Recherche Les personnels refusent de passer à la moulinette (L’Hérault du Jour)

Présentés
ou en cours, les audits issus de la révision générale des politiques publiques
(RGPP) font craindre le pire aux chercheurs de l’Inra et du CNRS mobilisés pour
sauver les labos.


Photo de L’Hérault du Jour

« Sauvons la recherche ». Le cri d’alarme lancé en 2003 par ce collectif
résonne plus que jamais huit ans après. Avec un écho plus fort encore. A
l’époque, les recrutements de chercheurs étaient menacés. Aujourd’hui,
la bobine de la rentabilité a été tant tirée par les gouvernements de
droite successifs sous prétexte d’économies de bouts de chandelle, que
c’est l’avenir de la recherche publique qui est en péril. Le fil
conducteur libéral dont on a pu constater les dégâts à la Poste, à
l’Ecole ou à l’Hôpital, se nomme Révision générale des politiques
publiques (RGPP). Un nom barbare pour justifier le non remplacement d’un
départ sur deux à la retraite dans la fonction publique.

Un principe purement comptable dénoncé jeudi matin à Montpellier devant
la délégation régionale du CNRS par près de 150 personnels de
l’organisme public, mais aussi des universités venus en soutien à
l’appel de l’intersyndicale. « Le danger est énorme. Leur seul désir est
de diminuer le nombre de fonctionnaires dans le supérieur » dénonce
Jean-Marc Douillard (SNCS-FSU), élu au conseil scientifique du CNRS.

                                                                             
                                                   



                         

                                          4 000 à 6 000 postes visés

Tandis que des premiers résultats ont déjà été dévoilés à l’Inra (voir
ci-contre), l’audit RGPP a été présenté le 8 mars par la direction du
CNRS aux syndicats. Lesquels y voient la menace de 4 000 à 6 000
suppressions de postes sur les quelque 25 000 que compte le centre en
France. La réforme vise les fonctions dites « support » et « soutien »
qui concernent la gestion, les finances, l’administration ou
l’informatique. Attaqués sur les budgets, les chercheurs ne sont pas
dupes. Patricia Sourrouille (SNTRS-CGT) parle même d’une « remise en
cause du statut de chercheur à temps plein ».
Sous couvert d’excellence, les scientifiques ont l’impression d’être
isolés. « Le ministère est en train de casser notre collectif de travail
en nous poussant vers l’individualisme » déplore Josiane Tack
(SNTRS-CGT) qui dénonce un détournement des missions. « On ne demande
plus aux chercheurs de faire de la recherche mais de monter des dossiers
pour réclamer de l’argent », déplore-t-elle.
Jeudi une motion a été votée à l’unanimité dans laquelle les personnels
exigent « l’abandon immédiat de l’audit » et refusent « toute
suppression de poste ». Mais le combat ne fait que commencer. « Le temps
du défaitisme est passé. Celui de la lutte est venu » harangue une
chercheuse.

REMY COUGNENC

Pascal Tillard, de la CGT Inra : « Le fil conducteur de cet audit est de supprimer des équivalents temps plein »

Le CNRS est le second organisme de recherche à passer au crible d’un
inspecteur général de l’administration de l’Education nationale et de la
Recherche (IGAENR) missionné par le Premier ministre. Juste avant lui,
l’Institut national de la recherche agronomique (Inra) a déjà reçu les
préconisations de l’audit portant sur les fonctions « support ».
Ses conclusions sont sans détour. « Le fil conducteur de cet audit est
de supprimer des ETP [Equivalents temps plein ndlr]. Ce n’est jamais dit
clairement, mais le rapport évoque une économie d’ETP ou une + marge de
manœuvre+ », commente Pascal Tillard, de la CGT Inra Montpellier. Basé
sur la grille d’analyse Mc Kinsey, destinée à l’origine à des études
stratégiques d’entreprises, le rapport préconise de prendre pour
référence le meilleur rapport « ETP-acte réalisé » relevé dans les
différents centres de l’Inra.
Par exemple, à Montpellier, le système d’information (SI) compte 6 ETP
pour gérer le parc informatique de 2 190 personnes, ce qui représente 1
ETP SI pour 365 personnes, mais à Jouy en Josas, on trouve le moyen de
tourner avec 3 ETP SI pour 1 685 personnes, donc 1 pour 561. Déduction
simple : Montpellier a 2 ETP surnuméraires si l’on se base sur « la
meilleure pratique ».

1 600 personnes touchées

Selon le tableau récapitulatif de tous les services support, se basant
sur « la meilleure pratique », 416,5 ETP offrent « une marge de manœuvre
», « soit en réalité 1 600 personnes touchées, quasiment 10% des
personnels, souligne Pascal Tillard. Ce modèle est inspiré de
l’efficience et non de l’efficacité. Ce sont des chiffres qui ne
prennent absolument pas en compte les situations locales. Comparer le
centre de Montpellier, qui est dans un système d’enseignement supérieur
et de recherche agronomique important, associant le Cirad, Supagro, les
Universités, le CNRS… et le petit centre de Colmar n’a aucun sens. »
Les solutions préconisées pour faire des économies sont la mutualisation
et l’externalisation, notamment pour les systèmes d’information. «
Lorsque nous avons un problème dans notre labo, l’ingénieur
informaticien intervient immédiatement. Avec l’externalisation, nous
devrons appeler un centre privé », illustre Pascal Tillard. Quant aux
services finances, leur avenir serait dans des plates-formes
interrégionales avec des mutations à la clé.
Et comme les économies se font partout, le rapport préconise que le
salaire des fonctions support qui jusque là était couvert par les
dotations de l’Etat, soit pris en charge par les ressources propres de
l’Inra. Les enveloppes qui étaient redistribuées aux unités de recherche
vont en être amputées. « Cette année, sur le budget global de l’Inra,
il manquait 10 millions d’euros pour payer les salaires. Ils ont donc
été pris dans les ressources propres. C’est la première fois que je vois
ça ».
Lors de la dernière commission technique paritaire, l’audit a fait
l’objet d’une motion qui le condamne et demande à la direction générale
de l’Inra de ne pas en retenir les recommandations. Adoptée par les dix
représentants du personnel, elle sera également présentée lors du
prochain conseil d’administration le 7 avril.
Après le CNRS, viendra le tour du Cirad (centre international de recherche agronomique pour le développement).

HELENE GOSSELIN

Articles de L’Hérault du Jour du 1er mars 2011

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