’énergie disponible dans la nature pour satisfaire les besoins
humains : un champ de blé convertit l’énergie lumineuse du soleil en
énergie chimique, un feu de bois convertit l’énergie chimique en chaleur et en
lumière, une voile convertit l’énergie du vent en mouvement du bateau, etc. A
noter : chaque fois que l’énergie est convertie ainsi d’une forme à une
autre, une partie est dégagée sous forme de chaleur.

L’humanité a connu plusieurs modes de production et différents
systèmes énergétiques. D’une manière générale, les systèmes précapitalistes
étaient décentralisés et diversifiés, à l’image des sociétés qui leur avaient
donné naissance. Quand la centralisation et la standardisation se
développaient, c’était seulement à l’échelle locale et régionale. L’Egypte
ancienne, par exemple, avait développé un remarquable système de gestion des deux
grandes sources énergétiques dont elle disposait : le Nil et le soleil. Un
système analogue a existé dans d’autres régions, mais il n’était évidemment pas
généralisable : chaque société devait forcément se contenter d’utiliser
les ressources fournies par son environnement naturel.

Capitalisme et centralisation

En créant un marché mondial, le capitalisme a réduit considérablement
cette diversité et à cette décentralisation. Le changement s’est fait
graduellement, mais avec deux sauts qualitatifs importants. D’abord, les
combustibles fossiles se sont imposés. On s’est mis à brûler du charbon pour
produire du mouvement, de la lumière ou de la chaleur même dans des régions où
il aurait été plus rationnel d’employer d’autres sources. Cependant, chaque
entreprise brûlait son charbon pour animer sa machine à vapeur. Le système
énergétique  restait donc relativement décentralisé. L’invention du moteur
électrique a mis fin à cette situation, et c’est ainsi que nous en sommes
arrivés au système énergétique extrêmement centralisé et standardisé que nous
connaissons aujourd’hui.

Le nucléaire s’y intègre parfaitement: l’uranium extrait au Niger ou
ailleurs (merci la Françafrique !) fait des milliers de kilomètres pour
servir à produire du courant qui en fait des centaines. Or, il n’en va pas de
même des renouvelables. Techniquement, ils requièrent décentralisation et
diversité. Ce sont les conditions nécessaires pour s’adapter aux sources
locales et réduire les pertes dues à la transmission.

On peut certes – cela se fait – importer du Canada des pellets de
bois et les brûler dans une centrale thermique en Belgique pour produire du
courant vendu sur le réseau européen. C’est possible, et cela peut être
rentable du point de vue capitaliste. Mais ce n’est pas rationnel du point de
vue énergétique. On objectera que la filière de l’uranium n’est pas rationnelle
non plus. C’est exact: dans ces deux exemples, le bilan énergétique au niveau
de la filière dans son ensemble est mauvais, peut-être même négatif (si la
quantité d’énergie utilisée est plus grande que la quantité d’énergie
produite). Cependant, il y a deux différences :

Renouvelables, décentralisation et projet de société

Premièrement, la centrale thermique à pellets peut être installée au
milieu d’une agglomération, ce qui permet d’utiliser la chaleur pour le
chauffage urbain. Or, même les nucléocrates les plus farouches n’oseraient
évidemment pas proposer d’installer un réacteur atomique au cœur d’une ville…
C’est pourquoi les deux tiers de l’énergie de la fission atomique sont dissipés
sous forme de chaleur, dans l’air et dans les eaux de refroidissement.

Deuxièmement, et c’est le fond de l’affaire, le fait d’opter pour un
système 100% renouvelable oblige pour ainsi dire à mettre l’efficience
énergétique en tête des priorités. On peut fermer les yeux sur cette réalité
aussi longtemps qu’on saupoudre de renouvelables un système qui reste
fondamentalement fossile, comme c’est le cas aujourd’hui. Mais ce n’est plus
possible quand on se met en tête d’élaborer sérieusement un plan pour se passer
complètement de charbon, de pétrole, de gaz naturel et de nucléaire dans les
quarante ans qui viennent. Dans ce cadre contraignant-là, en effet, chaque
unité d’énergie compte, de sorte que la lutte contre le gaspillage devient une
condition sine qua non de réussite.

Membre du GIEC, le professeur Aviel Verbruggen, de l’université
d’Anvers, résume bien le changement structurel que nous devons opérer pour
sauver le climat de la Terre : les réseaux électriques, dit-il, doivent
évoluer d’une structure pyramidale vers une structure multilatérale dans
laquelle des millions de sources d’énergie renouvelables décentralisées seront
reliées entre elles dans le cadre d’un réseau intelligent. Il en tire la
conclusion logique : énergie ultra pyramidale par excellence, le nucléaire
est un obstacle à la transition énergétique.

Le professeur se trompe néanmoins quand il croit pouvoir convaincre
les décideurs en expliquant que l’énergie du soleil et du vent est gratuite,
qu’on paie seulement les frais d’infrastructure, alors que, dans le cas des
fossiles et du nucléaire, on paie aussi le combustible. En effet, les fossiles
ne sont que de l’énergie solaire fossilisée. Pourquoi les paie-t-on ?
Parce que les gisements sont appropriés par des capitalistes qui transforment
la ressource en marchandise. Rien ne s’oppose à ce que ces mêmes capitalistes
s’approprient le vent, la biomasse et le rayonnement solaire pour les vendre,
et c’est ce qu’ils sont en train de faire.

Ce n’est pas au nom de l’efficience-coût qu’il faut se battre contre
le système énergétique fossile et nucléaire, mais au nom d’une perspective
anticapitaliste : la gestion rationnelle, économe et prudente du bien
commun énergétique par les populations organisées en Communes démocratiques,
collectivement propriétaires des ressources.

Daniel Tanuro, le 20 avril
2013.

 

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