Loppsi II : le point de vue d’Anna, militante du NPA 34, nomade vivant en camion, agressée, avec d’autres camarades, samedi dernier à Montpellier par une police enragée !

24 décembre : l’analyse par la Ligue des Droits de l’Homme (LDH) du projet de loi LOPPSI 2

Revue de presse ci-dessous.

[Un deuxième témoignage sur les violences policières à Montpellier est à la suite de ce texte]

Témoignage : Que trouve t-on dans le projet de loi LOPPSI 2 ? De tout ! Au total 46 articles !!

Ce texte, «le dix-septième» en matière de sécurité depuis 2002 est un vaste assemblage de mesures sécuritaires. Le texte prévoit aussi bien l’instauration d’un couvre-feu pour les mineurs que l’extension de la «vidéoprotection» (c’est quand même mieux que vidéosurveillance !), en passant par l’interdiction d’habiter en habitat alternatif (yourte, tipi, camion, écoconstruction…). La réalité c’est que c’est tout simplement un projet d’atteinte aux libertés privées et publiques, qui ne répond pas à nos préoccupations ! Bien au contraire !…Car La LOPPSI est clairement une loi d’insécurité pour les droits fondamentaux.


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24 décembre : l’analyse par la Ligue des Droits de l’Homme (LDH) du projet de loi LOPPSI 2

22 décembre : Au bon souvenir d’une récente sauvagerie policière (avec vidéo) : Le témoignage de Geoffrey, 16 ans, blessé par un tir de flashball (Rue 89)

LOPPSI 2 : le vigi-tévé Nicolas Demorand caviarde un trop réel « fond d’écran » (CIP-IDF)

Projet de loi Loppsi 2 : la guerre contre les pauvres s’intensifie (Indymedia Paris)

Internet Le site qui dévoile l’identité des policiers en civil (Midi Libre)

21 décembre : Loppsi 2: «une loi extrêmement dangereuse et régressive» (Libé)

Loppsi 2 : le retour de la double peine (Le Monde)

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Le témoignage d’Anna (suite)

Au nom de la lutte contre la cybercriminalité ?

Depuis des mois, le gouvernement montre sa volonté de mettre en place un système de filtrage d’Internet au nom de la lutte contre la pédo-pornographie.
La loi prévoit que sur décision de justice, les fournisseurs d’accès à internet peuvent être contraints de bloquer l’accès à un site jugé illicite. Que des mouchards puissent être installés pour capter les données contenues sur des ordinateurs suspects.

Ces outils de filtrage censés surveiller et analyser le trafic afin de bloquer l’accès à certains contenus ou applications suscitent des interrogations. Sont-ils efficaces ? Respectent-ils les libertés publiques ??
Bien sûr que non : Une fois aux mains du gouvernement, ce dispositif de censure sera inévitablement élargi. Il est l’aboutissement de la politique sécuritaire de Nicolas Sarkozy et de son obsession de contrôler Internet, ce contre-pouvoir qui jusqu’à présent lui échappe.

La censure du Net est l’instrument dont l’exécutif a besoin afin que, une fois élargi à d’autres domaines, il puisse faire taire les oppositions de demain.
Le blocage d’accès aux sites Internet est un danger pour la démocratie car le dispositif sera forcément étendu par la suite, comme le montre la volonté affichée du gouvernement de censurer WikiLeaks.

Au nom de la lutte contre… la délinquance , la criminalité, le terrorisme??

Extension de la vidéosurveillance : Objectif: tripler le nombre de caméras installées sur le territoire sur la voie publique d’ici à 2011 soit 60 000 caméras.
Les préfets pourront autoriser l’installation de caméras en cas de «manifestations ou rassemblements de grande ampleur présentant des « risques pour l’ordre public ».
Le projet de loi prévoit aussi d’assouplir les conditions de visionnage des images.

On reparle du couvre-feu… Un amendement introduit par le gouvernement permettrait aux préfets d’instaurer un couvre-feu pour les mineurs de 13 ans entre 23 heures et 6 heures.

Plus de pouvoirs aux policiers municipaux qui pourraient être autorisés à participer aux contrôles d’identité sous l’autorité d’un officier de police judiciaire. Un autre amendement, adopté en commission, prévoit d’attribuer aux directeurs de police des grandes villes, la qualité d’agents de police judiciaire, qui leur permettra de constater des contraventions, crimes et délits.

