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Collèges à Grabels et à Juvignac : quelles questions, quels enjeux ?

école

L’actualité a remis en avant la question des collèges à l’ouest de Montpellier, à Grabels et Juvignac. Aucune de ces deux villes ne dispose, actuellement, de collège. Le collège de secteur de Grabels est les Garrigues aux Haut-de-Massane (Montpellier) et le collège de secteur de Juvignac est pour l’instant Arthur Rimbaud, en bas de la Mosson (Montpellier). Mais il est prévu l’ouverture d’un nouveau collège à Juvignac à la rentrée 2025.

Grabels : construire un nouveau collège ?

Le collège des Garrigues est donc le collège de secteur de Grabels mais on observe 80 % de dérogations (vers l’enseignement privé en grande majorité, ou pour d’autres hors-carte scolaire en utilisant des options proposées dans d’autres collèges de l’enseignement public). Conséquence : le collège des Garrigues, prévu pour 700 places, n’a que 580 élèves… Pour répondre à cela, une lutte des parents d’élèves, soutenue par le maire de Grabels, milite pour la construction d’un nouveau collège à Grabels. Dans ces débats, on retrouve la question de la mixité sociale (le collège des Garrigues est REP+, avec un problème important de mixité sociale illustré à un IPS de 73%1) et de l’enseignement privé comme zone de fuite, en particulier des enfants issus des classes favorisées. La création d’un collège à Grabels permettrait de repenser la carte scolaire, en permettant la création d’un collège mixte socialement et une redéfinition de la carte scolaire pour les Garrigues. Mais le Département, arguant du fait que le collège des Garrigues n’est pas plein et qu’il existe une « offre » scolaire suffisante avec l’enseignement privé, refuse toute discussion sur l’ouverture d’un nouveau collège.

Juvignac : un nouveau collège mixte ?

La question de la « fuite » vers l’enseignement privé se pose actuellement : 75 % des enfants de Juvignac dérogent, en particulier vers l’enseignement privé, évitant le collège Arthur Rimbaud. Mais cette fuite a commencé à s’atténuer, à la fois car les collèges privés St Charles à St Georges d’Orques et St Roch à Montpellier sont saturés, mais aussi car les équipes du collège Arthur Rimbaud ont réalisé un énorme travail pédagogique ces dernières années.

L’ouverture, à la rentrée 2025, d’un collège à Juvignac est pour le Département une contrainte liée à la saturation de « l’offre » scolaire. En effet, le collège de St Jean-de-Védas qui recrutait aussi sur Lavérune est saturé, les enfants de Lavérune iront donc au nouveau collège de Juvignac. Mais l’ouverture de ce nouveau collège suffira-t-il à stopper les dérogations à la carte scolaire ? On peut en douter quand les seules réponses apportées par exemple par la municipalité de Juvignac sont sur les mobilités douces…

Pour répondre à ces question, il faut revenir sur le fond.

La mixité sociale est un enjeu de société qui doit être défendu, à l’École comme ailleurs, mais elle est parfois utilisée pour masquer les inégalités. Lorsqu’elle est ainsi dévoyée, cette mixité est souvent artificielle et parfois vécue de manière violente par les élèves, comme le déplacement imposé d’élèves d’Éducation Prioritaire dans des collèges de « centre-ville ». Ce déplacement entraîne également des élèves vers l’enseignement privé

Disons le d’emblée : la mixité sociale n’est pas non plus la solution miracle. D’ailleurs, elle est souvent invoquée par les classes dominantes comme une solution qui permettrait de régler les inégalités de réussite et de trajectoire scolaire. Or, le mélange des classes sociales ne peut, à lui seul, assurer le progrès des résultats des élèves, en particulier des plus fragilisé·es dans leur scolarité.

La question réelle posée est celle de la ségrégation sociale et scolaire comme politique menée par l’État, les gouvernements et la bourgeoisie qui organisent un séparatisme, soit par le recours au privé, soit par la concentration dans certains établissements publics, en se servant des politiques des collectivités territoriales qui ont organisé, par leurs choix d’urbanisation, la ségrégation sociale.

