Débat à Montpellier sur les régionales

Plusieurs organisations de la gauche anti-libérale et anticapitaliste (FASE, NPA, PCF, PG…) ont débattu ensemble le 17 octobre à Montpellier à propos des régionales de mars prochain.



Compte rendu de la réunion du 17 octobre à Montpellier

Les représentants de la Fédération pour une Alternative Sociale et Ecologique, du Parti Communiste Français, du Parti de Gauche, du Nouveau Parti Anticapitaliste, de la Gauche Unitaire, du MPEP décident d’organiser ensemble des débats citoyens dans la région Languedoc Roussillon afin d’élaborer en commun une autre politique régionale, antilibérale, anticapitaliste et écologique ouvrant une véritable alternative à la politique du pouvoir Sarkozyste ainsi qu’à celle d’un éventuel « centre gauche » de renoncement complet allant du PS au Modem en passant par Europe Ecologie.

C’est ainsi qu’était annoncé le premier « forum citoyen » qui a eu lieu samedi 17 octobre de 14h à 18h au domaine de la Pompignane à Montpellier.
A noter que le PCF n’avait pas publié ce communiqué sur son site mais un communiqué du seul Front de Gauche, signe d’une certaine gène de ce parti qui n’a toujours pas défini sa stratégie. (voir ici)

Ce forum a réuni plus d’une centaine de personnes, manifestement en attente d’une dynamique unitaire, mais aussi en attente des positionnements et éclaircissements de chacune des organisations présentes.

En préambule, et en écho à la journée nationale de mobilisation pour le droit des femmes, Naouel, (seule femme à la tribune), a exposé la situation des femmes en Languedoc Roussillon. Les femmes sont les plus touchées par la crise au niveau social, économique et idéologique. Plus nombreuses que les hommes inscrites à Pôle emploi, elles occupent plus souvent des emplois à temps partiel. Elles représentent 80% des travailleurs pauvres. Les écarts de salaires entre hommes et femmes restent de 18%.

La réduction par l’Etat des subventions aux associations comme le planning familial est une atteinte à l’accès à la contraception gratuite. Le droit à l’avortement est aujourd’hui compromis dans la région du fait du manque de médecins des centres d’orthogénie. Au CHU de Montpellier, six lits sur douze vont être déplacés vers des cliniques privées, entrainant coûts élevés et dépassements d’honoraires.
Enfin, l’extrême précarité des femmes étrangères et sans papiers, qui subissent parfois une double discrimination, nous renvoie la violence de l’inégalité hommes/femmes.

Dans une première partie, la présentation du projet par chacune des organisations a mis en avant l’analyse commune de la situation politique actuelle : face à la crise économique, sociale et écologique du capitalisme, et à l’offensive du gouvernement de destruction des acquis sociaux, la gauche d’accompagnement a montré ses limites. Une nécessité d’une offre politique nouvelle, d’un programme de rupture avec le capitalisme est nécessaire, en s’appuyant sur la mobilisation de la population. La volonté d’un projet commun apparaît, en faisant le pari qu’au-delà des courants et des trajectoires différentes, les organisations présentes peuvent élaborer un socle programmatique commun.

On retiendra les points forts exprimés par chacune des organisations :

Jean-Louis Bousquet, du PCF, a mis en avant la nécessité de sortir du choix imposé par l’Etat aux régions d’augmenter la fiscalité ou d’accompagner la crise, en plaçant les régions en résistance. Jean Louis Bousquet ne s’est pas engagé au delà et n’a pas abordé la question d’une liste commune de la gauche radicale.

Jacques Choukroun, de la Fédération, a posé l’organisation de débats avec les citoyens et avec toutes les composantes sociales (partis, associations, syndicats) comme préalable indispensable à tout projet, face à la destruction annoncée du système de représentation populaire par le gouvernement.

David Hermet, du Nouveau Parti Anticapitaliste, a expliqué que face aux projets d’alliance PS-Verts-Modem ou à celui de recontruire la « gauche plurielle », il fallait rassembler la gauche anti-libérale et anti-capitaliste. Un bilan global de la politique des régions gérées par le PS devait être tiré. Il a plaidé pour dynamique unitaire à un niveau national. La stratégie de fusions seulement techniques (et non accord de gestion) avec les listes PS au deuxième tour (le cas Frèche n’étant pas abordé) permettrait une indépendance et une liberté de vote de nos élus, à l’image de ce que fait Francis Viguié au conseil municipal de Montpellier.

Christian Causse de la Gauche Unitaire a rappelé le fondamental idéologique de la laïcité. Il a insisté sur l’importance d’une union durable, condition indispensable pour empêcher l’adversaire de classe d’être en situation de choisir entre nos organisations.

René Revol, du Parti de Gauche, après avoir parlé stratégie et programme, a démenti le fait que Jean-Luc Mélenchon soit candidat comme tête de liste. Cette mise au point était plus que nécessaire : un article du Midi Libre du 15/10/2009, indiquant que Mélenchon proposait de conduire un rassemblement pour faire barrage à G. Frêche, avait jeté le trouble parmi les militants de l’assemblée, y compris, semble-t-il, au sein du PG (voir ici l’article de ML) .