Un amendement adopté en commission propose l’expérimentation dans les aéroports français des scanners corporels, ces cabines controversées qui reproduisent sur un écran les corps nus mais qui permettent de voir sous les vêtements des objets ou produits dangereux.
L’idée n’est pas nouvelle, le scanner avait déjà été expérimenté fin 2008 à Nice et l’idée à été remise au goût du jour, fin décembre, après l’attentat manqué contre un avion de ligne américain.

Et aussi :

– Fermeture administrative des épiceries de nuit en cas de trouble à l’ordre public

– Création d’un délit de «vente à la sauvette».

-Interdiction de vivre dans des habitats alternatifs (yourte, tipi, camion, écoconstruction…)

A votre avis pour quelles populations s’adressent les 3 mesures précédentes ? Epicerie de nuit, vente à la sauvette, habitats alternatifs… ?

Vous croyez toujours que cette loi vise à lutter contre des attaques terroristes (risque selon la police)? Contre une criminalité grandissante (selon la police) ? Une délinquance généralisée (selon la police) ??

VOUS CROYEZ QUE :

-Vivre hors de ce système d’exploitation des plus pauvres, d’asservissement des plus démunis, en choisissant un mode d’habitat alternatif (par choix parfois mais souvent par contrainte car il n’y a pas en France une politique du logement),

-Développer des alternatives locales avec les populations démunies et les paysans, afin de ne plus alimenter les multinationales de l’agrobusiness (car manger est VITAL)

-Développer des rassemblements artistiques, culturels alternatifs afin de produire des ponts entre les gens et créer ensemble de nouvelles alternatives au showbusiness, multinationales de la culture empêchant l’émergence de nouveaux courants, artistes (qui ne seraient pas « profitables/bancables »)

-Défendre les droits fondamentaux humains (libre circulation, libre installation, libre expression…) au détriment de ce système d’oppression

EST UN ACTE TERRORISTE, CRIMINEL… !!!? Alors souriez ! Vous êtes bien dans l’esprit de la loi LOPPSI2 !!


Et avant même que cette loi ne soit promulguée, la police l’applique à la lettre ! Cette loi leur donnera juste la légitimité d’action car pour le moment nous laissons faire.

Depuis le début de mon investissement contre cette loi il y a 15 jours, j’ai de gros problèmes de connexion ; ordinateur qui rame, qui plante, sites en maintenance, serveurs introuvables… et depuis que mon contact a été imprimé sur les tracts d’information samedi dernier au rassemblement à Montpellier : piratage de ma boîte mail ! Je ne peux plus accéder à mes dossiers, je ne peux plus envoyer de message !

Quel cybercrime ai-je commis en donnant mon mail pour informer la population d’une loi en cours de discussion?

Mercredi dernier j’étais place de la République (tout un symbole) à Paris à la réunion unitaire des collectifs qui se mobilisent contre la loi. Des militants sont venus nous chercher pour soutenir une action D.A.L (droit au logement) sur la place car les policiers venaient les interpeller.

Nous sommes arrivés à la fin, image pathétique d’une mère de famille encadrée par 2 policiers suréquipés ! Nous avons applaudi le magnifique travail de la police (ce qui a alerté des passants qui se sont arrêtés), les policiers se sont remis en formation devant nous, à 5 mètres, nous avons continué à protester et nous avons vu partir discrètement des policiers sur les côtés pour nous encercler. Nous avons reculé un peu et ils se sont mis à courir après nous. Nous sommes sortis du parc et nous nous sommes « réfugiés » dans la rue. Les policiers ont marqué un temps d’arrêt puis sont venus nous poursuivre dans la rue, au milieu des voitures !…

Quel délit avons-nous commis pour être poursuivis dans la rue par la police sans sommation ?

Samedi en fin d’après-midi, après le rassemblement à la Préfecture, à Montpellier, nous avons fait un défilé avec nos camions/nos maisons dans les rues de Montpellier (Arceaux, Peyrou, Bd du Jeu de Paume), nous avons bloqué 30 minutes le carrefour au niveau du marché rond (Halles Laissac), ambiance bonne enfant, musique, nous étions là pour informer la population qui n’a pas encore entendu parler de cette loi…

Alertés par l’absence de la police qui aurait dû nous encadrer, nous avons rassemblé les camions pour partir (nous étions satisfaits de l’action, on nous avait vu, entendu) car nous sentions que la riposte ne tarderait pas et qu’elle pourrait être violente !…

Nous n’imaginions pas à quel point !