On assiste, à l’inverse, à la concentration de la difficulté scolaire et sociale pour celles et ceux qui ne disposent pas des ressources permettant les stratégies d’évitement que favorise l’assouplissement de la carte scolaire et l’autonomie des établissements.

En bref, le séparatisme des classes dominantes et la fuite des catégories moyennes produisent la ghettoïsation des classes populaires dans un contexte de mise en concurrence généralisée des établissements

Les débats actuels au collège portent sur les futurs « groupes de niveaux », et la fin du « collège unique ». Si celui-ci a favorisé l’accès du plus grand nombre des jeunes, il n’a jamais permis, faute de moyens budgétaires et pédagogiques, une véritable démocratisation, condition de la réussite de toutes et tous. Le collège, pivot de notre système éducatif, ne rompt pas avec la reproduction sociale et demeure un outil de tri et d’orientation subie en fin de 3e. Laissé à l’abandon depuis des années, il a même contribué à l’accroissement des inégalités sociales et scolaires.

La réforme annoncée pour la rentrée 2024 consiste à entériner un collège qui s’affirme « unique mais à deux vitesses », étriqué autour d’un socle de compétences plancher aux objectifs réduits à l’employabilité d’une main d’œuvre bon marché.

La Gauche Écosocialiste 34 considère que toute discussion sur le collège doit s’ancrer dans un objectif politique : être enfant, c’est s’émanciper et devenir un·e citoyen·ne libre, responsable et critique en vivant dans un milieu qui lui offre :

– un espace d’autonomie et d’initiative, de négociation et de rêve ;

– un droit à l’expression et à l’erreur ;

– des activités amenant une nécessité de recherche, de confrontation et de tâtonnement ;

– des moments de dialogue, d’échange, de présentation et de coopération entre pairs ;

– des moments où chacun·e est acteur·ice par rapport à sa production et à celle des autres.

Tout ceci s’accompagne d’une nécessaire discussion concernant l’enseignement privé. L’ancienne ministre de l’Éducation nationale, Amélie Oudéa-Castera, a réussi l’exploit d’enchaîner assez de controverses pour faire prendre conscience au grand public du poids de l’enseignement privé dans le système éducatif français, de son rôle dans le creusement des inégalités et le contournement du système par les « élites » afin de préserver la reproduction sociale. Ceci alors que l’enseignement privé se montre en réalité moins efficace en termes pédagogiques !

L’opposition École publique-École privée existe toujours au détriment de la première : contournement de la carte scolaire, faiblesse de la mixité sociale, inégalités scolaires… le tout généré et alimenté par un très important financement public (75% provenant de l’État et des collectivités territoriales) instauré par la loi Debré. L’État a donc lui-même mis en place une concurrence déloyale dont profitent ses plus hauts responsables. En introduisant la scolarisation obligatoire dès 3 ans sans remettre en cause la prise en charge des dépenses de fonctionnement du privé par les collectivités territoriales, la loi Blanquer a renforcé cette inégalité et le « détournement » des fonds publics vers le privé (maintenant, l’Etat et les collectivités doivent financer aussi les écoles maternelles privées!). La Gauche Écosocialiste 34 porte l’idée un grand service public d’Éducation nationale unifié, laïque et gratuit, et donc l’exigence de la nationalisation de l’enseignement privé et l’abrogation de la loi Debré. Cela ne peut qu’induire un réengagement financier de l’État et une augmentation significative de la part du PIB allouée à l’École avec un seul mot d’ordre : fonds publics pour École publique. Le rapport parlementaires du 2 avril 2024 de Paul Vannier (LFI) et Christopher Weissberg (Renaissance) montre que ce séparatisme nécessite une réponse urgente, en particulier en termes financiers !  Ce travail s’inscrit dans le sillage d’un rapport de la Cour des comptes de juin 2023. Les magistrats avaient alors constaté que l’État ne menait pas toujours les contrôles prévus par les textes, et soulignaient le flou sur les modalités du financement.

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1 : Plus l’indice de position sociale (IPS) est élevé, plus on estime que l’élève évolue dans un contexte familial favorable à sa réussite… L’IPS est un indice compris entre 45 et 185, un indice de 73 est donc très faible.

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