No Nos Vamos Nos Echan =On Part Pas Ils Nous Virent, les jeunes espagnol-e-s ont manifesté à Montpellier

Les jeunes espagnols ne veulent pas qu’on pense qu’ils quittent leur pays avec plaisir… A Montpellier, comme dans
plusieurs villes françaises, un rassemblement s’est tenu  dimanche 07 avril. Place
Jean Jaures, entre 150 et 200 personnes se sont regroupées pour ensuite partir
en manifestation jusqu’au jardin du Peyrou.
La Gauche Anticapitaliste était présente… Photos et compte rendu ci-dessous. 



PREMIER RASSEMBLEMENT REUSSI 
DE « JOVENES SIN FUTURO »

 

GA34ilsnousvirent9.jpgA l’appel du mouvement « Jovenes
Sin Futuro », une mobilisation européenne de la jeunesse espagnole a eu
lieu ce dimanche. A Montpellier, comme dans plusieurs villes françaises, un
rassemblement s’est tenu ce dimanche. Place Jean Jaures, entre 150 et 200
personnes se sont regroupées pour ensuite partir en manifestation jusqu’au
jardin du Peyrou.

Derrière une banderole au slogan :
« No nos vamos, nos echan » (nous ne partons pas, ils nous virent),
des jeunes travailleurs et des étudiants espagnols ont crié leur colère. Avec
créativité, ironie et rage, ils ont dénoncé les politiques des derniers
gouvernements espagnols qui font qu’ils ne trouvent pas de travail dans l’état
espagnol. Un mélange de mots d’ordre revendicatifs et politiques ont rythmé le
cortége, comme par exemple : « lo llaman démocracia pero no lo es « 
(ils l’appellent démocratie mais elle ne l’est pas), « se va  a acabar la paz social » ( c’est
la fin de la paix sociale), « no hay pan para tantos chorizos » (il n’y
a pas assez de pain pour autant de voleurs), « esta crisis no la vamos a
pagar » (cette crise nous n’allons pas la payer) et aussi une adaptation
en français « nous voulons décider de faire nos valises ».

Au Peyrou, un jeune a lu leur
manifeste en français et une jeune l’a lu en espagnol (voir pièce jointe)

Ils proposent une réunion ouverte
le samedi 14 avril à 18h à la Librairie Scrupule

La Gauche Anticapitaliste se félicite
de cette initiative de mobilisation européenne. L’exil forcé  de 400 000 jeunes depuis 2008 n’est pas
un problème individuel mais la résultante des politiques d’austérité. Leur réaction
coordonnée est exemplaire et ceci d’autant plus au moment où le projet de loi
ANI est débattu au Parlement français. Ce projet de destruction des garanties
et du droit du travail conduira au même résultat qu’en Espagne, c’est à dire
plus de précarité, plus de licenciements, plus de pauvreté. Plus que jamais, la
convergence des luttes est un enjeu majeur, le rassemblement de ce dimanche est
un premier pas porteur d’avenir. C’est en ce sens que militeront les militants
de la Gauche Anticapitaliste avec le Front de Gauche.

Voir plus bas l’appel 

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Manifeste “On n’est pas parti, ils nous ont virés” Montpellier

 

Nous, jeunes espagnols qui nous trouvons hors de
notre pays, nous voulons dénoncer aujourd’hui publiquement que, comme des
millions d’autres citoyens de ce monde, nous avons été obligés d’abandonner
notre pays, devenant des exilés économiques. Nous avons laissé derrière nous
famille, amis et projets de vie, non pas par esprit d’aventure, comme l’a pu
dire récemment la secrétaire d’état à l’immigration et l’émigration, mais par
pure nécessité, devant l’absence d’offre d’emploi dans notre pays.
L’impossibilité de trouver un emploi, alors que nous sommes la génération la
mieux formée de l’histoire d’Espagne, montre qu’il ne s’agit pas de problèmes
individuels propres à chacun, mais d’un problème d’intérêt général.

Le travail est le moyen pour chacun de nous de
subvenir à ses besoins minimum, et la base sur laquelle construire un projet de
vie. Ce n’est pas pour rien que le travail est un droit reconnu par la Déclaration
Universelle des Droits de l’Homme, et même par la constitution espagnole. Pour
autant, c’est une obligation pour les administrateurs publics et les représentants
politiques de veiller à l’intérêt général en garantissant ce droit, et non de
le laisser au bon vouloir des va-et-vient des marchés, qui sont aux mains
d’agents économiques privés dont certains ont des objectifs diamétralement
opposés à l’intérêt général. Nous tenons le gouvernement espagnol actuel pour
responsable de la situation où nous sommes, puisqu’il a renoncé à intervenir
sur ce sujet d’intérêt général du plus haut degré. Nous étendons cette
accusation au gouvernement précédent, qui avait approuvé une réforme du travail
de la même nature que l’actuelle, qui n’a fait qu’augmenter le nombre de chômeurs.

Tant que la situation sera la même en Espagne, nous
estimons peu probable notre retour au pays, bien que notre situation dans nos
lieux d’accueil soit loin d’être idyllique : difficultés pour trouver un
logement, promiscuité des colocation, difficultés pour faire reconnaître nos
diplômes, emplois précaires, couverture sociale minimum… La mesure récente
qui prive les chômeurs du droit à la Carte Sanitaire Européenne ne fait que
compliquer la situation des émigrés récents.

