Un spectacle de Daniel Vilanova « Jean Charles Président »

Nous avons été époustouflés par le dernier spectacle de Daniel Vilanova “ Jean-Charles Président ! “   Le coup de pied de l’ange à Nicolas Sarkozy rend la campagne enfin désopilante.   



  

Et si le rire était l’arme de destruction massive de
toutes les vanités, des fragiles mais arrogants  pouvoirs ?

 Merci à  Daniel Vilanova  d’avoir accepté  de nous rencontrer  et pardon pour ce “portrait” qui ne
peut restituer la saveur de la voix, la malice du visage,  la grâce du geste, la profondeur des
paroles…

Jean- Claude Carcenac, Claude Dubois  (article paru dans Motivé-e-s du mois de Mars 2012)

 

 

1 JEAN-CHARLES

– Alors, comme ça,
Jean-Charles veut être président. Mais qui c’est celui-là ?

Il est apparu pour la première fois dans mon spectacle l’Hiver.
C’est une vedette de village, une espèce d’anarchiste primaire, très libre dans
sa tête, à côté de la vision habituelle du monde, très insolent, au discours
évident avec sa façon décalée de voir les choses hors des normes. Il dit des
choses énormes qu’il réussit à nous faire partager.

– Comment est-il
perçu dans son village ?

Admiré parce que sa façon de penser et de parler est libre.
Comme le dit Lucette (un autre personnage de la saga de Bourougnan),
« Il te ferait voir les étoiles en plein midi. Il ne mâche pas ses mots.
Les mots aujourd’hui ont plus besoin d’incendiaires que de pompiers ». Il
faut dire que Bourougnan est un village un peu spécial…

 

2.  BOUROUGNAN

– Bourougnan,
parlons-en, justement. Ca ressemble beaucoup à un village viticole du
Languedoc…

C’est un village mythique pour moi. Il y a d’abord eu l’invention
des personnages, et le village s’est construit autour d’eux, avec sa
topographie (la place du village, les 4 chemins…). Au départ bien sûr, il y a
le village dans lequel j’ai grandi et les personnages que j’ai pu y voir. Mais
je ne fais pas que raconter ce que j’ai vu, ce que je vois. Je crée des
archétypes de personnages à partir de la réalité que je connais, et j’essaie de
tisser les liens sociaux qui les unissent et qu’on retrouve de spectacle en
spectacle.

3.  SES HABITANTS

A partir des intonations, des comportements observés, il
faut universaliser et épaissir les personnages. Prenons Lucette qui au départ
était une commère, une langue de peilhe. Ça ne suffisait pas. Elle avait un
regard critique sure le monde. En réfléchissant sur elle, je lui ai trouvé un
héritage libertaire issu de son père, militant anarcho-syndicaliste à la CGT
qui était allé combattre en Espagne. Elle se réfère souvent à son père (comme
disait Papa…, dit-elle souvent). Du coup, cette commère, ménagère, mère de
famille devient capable de porter des jugements sur la politique et la société
qui surprennent le spectateur.

Mes personnages échappent ainsi à l’image de ruraux un peu
lourdingues pour devenir aussi, à la surprise du public, des gens lucides à qui
on ne la fait pas.

      Un
peu tes porte-parole ?

En un sens, oui, c’est ainsi qu’ils apparaissent. Sans
vouloir parodier Flaubert, Lucette c’est un peu moi…

4.  L’HÉRITAGE

– Est-ce que tu
reviens dans les villages, ou bien est-ce que tout repose sur tes
souvenirs ?

Je garde des liens étroits avec les gens de ces villages.
J’y vais jouer très souvent, j’y ai beaucoup d’amis et de contacts, qui me
tiennent au courant, me racontent des anecdotes. On dit que les villages du
midi ont beaucoup changé… Pas tant que ça, finalement. Il y a toujours cet
ancrage occitan,et le poids de l’immigration espagnole qui a amené ce côté un
peu anar.

Ces gens sont pour moi les héritiers de ce groupe de jeunes
de Béziers qui au lieu d’attendre sagement l’arrivée de l’armée des seigneurs
occitans sont sortis narguer avec des oreilles d’âne et des crécelles la
puissante armée de Simon de Montfort qui assiégeait la ville… entraînant la
chute de Béziers. Ils sont porteurs de cette volonté de moquerie à tout prix.
C’est cet esprit que j’aime et que j’essaie de traduire dans mes spectacles.

 

5.  LE TRAVAIL D’AUTEUR

– Toute cette
invention verbale, ces trouvailles qui fusent en permanence… d’où sors-tu
tout ça ?