Alors que les premiers camions partaient dans la petite rue à droite avant la gare, nous avons vu arriver de cette même petite rue des CRS surarmés et, sans sommation, ils ont foncé sur les gens qui étaient encore là, autour des camions.

Un homme était sur le côté du camion devant moi, lorsqu’il s’est retourné et à vu les CRS le charger il a crié « arrêtez » en mettant son bras devant lui mais ces bêtes sauvages armées (il n’y a pas d’autres mots, j’ai vu leur regard) l’ont matraqué contre le camion et on continué alors qu’il était à terre !

Le CRS qui venait de le frapper est venu se mettre devant le capot de mon camion (où il y avait le drapeau PACE (paix)) avec un autre. Un 3ème est venu côté passager pour ouvrir ma porte (qui par miracle était fermée), de rage il a matraqué mon camion/ma maison ! Je n’ai gagné ma survie que parce que 2 gars formidables (merci à eux pour leur courage!) ont interpellé ceux qui étaient devant mon camion ! Ces derniers tels des taureaux enragés attirés par le drap rouge du torero se sont précipités vers eux et les ont poursuivis !

J’ai pu partir de l’autre côté, en état de choc, ramassant au passage un gars qui fuyait le matraquage mais que j’ai dû laisser quelques mètres plus loin car son frère ne nous avait pas suivis et il ne voulait pas le laisser seul !

Vous savez ce que ça fait quand vous êtes militant depuis 20 ans, que vous battez le pavé depuis toutes ces années pour vos droits et la liberté de tous et que vous êtes obligée de fuir en laissant vos camarades à terre, matraqués par des flics hargneux ?

Il y avait dans un des camions un couple avec un bébé de un an et demi, dans un autre camion une petite fille de 7 ans avec son papa (car nos camions sont nos maisons). Un camion a reçu un tir de flash ball dans une fenêtre (ça aurait pu être un camion avec un enfant dedans !), d’autres ont eu le pare brise cassé, les fenêtres cassées, les portes et tôles enfoncées par le matraquage…

Quel acte terroriste avons-nous commis pour subir des matraquages et la destruction de nos maisons pendant une manifestation pacifiste?

Ils veulent nous voir déraper ? Mais nous continuerons à prendre les coups sans répliquer car nous sommes pacifistes.

N’écoutez pas les médias qui disent qu’ils nous protègent des casseurs ! Il n’y en avait pas samedi à Montpellier, en tout cas pas de notre côté, par contre des casseurs de maisons alternatives et de leurs habitants il y en avait en face !!!

Ils veulent faire taire l’opposition ? Nous continuerons à défendre nos libertés jusqu’au bout!

Parce que, tant que cette loi peut passer, ce sont nos vies qui sont en sursis et c’est bien la mort que l’on risque maintenant dans les manifestations « alternatives » qui ne sont pas cadrées par des syndicats bidons et lorsque l’on reste un peu plus longtemps dans la rue (certains y vivent déjà, où pourraient-ils aller ?) à la fin de la manifestation au lieu de se disperser et d’attendre la prochaine journée de mobilisation !

Nous invitons la population à s’informer sur cette loi ! A rejoindre les mouvements de résistance qui s’organisent partout en France et en Europe sur la base de l’article 35 de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1793 :

« Lorsque le gouvernement viole les droits du peuple, l’insurrection est pour le peuple et, pour chaque portion du peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs ».

Anna, maillon de la chaîne des collectifs éphémères, nomades et citoyens en mouvement…

Le deuxième témoignage

Témoignage à propos de la fin de la manifestation contre la loi Loppsi samedi 18 décembre 2010

Ce soir j’ai assisté à ce que j’appelle « l’horreur » qui nous guette et nous attend si on n’est pas sages, pas obéissants, ou si simplement on manifeste.

