Technopolice !
Présentation de Technopolice.
Précisions sur les origines, le fonctionnement et les activités des collectifs agissant dans le cadre de la campagne Technopolice.
A l’origine on a La Quadrature du Net qui est une association fondée en 2008. Au départ son objet est la défense et la promotion des droits et libertés sur Internet. Elle intervient dans les débats concernant la liberté d’expression, le droit d’auteur, la régulation du secteur des télécommunications, le respect de la vie privée sur Internet, le fichage et le traçage numériques. En France, elle s’est notamment illustrée en 2009 par sa forte opposition aux lois HADOPI (Haute Autorité pour la diffusion des œuvres et des droits d’auteur sur Internet). Plus globalement son action porte sur les questions du filtrage d’Internet et de la neutralité des réseaux.
En 2019, pour documenter la progression de la surveillance automatisée en France, pour recenser et contrer les nouvelles technologies policières dans nos villes, La Quadrature du Net lançait l’initiative Technopolice. Sous cette appellation on regroupe toutes les nouvelles technologies mises au service de la police, le Big Data (exploitation d’énormes quantités de données) et l’Intelligence Artificielle en particulier.
Technopolice n’est pas à proprement parler une association ou un collectif mais une campagne d’information et d’actions. Elle porte le nom de ce contre quoi elle lutte.
Peuvent participer à cette campagne des collectifs et associations, des syndicats, des partis politiques et plus largement tous les militants sensibles aux problématiques abordées.
A Montpellier par exemple c’est autour des manifestations contre la Loi sécurité globale, entre fin 2020 et début 2021, qu’un collectif inter-orga s’est mobilisé sur ces thématiques. Dans le prolongement de ce mouvement « Technopolice Montpellier » a vu le jour.
Le manifeste de Technopolice que l’on peut consulter ici peut être résumé en une phrase :
« Résister à la surveillance totale de nos villes et de nos vies »
On y recense ensuite les raisons de s’inquiéter de cette évolution et de se mobiliser pour la combattre.
« Partout sur le territoire français, la Smart City révèle son vrai visage : celui d’une mise sous surveillance totale de l’espace urbain à des fins policières dans le but d’être plutôt une Safe City. Des expérimentations à la limite de la légalité sont mises en place dans plusieurs villes françaises. De fait la technologie devient omniprésente dans les politiques de sécurité. Les nouvelles technologies informatiques comme le Big Data et l’Intelligence Artificielle sont la clé de voûte de ces différents projets. Ce sont elles qui doivent permettre de faire sens de toutes les données que l’on saura produire ou collecter, établir des corrélations, faire des recoupages statistiques, tracer des individus ou administrer des lieux. Les exemples venus de l’étranger montrent que la mise en place de ces technologies renforce les discriminations, musèle les mouvements sociaux et déshumanise les rapports sociaux. »
En conclusion Technopolice appelle à « une résistance systématique contre cette dystopie que préparent ceux qui prétendent nous gouverner ».
Pour ce faire Technopolice agît à plusieurs niveaux. Régulièrement les élus sont sollicités, à l’échelle locale ou nationale. Il leur est demandé de se positionner quand de telles technologies sont mises en place ou lorsque des lois sont votées pour les favoriser. Des campagnes d’information à destination du grand public sont mises en place : affichage, tractage, réseaux sociaux… Enfin, l’expertise de ses militants est mise à disposition de tous les collectifs ou groupes de citoyens qui luttent contre de tels projets dans leur environnement.
Aujourd’hui c’est la VSA (vidéosurveillance algorithmique) qui est mise en avant par les entreprises du secteur et par les collectivités. Cela consiste à faire analyser les images captées par les caméras par des logiciels qui pourront y déceler des comportements « anormaux » ou « suspects ». Les comportements ciblés peuvent être le fait de rester trop longtemps statique, ou d’être au contraire trop mobile, de repasser plusieurs fois au même endroit, etc… Les personnes visées peuvent ensuite être tracées sur une carte de la ville. Cette technologie est expérimentée en France depuis plusieurs années sans cadre légal défini, les entreprises impliquées sont de grosses multinationales bien implantées ou des startups. Ce sont elles qui définissent ce qui doit être surveillé via leurs algorithmes. Ce sont pour elles des marchés très rémunérateurs, ils impliquent la multiplication des caméras, la mise à disposition des leurs technologies et de gros frais de maintenance. Les solutions testées en France peuvent ensuite être vendues à l’étranger, y compris à des régimes autoritaires.
Parmi tout ce que l’on peut reprocher à la mise en place de ces dispositifs on peut retenir ceci :
- Les personnes visées sont celles qui occupent le plus l’espace public, personnes précarisées ou sans domicile fixe par exemple
- La VSA remplace des personnes qui pourraient faire du lien, la technologie prend la place de l’humain
- La VSA démultiplie virtuellement le nombre de policiers et augmente donc le ratio police / population, rendant possible des pratiques policières jusque-là réservées aux régimes autoritaires
- De nombreuses études ont montré l’inefficacité de tels dispositifs, autant en termes de prévention que de résolution d’affaires. C’est l’espace public qui est surveillé alors que la majorité des violences ont lieu dans la sphère privée
- C’est une manière de traiter des symptômes mais jamais les causes des problèmes
- L’empreinte écologique de ces technologies est très importante avec le recours aux datacenters pour stocker et traiter les données
Dans ce contexte, les Jeux Olympiques de Paris en 2024 vont être l’occasion de multiplier les recours à ces technologies.
Sous prétexte de leur dimension « exceptionnelle », les JO vont être un accélérateur de surveillance. Comme déclaré par Darmanin « à situation exceptionnelle, moyens exceptionnels ». Des technologies aujourd’hui interdites ont été légalisées par l’article 7 de la loi sur les Jeux olympiques, votée le 28 mars 2023 par l’Assemblée Nationale. Cette disposition acte l’entrée formelle de la vidéosurveillance algorithmique dans le droit français, à titre expérimental jusqu’en décembre 2024. La conséquence sera l’installation de centaines de caméras de vidéosurveillance supplémentaires dans l’espace public francilien. Quand bien même cette expérimentation ne serait pas prolongée, ce à quoi on ne croit pas une seconde, les caméras resteront.
Le coupe du monde de rugby qui se déroulera cet automne en France sera en quelque sorte une répétition générale qui permettra de tester tous ces dispositifs.
D’autre part une loi européenne qui s’annonce assez restrictive à l’encontre de ces technologies est en préparation. La France s’est donc dépêchée de légiférer tant qu’il en était encore temps, devenant ainsi le premier pays européen à légaliser la VSA.
Sources :
Par ailleurs une émission de France Inter a été récemment consacrée à ce sujet :