J’ai toujours un carnet de notes sur moi où je note toutes
mes idées comme elles viennent, des réflexions, des expressions, en voiture ou
quand je me réveille la nuit, ou encore quand j’écoute la radio. Il me faut
entre un an et demi et deux ans pour écrire un nouveau spectacle. Je peux alors
puiser dans ce stock des idées avec la manière de les exprimer. Car les idées
ne suffisent pas, il faut trouver la poésie qui les fait passer, les mots et
les rythmes pour que ça sonne bien à l’oreille. Le spectateur doit d’abord être
charmé par la phrase, avant d’être charmé par le sens. Et il faut tout le temps
surprendre !

A partir de là, comme je maîtrise bien mes personnages et
que je les connais bien, je peux les laisser s’exprimer et parfois
improviser.  Tout n’est donc pas
écrit à partir des notes : elles me servent surtout à nourrir le discours
des personnages.

– Est-ce que tes
spectacles évoluent au fur et à mesure des représentations ?

Ça change très peu. Quelques phrases peuvent sauter, parce
que je me rends compte que je es ai oubliées plusieurs fois . C’est donc
qu’elles ne sont pas utiles. Il peut arriver aussi que je garde des
improvisations qui ont plu au public. Le spectacle n’est pas écrit dans le
marbre, mais j’aime beaucoup que le texte soit solide.

– Tes textes
vont-ils être publiés ?

Deux le sont déjà (Hommage à Lucette et l’Été)
aux éditions Un jour une nuit. Les autres le seront aussi.

6.  L’ANGE ET LA CLOCHE

– N’y aurait-il
pas comme un côté surréaliste dans ton spectacle. C’est quoi, cet ange qui
soutient Sarkosy ?

Déjà Jean-Charles est un peu lunaire, avec des potentialités
immenses. C’est un personnage riche pour un acteur. On pourrait presque dire
que c’est lui qui a eu l’idée de l’ange.

Moi, j’ai été bercé par le surréalisme. C’est une courte
nouvelle d’Octave Mirbeau qui m’est revenue à l’esprit et qui m’a mis sur la
voie de l’ange et de la cloche : une cloche  tombe dans le jardin d’une bigote. La bigote n’a rien, mais
la cloche ne sonne plus.

En fait, mon idée première était d’envoyer Jean-Charles
mettre le bordel sur un plateau télé au milieu des candidats. Mais en faisant
ça, je me retrouvais sur le terrain de l’adversaire, avec son cadre et ses
codes imposés. Et ça, ça ne me convenait pas. Le mieux, c’était de les faire
venir à Bourougnan où je pouvais les massacrer tranquille. Comment rendre la
chose crédible ? Il me fallait un événement extraordinaire qui force les
télés et les candidats à venir sur mon terrain, dans mon village… une
apparition, donc !

L’ange est imaginé par Jean-Charles. C’est un peu l’illusion
du pouvoir, c’est un piège. L’ange s’amuse. En fait, c’est Jean-Charles
lui-même. Dans le public au pied de l’église, seul Jean-Charles rigole. Leur
totale complicité se révèle quand JC lui donne les consignes pour refermer le
piège. Le signe qu’il lui fera le moment venu est d’ailleurs celui des
Indignés.

 

7.  POLITIQUE, RÉGIONALISME ET TÉLÉ

– C’est un peu une
manière de participer à une campagne anti-Sarkosy. Comment réagit le
public ?

Lors des premières répétitions, on pensait se retrouver face
à des réactions de rejet, des gens qui sifflent, qui quittent la salle.
Finalement,rien de tout ça… J’ai même vu quelqu’un se réclamant de l’UMP me
déclarer : « j’ai énormément ri, et vous n’avez pas tort en
tout » Le rire est une arme redoutable : on est dans la communion
quand on rit avec les autres, personne ne se sent visé personnellement.

Faire rire permet de faire passer un message qui ne serait
écouté que par les convaincus sans ça. Ce ne sont pas des meetings que je veux
faire, mais des spectacles.

– À jouer toujours
dans le sud, tu as acquis une réputation d’humoriste régional.

C’est vrai que mon spectacle est très demandé dans le
Languedoc, et que du coup je n’ai guère l’occasion d’aller jouer ailleurs. D’où
cette image d’humoriste régional.

Mes personnages, ancrés ici, n’en ont pas moins une
dimension universelle. Évidemment, les Languedociens voient les spectacles à un
niveau que ne peuvent percevoir les autres. Mais ça n’empêchent pas ces
derniers  d’entrer dans le
spectacle. Qu’on songe à Felag, par exemple : on rit énormément à ses
spectacles, mais sûrement moins que les Algériens ou originaires d’Algérie.

– Quels sont tes
rapport avec les mairies ?