En rentrant vers 18 heures 30 avec mon vélo, je vois le boulevard Jeu de Paume bloqué
J’entends de la zique, du bruit, à gauche … je vais voir.
C’était une manif, des camions bloquaient le carrefour, (gare, tunnel Comédie et Jeu de Paume), devant le parking rond Laissac.
Une dizaine de camions guère plus,
Une centaine de jeunes, principalement, un peu plus, avec les gens qui s’approchaient pour savoir ce qui se passait.
Je m’approche, discute avec une jeune femme et sa petite fille qui habitaient en camion,
elle m’explique en détail et dans quelle Loi cela s’inscrivait,
je parle avec une dame, au courant, elle, un couple aussi au courant et qui m’informait d’autre chose, sur Montpellier, entre autre l’EAI pour lequel un projet d’habitat collectif écologique serait en pourparler avec des réunions etc …

En tout, le carrefour a été bloqué 30-45 minutes grand maximum.

Là une vingtaine d’agents de la TAM arrivent, vont vers les manifestants, je pense qu’ils leur demandent de débloquer le carrefour pour les bus.

Au bout de 5 minutes un ou deux camions bougent, les bus commencent à bouger, on sent que « la petite foule » se dirige vers les camions, il n’y avait plus de musique depuis un bon moment, les manifestants s’étaient dirigés vers les automobilistes pour leur dire pourquoi ils étaient là, très pacifiques, malgré les injures de certains automobilistes bloqués et furieux de l’être …

En un quart d’heure presque tous les camions des manifestants étaient partis, direction le parking Saint-Jean par la rue d’Alger.
Et là, venant précisément de la rue d’Alger ou rue de la République (qui mène à la Gare) un nuage de CRS boucliers et armés courent direct sur les derniers manifestants, se mettent à leur taper dessus comme des forcenés.

Les manifestants hurlent, se précipitent dans les 4 camions qui restaient encore, et là, les CRS s’en prennent aux camions, cassant à la matraque toutes les vitres des camions avec une violence, une rapidité, une systématique impressionnante.

Des « passants » commencent à se retourner, certains s’approchent, d’autres reculent.
Il reste au carrefour des manifestants sans camion, très identifiables (soit dans leur tenue, soit parce qu’ils ont des chiens, soit parce que tout simplement ils sont jeunes, certains avaient un brassard orange au bras). Et là les CRS commencent à lancer des bombes lacrymogènes mais sans fumée, je crois plutôt des sortes de bombes pétard (mes oreilles ont bourdonné très fort) en direction du cercle élargi des passants qui commençaient à prendre parti et hurlaient pour demander d’arrêter ça; dans le but de semer la terreur et faire reculer les passants et autres intervenants, dissuader toute tentative de soutien.

Pendant encore au moins une demi heure, une chasse poursuite dans les rues autour a continué, les CRS par groupe de 6 ou 7 coursaient ces malheureux jeunes dans tous les sens, armes dirigées sur eux. Il faisait nuit, des cris et des injures se faisaient entendre encore, voilà ce que j’appelle l’horreur.

Je suis restée encore dans le secteur, parlant avec des gens qui me posaient des questions, qu’est-ce qui s’est passé ? qu’est-ce qui se passe?
J’expliquais, beaucoup répondaient « merci Zarkozy » ou « c’est dégueulasse« , un monsieur asiatique me dit « c’est pour semer la terreur, mais il ne faut pas avoir peur, il ne faut pas se laisser envahir par la peur« , et il se dirigeait « comme un passant ordinaire » en direction du groupe de CRS resté en place juste devant la rue de la République.

Après coup j’étais scotchée, les jambes raides, gelée, envie de vomir. j’avais posé mon vélo quelque part pour avoir les mains libres.
Je n’arrivais pas à « rentrer chez moi » bien tranquillement … au chaud … et je voyais toute cette population allant et venant les bras chargés de cadeaux de Noël, ignorants, pressés de prendre leur bus ou leur voiture pour rentrer chez eux, il était 19 heures 30.

Y a t-il eu des blessés? Certainement. J’espère pas. De la casse (leur maison) oui.

Quel recours pour ces manifestants de plaider leur cause, celle de personnes agressées sauvagement, sans raison le justifiant ?
Oui ils manifestaient, oui ils avaient bloqué la circulation, mais, mais, mais quoi d’autre?
RIEN. même pas de résistance lorsque la TAM est venue leur demander (je suppose) de bouger. Ils s’exécutaient.

De ma place à moi, que faire après une chose pareille, quoi faire de tout ça?

Laeticia B.

Sur le blog aussi : LOPPSI II : 300 manifestants samedi 18 décembre dans les rues de Montpellier (reportage photo) !

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