Une indignée espagnole au café Motivé-e-s de Montpellier

Sandra Ezquerra, active
militante barcelonaise du mouvement des Indigné-e-s, est revenue sur
cette mobilisation devant une cinquantaine de personnes.

15-M, 19-J, derrière l’incongruité énigmatique de ces « formules », ce sont des dates clés du mouvement espagnol de contestation qui se sont donné à entendre. Elles reviennent souvent dans les discours qui décrivent cette émergence de l’inédit dans un espace politique et social volontairement décroché des jeux institutionnels : c’est bien le 15 mai que, partout dans l’Etat espagnol, tout est parti, avec une mention spéciale pour le rassemblement de la Puerta del Sol à Madrid. C’est dimanche dernier, 19 juin, que ce mouvement a confirmé qu’il défiait les pronostics de ceux qui auguraient un feu de paille. Sandra a, comme il se doit, jonglé avec ces économiques et concis repères calendaires pour mieux se concentrer sur les traits essentiels d’un mouvement assumant, dans un bouillonnement créatif, le paradoxe apparent d’un refus politique qui se déploie, pour les myopes, en apolitisme : car, ne nous y trompons pas, et c’est un des mérites des propos de Sandra que d’avoir bien mis en lumière cet aspect des choses, tous ces jeunes et un peu moins jeunes, toutes ces femmes, ces précaires, chômeurs ou salariés pressurés au travail, réinventent la politique sans avoir l’air parfois d’y toucher.

Si nous écoutons bien en effet, la petite musique qui monte de Plaza de Catalunya, de Sol et d’autres points du territoire voisin, la remise en cause du Pacte pour l’Euro, porte bien le fer là où ça fait mal, là où se nouent les grandes décisions que les gouvernements socialistes imposent, sous l’égide des instances de l’Union Européenne mais aussi du FMI, aux peuples de l’Etat espagnol, du Portugal ou de la Grèce : baisses des pensions, des salaires, accroissement des facilités de licenciement, etc. Le tout exprimé par un déni de démocratie qui voit un Zapatero relayer les exigences de « son » patronat et un Papandréou renier le programme qui l’a fait élire et oublier, à l’heure où il appelle le peuple grec à « éponger une dette de 340 milliards d’euros », que les fonds grecs placés dans les banques suisses représenteraient 280 milliards d’euros (près de 120% du PIB grec) ! Le mouvement de la péninsule ibérique, lui même inspiré du « printemps arabe », bouscule  l’ordre établi en Europe, celui d’un capital délégitimé par sa volonté de faire payer sa crise aux peuples mais aussi donc celui d’une social-démocratie discréditée par son aplatissement devant les desiderata dudit capital. Mais il bouscule aussi à gauche bien des cadres mentaux des militants de la gauche radicale les plus aguerris qui n’ont pas vraiment vu venir la révolte. Sandra a certes bien montré que cette déstabilisation ne remet pas en cause les boussoles stratégiques qui pointent vers la nécessité d’une sortie du capitalisme. Mais elle rappelle salutairement que ce qui importe c’est que le mouvement des Indignés, sur ses propres rythmes, ses propres expérimentations, souvent marquées du sceau d’une inévitable hétérogénéité, ses procédures de délibération démocratiques, aille au bout de sa logique de contestation. On retiendra, à ce propos, la capacité du mouvement barcelonais à surmonter, au consensus, la tentative de « criminalisation » qu’il a subie lors de la récente manifestation de blocage du Parlament (parlement autonome catalan) et des incidents qui l’ont émaillée. Avec, à la clé, une assimilation aux « kale borroka » (actions de rue violentes proETA) basques qui se soldent par de lourdes condamnations. Assimilation qui visait essentiellement, d’une part, à casser la contestation entre ceux qui se revendiquent de la « non-violence » initiale et les supposés nouveaux…barbares et, d’autre part, à neutraliser la sympathie qu’elle a gagnée auprès de la population  !

La gauche radicale, pour l’essentiel de ses forces, et particulièrement pour Izquierda Anticapitalista à laquelle appartient Sandra, s’inscrit dans ce processus, respecte la méfiance antipartis qui, à cette étape, le caractérise, car l’essentiel reste qu’il aille le plus loin possible et, par delà les aléas de possibles reflux plus ou moins conjoncturels, crée de l’irréversible dans un paysage politique et social marqué jusque là par les défaites sociales et politiques subies depuis la Transition postfranquiste. Oui, l’essentiel, dit Sandra, c’est que tous et toutes avancent et posent les jalons des ruptures et de l’alternative nécessaires. C’est bien cela qui se joue dans l’Etat espagnol et dans l’effet de contagion qui est à l’oeuvre en Europe, même si, par exemple, ici, en France, il ne parvient pas encore à s’imposer.

Le mouvement des Indignés « espagnols » prévoit des actions pendant l’été à travers ce qui « travaille » depuis la préparation du 19-J et qui a réussi à mettre dans la rue 260 000 personnes à Barcelone, 150 000 à Madrid et des milliers d’autres dans tout le pays : un enracinement dans les quartiers, les villages et petites villes qui a nécessité de lever le camp des places … fortes mais, pour le coup, trop concentrées et coupées des autres territoires, de la contestation. Pour mieux y revenir à l’occasion. Le début d’implication des structures syndicales dans le mouvement permet par ailleurs de commencer à poser des questions classiques comme celles d’un appel à la grève générale. Où l’on vérifiera peut-être que les voies de l’innovation alternative sont impénétrables mais appelées à renouer avec ce que LA politique a consigné comme mort et enterré. Mais, comme l’a répété Sandra, c’est le mouvement qui, dans sa maturation autonome, aura le dernier mot !

Une mention spéciale aux comités montpelliérains du NPA qui, après la riche discussion qui a suivi l’exposé de Sandra, nous ont proposé une série de tapas, couleur locale oblige, des plus succulentes !

Antoine

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