D’autre part nous voulons insister sur le fait que notre
départ prive le pays d’un capital humain irremplaçable, et donc d’une
opportunité de moderniser notre économie. A travers l’éducation publique,
l’Etat a beaucoup investit dans notre formation. Et chaque départ est une
opportunité perdue, au moins temporairement, pour construire un tissu productif
soutenable et prospère, basé sur la connaissance et la satisfaction des besoins
humains, et d’abandonner une fois pour toute le modèle de la spéculation,
notamment immobilière.

On nous dit que l’économie espagnole est peu
productive et qu’on doit donc travailler plus pour moins d’argent si on veut
s’en sortir et créer enfin des emplois. Mais si la logique économique qui nous
guide est d’augmenter  la
productivité en taillant dans les salaires, alors on arrive inexorablement à la
conclusion que le modèle à suivre est celui de la Rome antique, avec ses
esclaves. Certains contrats concernant les jeunes, comme le stages non rémunérés,
semblent indiquer qu’on prend ce chemin.

Il nous est dit également que l’Etat ne peut pas créer
d’emplois publics car notre dette publique est très haute, et qu’il faut non
seulement la rembourser dès que possible, mais en plus prouver à nos usuriers
que nous ne sommes pas dépensiers pour qu’ils continuent à nous prêter. Il ne
faut pas oublier que si la dette de l’état en est arrivé là, c’est parce que
nous avons secouru les banques en faillite en assumant leurs passifs. Au
travers de différents mécanismes, ce sont pas moins de 185 milliards d’euros
que l’état a prêté aux banques. Cela signifie que les pertes ont été socialisées
mais que les bénéfices eux seront partagés par les mêmes. Nous considérons
cette partie de la dette comme illégitime et nous ne voyons pas pourquoi nous
devons la payer, décision qui a déjà été prise par d’autres pays dans le passé
et qui s’en sont très bien sortis. 

Nous croyons que les politiques économiques actuelles
et sociales ne font qu’empirer la situation de la majorité des personnes.
Certaines mesures très différentes sont pourtant nécessaires, des mesures que n’ont
pas pour objectif de maintenir la situation de certains privilégiés, au coût d’un
appauvrissement général, mais en satisfaisant les nécessités premières de tous
les citoyens sans compromettre le bien être des générations futures.

S’il s’agit d’augmenter la productivité, nous croyons
que le meilleur moyen pour le faire est d’investir dans la recherche et de
mettre en valeur la formation acquise ces derniers temps par les jeunes
espagnols. Dans tous les cas, nous croyons que la création d’emplois ne peut être
soumise à la seule loi du marché. C’est pour cela que nous exigeons la réduction
du temps de travail et le maintien de la retraite à 65 ans comme moyens pour répartir
le travail.

En ce qui concerne la création d’emplois publics,
nous pensons que le problème ne vient pas des dépenses publiques trop élevées,
l’Espagne ayant un des taux de dépenses publiques les plus bas parmi ses
voisins. Le problème est avant tout que l’Etat ne collecte pas suffisamment et
pas au bon endroit : alors que les travailleurs supportent une pression
fiscale élevée, les grandes entreprises et grandes fortunes bénéficient d’une
fiscalité pleine de niches, qui leur permet de payer des pourcentages moindre
par rapport à ce que payent leur propres employés ou les PME. Si à cela nous
additionnons l’énorme fraude fiscale de notre pays (de laquelle sont
responsables à plus de 70% ces mêmes entreprises et fortunes personnelles) nous
nous rendons compte que le problème n’est pas le manque d’argent en Espagne
mais que celui-ci est entre peu de mains, en billets de 500€. Pour tout cela,
nous exigeons un système plus progressif dans lequel payent ceux qui ont le
plus et qui polluent le plus, avec par exemple un suivi plus ferme des fraudes
fiscales. C’est la seule façon pour que notre pays ait les ressources nécessaires
pour maintenir le niveau de vie et créer des emplois publics, et surtout là où
il y en a le plus besoin : éducation, santé et services sociaux. En
outre,  nous exigeons que soient
remplacées à 100% les places vacantes des retraités.

Enfin, concernant le logement, nous exigeons le rétablissement
des aides au logement pour les jeunes et, sur la base des actifs immobiliers
des entités qui ont été nationalisées, la création d’un parc immobilier de
logements sociaux.

 

NONOSVAMOS.jpg

Depuis 5 ans nous
sommes déjà 400 000 jeunes espagnols qui avons du émigrer et recommencer une
nouvelle vie à l´étranger
à cause des politiques d’austérité de nos
gouvernements. C’est une véritable régression à la situation des années 60, où
une génération a été condamnée à l’émigration économique. La différence c’est
que nous sommes, exilés du XXIe siècle, la génération la mieux formée de
l’histoire de notre pays. Mais comme eux, nous aurons le travail précaire, les
contrats temporaires, sans rapport avec nos diplômes, une protection et des
salaires minimaux, que ce soit en anglais, en allemand ou en français.

C’est pour cela que
les espagnols émigrés dans le monde entier s’unissent dans le mouvement
« On ne part pas, ils nous virent ». Nous manifestons le 7 avril, à
Montpellier ce sera à 17 heures sur la place Jean Jaurès. Ils aimeraient qu’on
se résigne, qu’on reste loin, mais on va leur montrer qu’on continue à se
battre pour nos droits et ceux des nôtres, et ils vont nous entendre !

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