La coalition « Montpellier contre l’Apartheid » a réussi par ses diverses initiatives (soutien au boycott de l’État d’Israël par Barcelone, création d’un réseau de lieux Anti-Apartheid sur Montpellier, lettres aux élu.es, au maire de Montpellier…, rassemblements…) à mettre cette question politique au centre du débat. Nous ne pouvons que nous en féliciter.
La caractérisation de l’état israélien comme un régime d’Apartheid est aujourd’hui un fait politique. Les critères de définition d’un régime d’Apartheid sont tous remplis (voir l’article de Matthieu Brabant).
La question est maintenant : comment lutter contre, comment défendre au mieux les droits du peuple palestinien dont la situation est révoltante.
Le mérite de la coalition « Montpellier contre l’Apartheid » est d’avoir obligé le Préfet comme représentant de l’état, les responsables politiques et en particulier le Maire de Montpellier ainsi que les médias, à se positionner.
Nous entendons ici poursuivre le débat.
Le Préfet a effectué une compilation d’arguments invraisemblables pour justifier l’interdiction des rassemblements. Le principal semble être à ses yeux « l’importation d’un conflit » mais cela vaut pour toutes les questions internationales (Iran, Ukraine, Kurdistan….) et pourtant ces rassemblements ne sont pas interdits. Nous avons ensuite eu droit aux arguments religieux comme la Pâques juive ou Shabbat : faut-il lui rappeler que nous sommes un Etat laïc et que notre combat contre l’Apartheid n’a rien à voir avec des questions religieuses ou culturelles, c’est un combat politique ? Nous eûmes même droit à l’argument d’un match de foot avec les supporters se regroupant sur la Comédie ! Soyons clairs, l’interdiction est une décision politique en lien avec l’autoritarisme actuel.
Le Maire de Montpellier s’est réincarné en Georges Frêche. Il a retrouvé ses accents sionistes pour défendre Israël et aussi le clientélisme qui va avec. Ce soutien indéfectible à l’Etat d’Israël, sa façon faire l’amalgame permanent entre Israël et les juifs de Montpellier, est des plus surprenantes de la part d’un élu qui fait de la laïcité une ligne rouge, son cheval de bataille. Le soutien au Préfet, pour qui une manifestation un samedi, jour de Shabbat, ne peut pas se tenir, est pour le moins, là aussi, incohérent. La laïcité serait-elle sélective ou y a-t-il une volonté de sa part d’instrumentaliser la laïcité à d’autres fins ? Enfin, le soutien de fait du Maire de Montpellier au Préfet ne peut que l’encourager dans sa volonté d’interdire ce type d’initiatives.
Vu la gravité de la situation, avec son cortège de mort.es, de nouvelles colonies illégales, de pogroms…. et la nécessité grandissante d’organiser partout des mobilisations de soutien au peuple palestinien, la position actuelle de la mairie va rapidement être intenable.
La Mairie de Montpellier n’est pas que son Maire, ce sont aussi des élu.es issu-es de plusieurs partis au Conseil Municipal. Il est bon de regarder comment ces groupes se positionnent.
Nous pouvions espérer que le groupe du PCF, en cohérence avec sa proposition à l’Assemblée nationale, dépose un vœu dénonçant l’Apartheid. Ce vœu aurait permis un vote sur cette question si particulière à Montpellier, nous l’avions d’ailleurs interpellé sur le sujet par courrier, mais nous sommes toujours en attente d’une réponse. La question de comment rompre avec l’Apartheid est des plus concrètes. Le PCF s’est opposé aux déclarations de M. Delafosse lors de la journée de Jérusalem, c’est positif. Mais dans le même temps, il indique refuser la suspension des relations avec la ville jumelée de Tibériade. Que faut -il faire pour engager une véritable bataille politique et ne pas en rester aux déclarations de principes ?
Côté EELV, si Coralie Mantion a eu le mérite de faire un post, nous sommes toujours en attente de la position du groupe des élu.es municipaux de EELV. Continuer sans rien dire serait un très mauvais signe.
D’autres politiques se sont exprimé.es et c’est bien.
René Revol et Alenka Doulain ont aussi dénoncé les déclarations du Maire et l’Apartheid.
Dans le débat actuel, un argument entendu est que M. Delafosse aurait rompu l’équilibre concernant Israël et la Palestine, une sorte de « c’était mieux avant… ». Il n’en est rien, l’actuel maire est dans la continuité totale de ses prédécesseurs, du soutien depuis plus de 40 ans à la journée de Jérusalem… Ce soutien sans limite s’est exprimé avec M. Frêche, puis Mme Mandroux, puis M. Saurel et aujourd’hui M. Delafosse.
La députée LFI-NUPES de Montpellier, Nathalie Oziol, s’est elle aussi exprimée en soutien à la Coalition Montpellier Contre l’Apartheid, et a co-signé le texte du PCF sur l’Apartheid à l’Assemblée nationale.
Bien entendu, les différentes forces associatives présentes dans la coalition et la coalition elle-même ont pris place dans ce débat politique majeur.
Le rejet de l’Apartheid est maintenant incontournable, la mobilisation ne fait que commencer.
Ce débat va s’approfondir et se poursuivre autour des différentes initiatives que prendra le mouvement de soutien au peuple palestinien dans la défense de ses droits.
Matthieu Brabant – Francis Viguié