Enfin, Valdek Rousseau du MPEP a appuyé la nécessité de l’émergence d’une force au-delà des régionales et a posé l’hypothèse d’une désobéissance aux directives européennes et d’un refus d’accepter les transferts de compétences aux collectivités territoriales sans transfert de charge.

Le débat qui a suivi a amené certains sujets tels que : le besoin d’autres types d’élus, contrôlés par la population, et d’une autre forme de gouvernance, la nécessité de s’appuyer sur les luttes sociales, le recours à la désobéissance civique collective vis-à-vis des directives nationales et européennes (comment sortir de l’accord général sur le commerce et les services ?).

Des questions stratégiques sur la primauté de construire un front, et la nécessité de parler d’ores et déjà des positions au second tour des régionales sont apparues, faisant débat au sein même d’une partie des formations présentes.

Les débats de la deuxième partie ont porté sur l’emploi, la politique économique régionale, l’environnement et l’aménagement du territoire.
Des propositions alternatives aux politiques actuelles ont été présentées sur différents sujets, dans un cadre général de refus d’une mise en concurrence des régions, en particulier par les pôles de compétitivité :
La nécessité d’une réflexion sur l’aménagement du territoire et d’un débat avec la population (illustration : collectif contre la plate forme Système U à Clermont l’Hérault.)
Le transport : rôle d’un service public de transport, gratuité des transports, développement du réseau régional TER dans un objectif de maillage du territoire. A ce propos, s’est posée la question plus générale de l’action et des investissements de la région en dehors du cadre de ses compétences pour pallier au désengagement de l’Etat, comme l’investissement dans la construction ou l’entretien des voies ferrées. Pourquoi la région investirait elle dans la LGV et pas dans les voies d’intérêt régional ? Certains sujets n’ont pas fait consensus comme le refus de doubler l’A9 avancé par le NPA.
Le contrôle réel de l’utilisation des fonds publics dans le soutien aux entreprises a montré un désaccord important. Les élus PCF ont expliqué qu’il ne fallait ni toujours subventionner, ni toujours refuser de subventionner les entreprises privées, mais qu’il fallait faire attention aux chasseurs de primes qui empochent les aides puis délocalisent. Le NPA a affirmé que le meilleur moyen d’éviter les chasseurs de primes, c’était de ne pas subventionner les entreprises privées (à l’exception peut être de quelques micro-entreprises d’intérêt local). L’argent public devait être investi dans des services publics socialement et écologiquement utiles.
Il y a eu aussi discussion sur les appels d’offre avec des critères sociaux et écologiques, réservés aux petites entreprises qui favorisent les circuits courts de production, les coopératives, sur la création d’emplois publics régionaux, en alternative aux délégations de service public (DSP = confier au privé des missions de service public, pratique très courante dans les collectivités locales y compris celles de gauche).
L’aide à l’agriculture paysanne et les AMAP ;
La préservation des écosystèmes, la création d’un centre de formation à l’agriculture biologique ;
Le développement de la formation professionnelle, l’implication des entreprises au niveau de son financement.
Sur tous ces sujets, des dossiers sont à construire en partant d’un état des lieux et en proposant des alternatives.

En conclusion, les organisateurs ont souhaité poursuivre la dynamique engagée. Le prochain débat aura lieu à Sète le 21/11/2009 (lieu et horaire à préciser) sur les thèmes de l’aménagement du territoire et de la politique économique de coopération avec les autres régions du monde (exemple d’Agrexco).

On peut retenir que toutes les organisations présentes se sont prononcées pour des listes autonomes et unitaires au premier tour à l’exception du PCF qui n’a pas encore défini sa position. Sur le second tour, le NPA été le seul à dire clairement qu’il ne souhaitait pas aller dans des executifs sous la domination du PS car cela obligerait nos élus à voter contre leur conviction. Pour René Revol au nom du PG, cela dépendait du contenu programmatique et du rapport de force au premier tour mais c’était hors de question avec Frèche ou si le PS était allié avec le MODEM.
Vu ce qui se dessine du côté du PS, on peut imaginer du coup qu’une formulation de compromis puisse être discutée entre le PG et NPA.
Sur ce point le PC ne s’est pas exprimé officiellement, renvoyant cela à son débat interne. Cependant plusieurs élus PCF ont défendu le bilan des majorités actuelles, bilan à améliorer certes mais qui à leurs yeux est globalement positif tandis que d’autres militants du PCF se montraient plus critiques.
Sur le programme, les points qui ne font pas consensus, sont souvent liés à l’analyse du bilan de la majorité sortante. Ils sont aussi liés à la manière dont on envisage ce que serait une majorité régionale réellement de gauche : gérer en faisant ce que l’on peut dans le bon sens mais en restant dans le cadre du système, ou encourager une mobilisation de la population pour mettre en oeuvre des mesures de rupture sans accepter comme intangibles les contraintes légales et budgetaires.

Autres lectures sur le sujet :
LE MÉGAPHONE ET LE CAMBOUIS, RÉPONSE À MICHEL ONFRAY, PAR ALAIN LAFFONT (TRIBUNE PARUE DANS POLITIS)
Dépèche AFP : RÉGIONALES : POURSUITE DES DISCUSSIONS SUR UNE ALLIANCE NPA-PCF-PG
Le point par le NPA sur les dernières discussions nationales

La rubrique « élection régionale » sur le site du NPA

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