Il y a un grand changement en ce moment : de plus en
plus de mairies se déchargent de la programmation et de l’organisation sur des
organismes privés et n’ont plus de politique culturelle. Les équipements
publics sont là pour permettre au privé de faire de l’argent.  Par exemple à Lunel on n’a plus à faire
à un quelconque adjoint à la Culture : on passe par le privé. Hors, on
l’imagine, celui-ci privilégie un choix très porté sur une forme d’humour plat
et lisse qui ne fait pas réfléchir. Heureusement, j’ai un public nombreux et à
ce titre, je les intéresse. Le fait que ce sont de moins en moins les
municipalités qui établissent les programmes n’empêchent pas les censures sous
différentes formes : soit on ne m’invite pas, soit carrément, comme à
Agde, on fait pression sur l’organisateur pour me déprogrammer en arguant que
c’est un spectacle politique. Et… pas de politique pendant les
élections !

– Quand est-ce qu’on
te voit à la télé ?

Je suis réticent à aller sur le terrain de l’adversaire. Par
ailleurs, mon travail, c’est la scène. Le cadre télé est trop étroit : on
vient présenter un produit, on ne prend pas le temps de laisser le spectacle se
dérouler de lui-même, on est contraint.

Et puis, disons-le,il y a des tronches que je ne veux pas
avoir en face de moi.

J’ai cependant eu une bonne expérience à Télé Soleil, avec
Jean Kahn. Une émission hebdomadaire avec un personnage public invité. J’étais
entièrement libre, j’avais une semaine pour préparer la séquence avec l’invité.
De plus, j’avais fait le choix d’incarner un personnage complètement décalé
(Papé Lafon) qui débarquait à l’improviste sur le plateau avec ses cannes à
pèche pour saluer son ami Jean Kahn et tombait… par hasard sur l’invité.

 

8.  LE TRAVAIL D’ACTEUR

– Comment peux-tu
être, de manière aussi vraie, tous ces personnages et passer si aisément de
l’un à l’autre ?

C’est un travail d’acteur, un travail intérieur. Un
personnage, c’est un physique, une voix, une démarche, une gueule, une
gestuelle. Il faut oublier sa propre gestuelle. (Daniel nous montre alors
la lourdeur de Raymond, le viticulteur qui arrache les racines des souches
chaque fois qu’il lève une jambe, la féminité de Lucette qui remet en place le
drapé de sa jupe et maintient fermé le col de son chemisier, l’Espagnol qui est
plus petit que toi mais qui te regarde de haut…
). Le reste tient à ma
personnalité d’acteur, plutôt léger, méditerranéen , arlequinesque. Il faut
posséder suffisamment chaque personnage pour qu’il puisse intervenir
rapidement.

En tant qu’acteur, je suis pratiquement autodidacte.

– Tu es toujours
seul sur scène ?

J’ai exploré les possibilités du spectacle à deux. Je m’y
suis régalé, j’y ai beaucoup appris mais je suis toujours revenu à ma voie
personnelle. Si je veux l’approfondir, je suis condamné à rester seul.

 

9.  LE PROGRAMME DE JEAN-CHARLES

– Si Jean-Charles
est élu, que va-t-il faire ?

Il le dit bien, Jean-Charles (n’oublions pas que c’est le
candidat des Indignés) : « le meilleur gouvernement, c’est celui de
ceusses qui ne veulent pas gouverner ». Et Raymond précise :
« le pouvoir, on ne veut pas le leur prendre, on veut le leur
enlever ».

————————————

La campagne
électorale de Jean-Charles :

 dimanche
11 mars à 18h. Théâtre de l’Auditorium de l’Hôtel Atria – NÎMES –

 vendredi
16 mars à 21h. Salle G. Brassens – SÈTE –

vendredi
23 mars à 20h.30 Salle des Fêtes – MONTARNAUD –

 samedi
24 mars à 21h. Théâtre de la Mer – VALRAS PLAGE –

 samedi
31 mars à 21h. Théâtre des Coulisses – MONTFERRIER –

vendredi
13 avril à 21h. Salle Bleue – PALAVAS –

 vendredi
20 avril à 20h.30 – LE THOR (84) –

 samedi
21 avril à 20h.30 Zinga Zinga – BÉZIERS –

vendredi
27 avril à 21h. Salle des Fêtes – QUISSAC –

Le programme de tous les spectacles de Daniel Villanova sur
son site : http://www.daniel-villanova.com/

Pour commander les textes de ses spectacles (pour l’instant Hommage
à Lucette
et l’Été) :

éditions Un Jour une Nuit 199 boulevard Chanteraine 84140
MONTFAVET

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